Recomposition syndicale par le haut : Les convictions, ça force le respect !

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Suite à la loi d’août 2008, les dernières élections à la SNCF ont porté un coup fatal à la CFTC, à la CGC et à FO. Dans les bureaucraties, c’est le sauve-qui-peut général. Les alliances, les fusions et les compromissions les plus cocasses deviennent possibles.

Un des objectifs avoué de la loi du 20 août 2008 sur la représentativité syndicale [1] était de pousser à la recomposition « par le haut », les directions confédérales de la CFDT et de la CGT faisant le pari d’être les deux seules à pouvoir subsister à terme.

Les élections professionnelles à la SNCF du 26 mars étaient les premières élections dans une grande entreprise depuis le vote de cette loi et étaient, de ce point de vue, très attendues. Nous ne reviendrons pas sur les résultats (voir AL du mois dernier), mais plutôt sur les manœuvres préélectorales employées par certaines organisations pour essayer de franchir la barre fatidique des 10 %, avec des fortunes diverses.

La plus médiatisée a été l’adossement puis l’intégration de la très corporatiste FGAAC à la très « citoyenne » CFDT, qui a permis à la CFDT de passer le seuil des 10 % mais en réalisant un résultat inférieur au score cumulé des deux organisations lors des précédentes élections.

Avant même que l’alliance, au niveau interprofessionnel, entre l’Unsa et la CGC n’ait du plomb dans l’aile (les structures intermédiaires acceptant mal cette évolution qu’elles suivent principalement par l’intermédiaire des médias), la CGC avait choisi, à la SNCF, de faire des listes communes avec… FO ! La cohérence de cet attelage ne sautant pas aux yeux, les deux structures ont publié un communiqué expliquant leur proximité idéologique : par exemple, elles étaient toutes deux pour « gérer les CE dans l’intérêt du plus grand nombre de cheminots » ! Rien de moins !

Les noces de la carpe et du lapin

L’Unsa, de son côté, a fait des listes communes dans plusieurs régions avec la CFTC, ce qui est une des premières explications de sa progression, d’autant qu’il s’est agi à chaque fois d’accords qui prévoyaient d’attribuer « 100 % des voix à la plus grosse structure ». Résultat : au niveau national, CGC, CFTC et FO ne sont plus représentatives… ce qui n’est pas une surprise. En tous cas pour celles et ceux qui quelques semaines avant le scrutin, avaient commencé à s’interroger sur le sens de leur engagement, comme ces responsables régionaux de la CFTC qui rejoignaient l’Unsa… ou ces responsables fédéraux de FO (tenu par les troskistes lambertistes à la SNCF) qui rejoignaient la CFDT ou l’Unsa : permanent avec les lambertistes puis permanent chez les « papistes » comme ils les appelaient, les convictions, décidément, on ne peut pas lutter contre ! Mais la liste est longue, et un peu monotone, de ce mercato des permanents : FGAAC vers CFDT ; CFTC vers UNSA ; FO vers Unsa ; FGAAC vers Unsa ; FO vers CFDT... tout ça dans l’intérêt des salarié-e-s, évidemment ! Des salariés qui, on l’a vu dans le résultat électoral CFDT-FGAAC, ont très moyennement goûté cet assemblage de la carpe et du lapin.

Au niveau interprofessionnel, la CFTC en tire déjà les conséquences, Jacques Voisin expliquant en substance : « Quand on n’est pas représentatif au niveau national, il reste le syndicalisme de terrain, mais ce n’est pas notre spécialité. » Quant à la CGC et ses atermoiements pour se rapprocher d’une autre organisation, le gouvernement lui a délivré un message très clair en lui retirant l’unique siège qu’elle détenait, par le fait du prince, au Conseil supérieur de la fonction publique territoriale.

Mais la loi du 20 août 2008 a aussi des conséquences dramatiques pour certaines équipes syndicales de lutte, d’entreprises ou d’établissements, quelle que soit leur étiquette. Ainsi à Dunlop-Amiens, CGT et CFDT font moins de 10 % des voix et perdent leur représentativité au profit de la CFTC, de l’Unsa et de Sud, ce qui n’était sans doute pas le projet initial.

Nous ne pensons pas qu’une éventuelle disparition de la CGC ait des conséquences dramatiques pour le mouvement ouvrier. Il n’empêche que cette loi montre, moins d’un an après sa promulgation, ses intentions : pousser aux regroupements autour d’un syndicalisme « responsable » !

Les frères Volfoni (AL Rail)

[1Lire AL de juin 2008

 
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