Palestine : Solidarité avec les exploités !

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Du 22 avril au 3 mai dernier, une cinquantaine de militant(e)s syndicaux et associatifs (CGT, SUD, CNT, Confédération paysanne, AC !, DAL, Femmes pour l’égalité...) s’est rendue en Palestine dans le cadre d’une mission syndicale et associative organisée avec la CCIPPP (Campagne civile internationale de protection du peuple palestinien). Compte-rendu et impressions de cette visite en pays occupé par un syndicaliste et militant d’AL.

À la différence des missions civiles plus classiques d’observation et de témoignage, celle-ci avait pour principal objectif d’aller à la rencontre des travailleur(se)s, des précaires et des chômeur(se)s palestinien(ne)s ainsi que de leurs organisations. Les contacts déjà pris dans le cadre de missions précédentes servant de base de travail, il aura tout de même fallu plus d’un an et demi de préparation pour que cette mission soit mise sur pied. Après les préparatifs en France avec notamment la vente de plaquettes de soutien pour financer le voyage, la mission part pour la Palestine. Le 23 avril, avec plus ou moins de problèmes de passage à l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv (interrogatoires très poussés de l’ASS, service privé de sécurité), tout le monde se retrouve à Jérusalem pour rencontrer Michel Warchawski et différentes organisations israéliennes anticolonialistes et de résistance à l’occupation.

Ta’ayush, mouvement mixte de jeunes Palestinien(ne)s d’Israël et de jeunes Israélien(ne)s, lutte contre l’occupation et organise actuellement des manifs de soutien en Cisjordanie contre la construction du mur.

Ces manifs, rares moments de solidarité concrète et de rencontres entre Palestinien(ne)s et Israëlien(ne)s (ils/elles n’ont en théorie pas le droit d’aller en Palestine), sont réprimées durement par l’armée qui n’hésite plus à arrêter ses propres citoyens et à les envoyer en prison. Que dire alors de ces Refuzniks, ces jeunes hommes qui refusent d’aller servir dans l’armée d’occupation et qui passent pour la plupart d’entre eux plusieurs mois en prison. Organisés dans Yesh Gvul, ils sont de plus en plus nombreux, et leur voix porte de plus en plus au sein de la société d’Israël. Et puis il y a les différents mouvements de femmes, et ces femmes en noir qui organisent chaque vendredi une manif à Jérusalem pour dénoncer l’occupation et la barbarie qu’elle entraîne. Ces voix dissidentes, si rares dans une société sclérosée et sur laquelle pèse une chape de plomb, sont une bouffée d’espoir, mais elles restent encore très marginales...

Arrivée en Palestine

La route entre Jérusalem et Ramallah, longue de quelques kilomètres seulement, est à l’image de tous les déplacements que doivent effectuer les Palestinien(e)s, et de la réalité à laquelle nous allons être confronté(e)s pendant une quinzaine de jours. La présence de check-points rend tout trajet aléatoire et soumis à l’arbitraire des soldats de l’armée d’occupation. Plusieurs centaines de ces barrages existent en Cisjordanie, entre les « fixes » et les « mobiles », quadrillent le territoire, cassant l’unité géographique et l’impression d’avoir un territoire existant. À Ramallah, nous sommes accueillis par les militant(e)s du DWRC (Democracy and Workers’ Rights Center). Le DWRC est une ONG qui s’est créée il y a quelques années dans le but de développer des syndicats de base démocratiques dans leur fonctionnement et portant des revendications émancipées des directives de l’Autorité palestinienne.

Cette dernière contrôle en effet la PGFTU (Palestinian General Federation of Trade Union, centrale syndicale palestinienne) en nommant ses principaux dirigeants et en dictant la ligne à suivre. Les camarades du DWRC luttent tant bien que mal pour imposer une autre logique que celle défendue par la PGFTU, qui, au nom de la lutte primordiale contre l’occupant, estime qu’il ne faut pas se « disperser » en luttant au sein même de la société palestinienne pour plus de droits et plus de démocratie. Après cette présentation et ces premières rencontres, la délégation syndicale et associative est divisée en cinq groupes pour se rendre dans cinq lieux différents : Hébron, Bethléem, Naplouse, Jénine et Tulkharem. À chaque fois, un ou plusieurs correspondants nous attendent pour aller à la rencontre de la population, de ses difficultés, de ses espoirs... À part les grandes villes palestiniennes où l’activité est plus diversifiée, la plupart de la population (plus de 70 %) vit de l’agriculture en vendant sa production dans les marchés des villes ou en exportant vers Israël. Les villages sont entourés de colonies volant leurs terres. Depuis le début de la seconde Intifada en 2000, Israël n’achète plus de production palestinienne, mais surtout empêche les paysans d’aller dans les villes pour vendre leurs produits, quand ceux-ci ne sont tout simplement pas confisqués arbitrairement aux check-points. Avec la construction du mur de la honte (qui vole 50 % des terres de Cisjordanie), des dizaines de villages qui se trouvent sur son tracé vont voir leurs terres séparées du village, de l’autre côté du mur et donc totalement inaccessibles. Cela va quelquefois jusqu’à 80 % de terres confisquées pour un village. Dans ces villages, où la pauvreté est déjà très forte, le chômage grimpe en flèche, et la population peut dans le meilleur des cas avoir juste assez pour (sur)vivre.

