Politiques antisociales : Contre la casse sociale, repartons des bases

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Le climat social actuel est difficile pour les révolutionnaires. Orientations droitières du gouvernement, montée de l’extrême droite, morosité et divisions sur le front des luttes, la situation semble proche du marasme. Pourtant, la colère existe bel et bien, et c’est à nous tous de parvenir à la faire monter pour qu’elle cible les vrais ennemis des salarié-e-s.

Hollande et son gouvernement manquent-t-ils d’«  autorité  »  ? Voilà la question sans cesse posée par les perroquets bavards de la presse bourgeoise, qui visent ainsi les « reculades » en série de ce gouvernement. Pourtant, celles-ci sont trompeuses. Le pouvoir socialiste ne recule que face à ses amis capitalistes  : écotaxe, plafonnement des hauts revenus, mouvement des Pigeons, nucléaire, licenciements, etc. D’un autre côté, il augmente la durée de cotisation retraite pour les salarié-e-s, offre des dizaines de milliards d’euros aux patrons, légalise le racket patronal (Ani) et continue sa politique raciste contre les Roms et les immigré-e-s. Fort avec les faibles, faible avec les forts, voilà la ligne politique de ce gouvernement de nantis et de poltrons.

Militantisme de plus en plus difficile

Pourtant, malgré la situation sociale qui s’aggrave et la colère qui s’étend dans tout le pays, les révolutionnaires peinent à se faire entendre. Les luttes se multiplient (contre les licenciements, contre la réforme des rythmes scolaires) mais restent éparpillées et ne pèsent pas beaucoup face aux capitalistes.

Depuis 2010, les manifestations de masse dans le pays ont été celles de la droite et de l’extrême droite contre le mariage pour tous. En face, les initiatives importantes peinent à rassembler, en dehors de la lutte à Notre-Dame-des-Landes. Sans même parler des manifestations faméliques contre la dernière réforme des retraites, les manifestations contre le racisme et celle contre le chômage du 7 décembre sont parfaitement révélatrices  : la manifestation pour les trente ans de la Marche pour l’égalité n’a regroupé que 2 000 personnes, tandis que celle contre le chômage et la précarité n’a pas plus rassemblé avec un public essentiellement militant.

Face à cela l’extrême droite progresse sans que l’on soit capable de mesurer concrètement son ampleur. Cette progression s’appuie sur la destruction, l’isolement, le découragement, la division de classe provoqués par les politiques capitalistes et se trouve légitimée par les politiques racistes et les discours nationalistes en tous genres de la classe politicienne. Pour autant cette progression doit aussi à l’incapacité des révolutionnaires à peser et à développer des luttes qui soient fédératrices et victorieuses.

La gauche sociale et révolutionnaire est confrontée aujourd’hui à des difficultés qu’il nous faut surmonter. La paupérisation et la dégradation des conditions de vie, articulées à des défaites importantes au niveau des luttes (comme le mouvement des retraites de 2010) rendent le militantisme de plus en plus difficile. Ce n’est donc pas un hasard si, au-delà des raisons proprement politiques, bon nombre d’organisations ont connu des crises ces derniers temps. Dans les collectifs et les organisations, la tentation oscille souvent entre un repli sectaire, le refus de tout compromis et le fait de proclamer l’unité sans la construire réellement (on ne compte plus les collectifs ou les appels à manifester avec plus de signataires que de militants ou de manifestants). Ces évolutions ne conduisent qu’à un épuisement militant à travers des initiatives routinières et rituelles qui ne peuvent susciter que peu d’enthousiasme.

Bonnets rouges et gros bonnets

De fait il est difficile de mobiliser au-delà des cercles militants (organisés formellement ou non) et même les initiatives les plus «  unitaires  » ne parviennent pas à mobiliser plus que ça. La dispersion et la division croissantes se traduisent par le fait que des initiatives différentes sont portées par les mêmes noyaux militants ou au contraire par des initiatives concurrentes sur le même front de lutte. Pourtant tout n’est pas noir et derrière ces constats alarmants, des pistes se dégagent, des routes se dessinent.

La mobilisation dite des « bonnets rouges » ouvre paradoxalement des pistes intéressantes. Il a été trop facile de réduire les manifestations de novembre à une caricature interclassiste. La manifestation du 2 novembre était un appel d’un comité pour l’emploi pour défendre les milliers de salarié-e-s bretons licencié-e-s, notamment dans l’agro-alimentaire. Ce n’est que fin octobre que des patrons et des gros agriculteurs ont tenté de récupérer la manifestation pour en faire une mobilisation contre l’écotaxe. De fait, la composition des cortèges pouvait surprendre avec des salarié-e-s et des patrons. C’est oublier que le gros des manifestants était des salarié-e-s, des chômeurs, des employé-e-s en colère contre la situation sociale.

Éviter la dispersion

Les contre-feux ont été faiblards, voire ridicules. L’appel intersyndical du 23 novembre, démarche républicaniste et sans revendications, a été un flop. Ce dernier étant parfaitement révélateur d’une démarche «  unitaire  » sans fond, sans dynamique, sans objectif.

Des révolutionnaires l’avaient compris et avaient choisi d’occuper le terrain. Le 30 novembre, lors d’une nouvelle manifestation des Bonnets rouges, à Carhaix, un cortège ouvrier a été formé et a réuni plus de mille personnes, montrant qu’il valait mieux affronter la récupération patronale et mensongère, et non la fuir. S’il y avait tant de monde dans ces manifestations c’est bien parce qu’aujourd’hui face aux politiques patronales il faut des initiatives capables à la fois de fédérer à la base mais aussi d’offrir un visage combatif et des possibilités d’action directe.

Les mobilisations en Bretagne ne sont pas les seules intéressantes, bien entendu. D’autres initiatives et luttes offrent des pistes à suivre comme par exemple la manifestation unitaire le 6 novembre à Orléans contre les licenciements, à l’initiative de syndicats. Ou encore le développement de collectifs unitaires antifascistes dans de nombreuses villes.

Travail de base

Ou bien la lutte contre la réforme des rythmes scolaires qui réunit syndicats et parents d’élèves. Il n’y a pas de secret, les mobilisations se construisent sur des dynamiques où l’unité n’est pas un vain mot mais le fruit d’un travail à la base, de rencontres militantes, de compromis entre les uns et les autres au service d’une unité et d’une combativité de classe. Dans le même sens, il est primordial de réinvestir les outils de masse que sont les associations de luttes, les collectifs et les syndicats qui sont les outils les plus capables de mener ce travail de construction d’une unité de classe sur le terrain.

Enfin, il s’agit aussi de prioriser certaines mobilisations pour éviter la dispersion. Les échéances sociales des prochains mois, comme la réforme de l’assurance chômage, la lutte contre les licenciements ou encore la grève des femmes qui se profile pour mars doivent être l’occasion, dans chaque ville, de construire des initiatives larges et unitaires.

Tristan (AL Toulouse)

 
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