Lutte contre les grands projets inutiles : Trois jours pour dire NON

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Le 3e forum européen contre les grands projets inutiles et imposés (Stuttgart, juillet 2013) avait érigé le 8 décembre en journée d’action simultanée. En Ile-de-France, ce sont trois jours de mobilisation qui ont eu lieu, contre trois projets d’aménagement.

Deux des grands projets inutiles (GPI) contestés en Ile-de-France font partie du Grand Paris. Il s’agit d’Europa city (Auchan) à Gonesse (Val d’Oise) et du pôle de recherche scientifique et industrielle prévu sur le plateau de Saclay (Essone). Le troisième, Ivry-Confluences, relève d’une même logique générale de métropolisation et de gentrification de la région parisienne.

loi du marché et surenchère capitaliste

Qu’ont en commun ces trois projets  ? Le non-sens économique, l’idéologie de la croissance-concurrence entre les territoires, et le mépris technocrate pour les populations résidentes, c’est-à-dire l’ensemble de l’actuelle population francilienne. « Europa City », 250 hectares de commerces avec, pour clou de l’offre de loisirs…des pistes de ski. Soignant la bulle immobilière, il va concurrencer une offre déjà pléthorique de centres commerciaux et d’attraction, créer des emplois précaires après avoir détruit l’emploi existant. On va le construire sur les terres aujourd’hui agricoles du triangle de Gonesse (700 ha). La société Immochan a même arraché une desserte par le métro automatique Grand Paris Express, avec une gare en plein champs. A cela s’ajoutent d’autres nouveaux axes de transports très coûteux, qui ne laisseront aucune chance aux terres et à l’économie qui existe dessus aujourd’hui. En fait ces transports anticipent l’urbanisation du triangle de Gonesse sans se baser sur les besoins actuels des habitantes et habitants.

A Ivry, pas de problématique écologique mais le scénario qui attend la population est celui d’une gentrification encore plus évidente. Le quartier d’Ivry-Port doit être remodelé, avec la construction de 5 600 logements (mais seulement 280 sociaux, sans compter l’expulsion et la destruction préliminaires de quelques 400 logements), 60 000 m² d’équipements et commerces, le tout pour faire digérer auprès des électrices et électeurs la construction de 570 000 m² de bureaux, tandis que déjà 3,7 millions restent vides en région parisienne. Cette fois c’est Bouygues qui est à la manœuvre. A Saclay enfin, des terres agricoles d’une grande qualité semblent d’ores et déjà sacrifiées à plus ou moins long terme pour accueillir l’immense campus Paris-Saclay, concentration de chercheurs et d’étudiants qui revient à créer une ville nouvelle (240 000 logements).

bilan politique en demi-teinte

Ces trois journées sont à considérer comme les suites de l’initiative de «  convergence des luttes  » de mars dernier, qui avaient vu se rencontrer les soutiens à Notre-Dame-des-Landes en Ile-de-France et les collectifs en lutte contre les divers projets du Grand-Paris, rassemblés dans la Coordination pour la solidarité des territoires en Ile-de-France (COSTIF). L’action commune autour du 8 décembre signifie que les liens ont duré, que de nouveaux collectifs de lutte peuvent se fédérer ou du moins se reconnaître – en particulier sur l’analyse de la gentrification. Mais pour l’instant hormis sur ces trois jours il n’y a que peu de forces disponibles pour un vrai travail de coordination, et la COSTIF n’est pas un outil de lutte réellement combatif  [1]. Quant aux mouvements d’extrême gauche, ils gagneraient peut-être à faire plus de politique autour du Grand Paris – comme l’a fait le collectif d’Ivry avec un tractage porte-à-porte quotidien – car des critiques radicales seraient très audibles.

Mouchette (AL Saint-Denis)

[1Née du FRAP 2012, elle est fédérée principalement sur les axes de la sauvegarde de l’agriculture locale, et de la revendication que les populations soient partie prenante des choix d’aménagement.

 
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