Manifs non mixtes : La nuit est à nous !

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Vendredi 10 avril, des marches non mixtes de nuit étaient organisées dans plusieurs villes de France (Toulouse, Bordeaux et Lyon). De taille et forme variées, elles ont été l’occasion de rappeler que la rue appartient aux femmes, de jour comme de nuit !

À Bordeaux, la manifestation non mixte, organisée par le Clef (collectif de lutte des étudiantes féministes) était précédée d’un apéro mixte, qui a réuni environ deux cents personnes.

À Toulouse, la manifestation était aussi appelée par un collectif étudiant non mixte, créé pendant le mouvement étudiant de novembre dernier. Mais du fait du peu de réseau dont disposent les militantes de ce collectif, et de la répression qui s’abat sur toutes les manifs toulousaines depuis février dernier, ce n’était qu’une petite centaine de manifestantes qui étaient présentes ce soir-là. Les flics et les CRS dépêché-e-s pour l’occasion (oui oui, une CRS femme était présente...) ont « autorisé » la manif sur deux boulevards avant de prendre en étau les manifestantes, qui ont décidé la dispersion pour éviter toute arrestation.

Diversité des participantes

Depuis février dernier, toutes les manifs toulousaines, hormis les grosses kermesses syndicales sont ultra encadrées, donc rien d’étonnant à ce dispositif policier, dont on peut souligner le sexisme patent : l’année dernière le commissaire nous avait incitées à aller « refaire le monde dans nos débits de boisson habituels », cette année le chef des opérations, voyant que les manifestantes n’étaient pas disposées à s’en aller, leur a gentiment laissé occuper la place « jusqu’à 21 heures ». Par contre être paternaliste n’empêche pas de frapper puisque lorsque la manif était repoussée vers les boulevards adjacents, celles qui faisaient face aux flics ont pris quelques coups de matraque.

À Lyon, environ cinq cents meufs, gouines et trans, « fières et bien vénères » qui commencent à chanter et se mettent en route pour arpenter les rues de Lyon. Avec plaisir, nous découvrons un grand nombre de têtes inconnues, des personnes n’étant pas du milieu militant qui pourtant étaient venues pour défiler.

Cette diversité des participantes est due en grande partie à l’effort de collage et de tractage en amont de la manif. Plusieurs affiches avec différents visuels ont été réalisés pour l’occasion et ont touché un public assez varié. plusieurs banderoles ont rythmé le cortège. Celle de tête est la banderole internationaliste « ni orientale, ni occidentale, la lutte des femmes est internationale », suivie de celle contre le viol et de celle en la mémoire de la camarade Ôzgecan Aslan (jeune femme alévi violée et assassinée en Turquie pour ses origines par des fascistes turcs).

Autodéfense collective

Certains slogans fonctionnent mieux que d’autres : les plus politiques comme ceux portant sur les droits des trans ou l’islamophobie était peu repris. Les flics sont présents mais relativement bien tenus à distance, en cas de besoin nous lançons un petit coup de « libres, majeures et vaccinées, pas besoin d’être escortées » qui fonctionne plutôt bien.

Plusieurs altercations ont lieu au cours de la manif, des hommes affichant clairement un comportement viriliste essayant de rentrer de force dans le cortège, sont alors repoussés collectivement. Certains se mettent à jeter des bouteilles de bière sur la manif. Rapidement les flics s’interposent, et pour disperser la manif, gazent abondamment la première ligne d’autodéfense qui s’était formée. Cette action policière fait des dégâts, mais une excellente réaction collective a lieu : les blessées sont sorties et soignées. Une belle démonstration d’autodéfense collective donc, avec une ligne double formée très rapidement et une unité du cortège qui faisait plaisir à voir. Le harcèlement sexiste de rue est un sujet qui commence à être discuté un peu au delà des cercles féministes, entre autres depuis la création de collectifs comme Stop harcèlement de rue (à Paris). Mais quand elles sont médiatisées ces initiatives peuvent être instrumentalisées à des fins sécuritaires et racistes (il faut plus de caméras de surveillance, les harceleurs sont des mecs issus des banlieues qu’il faut civiliser). De plus les femmes sont souvent présentées comme des victimes, incapables de se défendre, et les injonctions faites aux hommes à être « polis » et « respectueux » restent de l’ordre du moral et ne questionnent pas les inégalités d’utilisation de l’espace public. À nous d’injecter un peu de féminisme dans les débats, en mettant en avant les pratiques d’autodéfense et surtout le fait que quel que soit leur habillement, leur attitude et leur degré d’alcoolémie, les femmes ont toute la place dans la rue, les bars et les transports !

Myriam (AL Lyon) et Auréline (AL Toulouse)

 
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