Lire : Uzcategui, « Venezuela, révolution ou spectacle ? »

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Venezuela : Révolution ou spectacle ? vient de paraitre aux éditions Spartacus. Cet ouvrage, écrit par Rafael Uzcategui, anarchiste vénézuélien, analyse la situation venezuelienne. L’auteur démonte la thèse, répandue dans certains milieux, selon laquelle le Venezuela serait en route vers le socialisme par le biais d’une transformation révolutionnaire.

Au contraire, selon l’auteur, si le Venezuela est peut être différent des USA ou de la Colombie, il n’en reste pas moins un pays capitaliste, corrompu et doté d’une classe dominante. Uzcategui le prouve en analysant concrètement les structures de la société vénézuélienne. Il décrit le taux record de criminalité (plus haut taux d’homicides au monde), peu compatible avec une société socialiste, la corruption de la police et la violence policière. Effectivement, la police venezuelienne tue régulièrement et cela en toute impunité, comme en France. La situation des travailleuses et travailleurs est très loin du socialisme, les conditions de travail sont mauvaises et les syndicats inféodés au pouvoir. Par ailleurs, la plupart des entreprises sont aux mains d’entrepreneurs privés. De même, les ambitieux programmes sociaux mis en place par Chavez et financés grâce à la rente pétrolière ne sont pas réellement efficaces et jouent à la fois le rôle d’outil de propagande et de réseau clientéliste.

La partie consacrée au pétrole est particulièrement éclairante : après un conflit avec le patronat, Chávez a su trouver un modus vivendi avec la bourgeoisie vénézuélienne afin de se partager la rente pétrolière. Plutôt qu’un Etat en route vers le socialisme, l’auteur décrit une situation où un Etat autoritaire utilise la manne des revenus pétroliers pour acheter par le biais du clientélisme le soutien des masses populaires. Un grand classique de la figure du caudillo en Amérique latine, mais rien de révolutionnaire ni de socialiste.

On pourra émettre des réserves sur la méthode d’analyse de la place du Venezuela dans le système capitaliste mondial qui s’inspire à la fois de Toni Negri et de Guy Debord. Par contre, l’analyse documentée de la situation du Venezuela est à contre courant de ce que l’on peut lire d’ordinaire sur ce pays. Cet ouvrage démontre l’absurdité de la démarche consistant à décrire le Venezuela comme un modèle révolutionnaire, et on comprend mieux pourquoi Hugo Chávez n’a pas hésité à soutenir Mouammar Kadhafi.

Matthijs (AL Montpellier)

 
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