Pour celles et ceux qui vont travailler à la ville, c’est soit le passage rendu impossible par les barrages et autant de journées de travail en moins, ou alors en moyenne cinq heures par jour d’attente à ces barrages... Dans les villes palestiniennes, les travailleur(se)s sont, depuis le début de la seconde Intifada, soumis à une situation dramatique. Pour celles et ceux qui allaient travailler en Israël dans des entreprises qui les exploitaient au maximum, il est désormais quasiment impossible de s’y rendre, et ils/elles sont remplacé(e)s par de la main-d’œuvre issue de pays asiatiques, de pays africains. La production palestinienne n’est plus achetée par Israël, qui préfère acheter moins cher ailleurs, et qui interdit à la Palestine d’exporter ou alors à des prix exorbitants décourageants toute tentative.

Les petites entreprises, qui constituent l’énorme majorité du mode de production, ferment les unes après les autres, avec des rues aux boutiques et petits ateliers aux volets clos, une population vivant sous le seuil de pauvreté à plus de 50 %. Malgré tout cela, les femmes et les hommes qui travaillent encore tentent de défendre leurs droits, de s’organiser pour imposer de meilleures conditions de travail, de meilleurs salaires. La lutte se fait bien sûr contre le colonialisme, source de ses souffrances, mais également contre une Autorité palestinienne avant tout soucieuse de maintenir ses privilèges financiers et d’entretenir ses réseaux de clientélisme à coups « d’enveloppes » qui sont insupportables pour la population qui réclame de la part de cette Autorité une prise en compte des vrais besoins de la population : routes, écoles, centre de soins... Les grèves et les luttes sont présentes, émergeant très souvent de la base, d’un ras-le-bol collectif et elles doivent souvent se heurter à la PGFTU et à ses chefs.

Mais malgré tout, les syndicats de base sont de plus en plus nombreux (notamment dans les télécommunications), et l’espoir semble vivace parmi bon nombre de travailleur(se)s.

De retour à Ramallah, nous nous retrouvons tous pour aller manifester contre le mur à Qalqilya, ville du nord-ouest totalement enclavée par le mur, avec un seul point d’entrée dans la ville, que l’armée peut fermer jusqu’à plusieurs dizaines de jours de suite.

Manifestation

La vie est alors celle d’une prison à ciel ouvert. Ce jour-là, la manifestation se passe bien, les jeeps de l’armée sont là, mais elles ne tirent pas, il n’y aura pas de tués ou de blessés ici. Ensuite, nous rencontrons à Ramallah des familles de prisonniers, arrêtés parce que palestiniens, ne voulant pas courber l’échine devant l’apartheid et l’occupation, et qui sont désormais soumis à l’enfer des prisons israéliennes (camps dans le désert du Neguev, isolement total, pas de visites autorisées...). Elles organisent des manifs très souvent, et le combat pour les prisonniers politiques est l’un des plus populaires en Palestine. Le 1er mai, une manif commune a eu lieu à Ramallah avec les Palestinien(ne)s, moments forts de solidarité avec échanges de slogans, de chants de lutte et la promesse de continuer à unir les combats. Si cette mission syndicale a permis de nouer ou de renouer des contacts forts avec des camarades et des organisations palestiniennes, il reste beaucoup de travail. Populariser au maximum ces luttes, ces combats et cette résistance du peuple palestinien, cette formidable envie de vivre qu’Israël n’a pas réussi à détruire, et développer de façon très urgente dans les pays européens une vraie solidarité de classe avec les travailleur(se)s, mais plus largement avec toute la population qui souffre de la colonisation et de l’apartheid.

Palestine vivra, Palestine vaincra !

Géronimo (CAL Rennes)

 
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