Maternité des Lilas : Libres d’accoucher et d’avorter

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Cela fait maintenant trois ans que la maternité des Lilas, dont les locaux commencent à fleurer la vétusté, se bat pour être reconstruite aux Lilas. Il s’agit d’offrir aux futurs et jeunes parents un accompagnement respectueux du corps et de la volonté des femmes. Le collectif manifestera aux Champs-Elysées le 25 janvier.

C’était une promesse de Hollande lors de sa campagne  : la maternité des Lilas serait reconstruite sur un site neuf au sein de la ville. Mais les programmes de gouvernement, « c’est des promesses d’ivrognes » : le projet aujourd’hui est de délocaliser la maternité à Montreuil, dans les locaux d’un autre hôpital... Qui sont petits, inadaptés et tout aussi vétustes que les locaux actuels. Plusieurs enjeux font de cette trahison un coup lourd porté dans une zone où la santé publique est déjà malmenée.

Déjà, toute délocalisation s’accompagnera d’un plan social d’une ampleur que tout le monde ignore encore. Sur 150 salarié-e-s , on n’a aucune idée du nombre de personnes qui pourraient être laissées sur le carreau. Les emplois les plus précaires et les moins qualifiés seraient les premiers à être supprimés.

Au-delà de ça, déplacer la maternité à Montreuil revient à supprimer une structure de proximité qui dispense une prise en charge de qualité à des publics qui en ont besoin. Et bien sûr la délocalisation impliquerait aussi la disparition du centre d’IVG, dans un département où la demande pour ce type d’acte médical est forte. Aux Lilas, on pratique 1200 IVG par an et on pose en actes le mot d’ordre du droit des femmes à disposer de leur corps  ; qu’en sera-t-il sans cette structure ?

un acte, un prix

De façon générale, les Lilas sont le symbole d’une façon de travailler à contre-courant des modes de prise en charge et de la course à la rentabilité. Le gouvernement utilise l’argument d’un déficit structurel de la maternité pour justifier sa politique. Ce déficit est dû à la tarification à l’acte du milieu médical : depuis 2010, chaque acte médical a désormais un prix. Et il va de soi que les IVG et accouchements physiologiques rapportent peu. Or, aux Lilas, on pratique volontairement un minimum d’actes tarifés, parce qu’on valorise l’accompagnement humain et les alternatives au sur-médical. Pour cela, la maternité est déficitaire : il faudrait accomplir plus de césariennes, plus de chirurgie, tout ça pour résorber un déficit ? C’est hors de question pour l’ensemble du personnel.

Depuis plus de dix ans tout a été fait par l’association Naissance (qui gère la maternité) pour remplir les exigences absurdes de l’ARS : s’adosser à une maternité plus médicalisée, augmenter le nombre d’anesthésistes, remplir des quotas qui leur sont imposés (notamment le nombre annuel d’accouchements, revu à la hausse chaque année). Malgré la sourde oreille de l’ARS et du ministère, et surtout en dépit de l’écoeurement et de l’épuisement, les salarié-e-s, loin de renoncer, s’adaptent et développent des stratégies de lutte.

on n’est pas fatigué-e-s !

Dans une structure qui n’a initialement pas une culture syndicale très développée, les initiatives ont fleuri dès le début de la lutte. Si le collectif officiel comprend élus, syndicalistes et personnels les plus qualifiés, l’ensemble des salarié-e-s y ont surtout développé plein d’outils et d’actions avec une certaine dose d’humour et de créativité.

Il y a eu un calendrier, des autocollants, du battage médiatique, et des faux accouchements en direct devant le ministère qui faisaient leur petit effet. En juillet, plusieurs jours de camping devant chez la ministre n’ont pas suffi à se faire entendre. En septembre, un groupe de salarié-e-s a réalisé un clip en détournant une chanson grand public, avec des paroles dénonçant l’hypocrisie des promesses de la gauche. Et la lutte ne s’essouffle pas : à l’appel du collectif, on rebattra le pavé le 25 janvier sur les Champs-Elysées ! Les Lilas, on y est et on y restera !

Clems (AL Paris Nord-Est)

 
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