Monde du travail : Ne pas laisser le FN gangréner les syndicats

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Face aux tentatives du FN d’investir les entreprises, les organisations syndicales doivent construire un contre-discours et mener la riposte pour dénoncer le parti fasciste comme le pire ennemi des travailleurs et empêcher son implantation dans les catégories populaires.

Marine Le Pen, conseillée notamment par l’influent souverainiste ­Florian Philippot, poursuit son inflexion de discours à tonalité sociale-nationaliste pour élargir la base électorale du FN notamment en direction de l’électorat populaire (ouvriers et employés). Ces classes sociales ouvertement délaissées par le Parti socialiste au profit d’une « classe moyenne » aux contours flous sont majoritairement abstentionnistes, mais cependant pour une partie encore structurées par les organisations syndicales.

C’est pourquoi le FN, après avoir tenté en 1996 sous l’impulsion de ­Bruno Mégret la stratégie de création d’éphémères syndicats étiquetés FN (police, pénitentiaire, RATP, transports en commun...), tente surtout depuis 2011 de dévoyer quelques syndicalistes. Cette opération a débuté lors des cantonales de 2011 avec notamment Fabien Engelmann, syndicaliste exclu de la CGT après être passé de l’extrême gauche au FN via Riposte laïque et devenu depuis le maire d’Hayange en Moselle. Et lors des dernières élections cantonales, Marine Le Pen a déclaré avoir « huit CGT, neuf CFTC, cinq CFDT, sept FO » présents sur les listes FN parmi quelques milliers de candidatures. La CGT et la CFDT ont clairement exclu leurs syndicalistes qui s’affichaient sur ces listes. Tandis que FO met en avant sa complaisante « neutralité » politique et que la CFTC n’a jamais exclu Thierry Gourlot, cheminot alsacien, secrétaire départemental du FN en Moselle et animateur de la coquille vide du Cercle national de défense des travailleurs syndiqués du FN.

Mais surtout le FN a adapté depuis 2011 son discours en faisant la promotion de « l’État fort et régulateur », de la défense des services publics, de la dénonciation des délocalisations et des travailleurs détachés, en prônant des mesures protectionnistes, nationalistes et la sortie de l’euro sur fond de « préférence nationale »... tout en ménageant le patronat des PME.

Son discours caméléon s’appuie sur la mémoire courte des journalistes et commentateurs politiques puisqu’au moment des manifestations et grèves interprofessionnelles de 2010, le FN a adapté du jour au lendemain son programme sur les retraites passant ainsi de la retraite à 65 ans et par capitalisation à la défense de la retraite à 60 ans et par répartition.

capitalisme national

Et contrairement à ce qui a été parfois dit, le FN n’a absolument pas adopté des thématiques anticapitalistes mais au contraire défend un capitalisme à dimension nationale celui du « patronat bien de chez nous », gommant les antagonismes de classes inhérents à ce système. Peu importe les contradictions, l’objectif du FN étant la conquête du pouvoir à coups de slogans réducteurs pour occuper l’espace politique et médiatique.

Face à cette offensive et à la montée des idées d’extrême droite, la CGT, la FSU et Solidaires ont initié une campagne syndicale unitaire le 29 janvier 2014, qui s’est depuis déclinée sur une bonne trentaine de départements sous forme de formations ou d’interventions communes, souvent en lien avec Visa. Et le 6 mai ont eu également lieu à la bourse du travail de Béziers des rencontres unitaires sur le thème « Extrême droite, l’envers du décor », afin que les équipes syndicales confrontent leurs expériences dans le cadre des municipalités gagnées par l’extrême droite en 2014.

L’essentiel est de ne pas se limiter à un discours moralisateur, mais de ne pas se laisser gangréner par les idées d’extrême droite, d’oser poser le débat en mettant en relief les contradictions évidentes du FN, de combattre les discriminations dans l’entreprise, de faire vivre concrètement les solidarités et de les articuler avec les luttes syndicales. Dans la course de vitesse qui nous oppose au FN, le mouvement syndical a une responsabilité évidente pour réussir le pari de la construction d’un antifascisme de classe et de masse.

Gabriel L (AL Paris-Nord-Est)

 
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