Relire : le poète Benjamin Péret

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Benjamin Péret, poète surréaliste et militant révolutionnaire est un personnage fascinant. Avec André Breton, il fut un des rares, parmi les fondateurs du surréalisme, à rester fidèle, pendant toute sa vie, à son message poétique et subversif. S’il a été pendant longtemps actif dans le mouvement trotskyste – il s’en séparera après 1945 – une dimension libertaire est très présente, aussi bien dans ses écrits que dans sa pratique.

Je me souviens du dialogue suivant, lors d’une rencontre que nous avons eu en 1958, peu avant sa mort : « Vous êtes parti en Espagne en 1936 pour combattre le fascisme. Avez-vous rejoint les Brigades internationales ? » Réponse de Péret : « Pas du tout ! Les staliniens m’auraient fait la peau ! J’ai combattu dans les rangs de la colonne anarchiste de Durruti. »

Une exposition a récemment été consacrée à son œuvre. Les textes de cette exposition portent sur l’Amérique Latine et ses productions qu’il à fait au Brésil et au Mexique ainsi que sur les rencontre qu’il a fait là- bas.

L’Association des amis de Benjamin Péret publié aussi, à la même époque, un recueil du poète, paru en 1936 et devenu introuvable, Je ne mange pas de ce pain-là. Ce sont des textes d’une rare virulence, définis par certains comme des « invectives anarcho-lyriques », qui ont pour cible la patrie, la religion, l’armée et le fascisme. Péret lui-même ne considérait pas ces écrits comme des « poèmes à proprement dits » ils ne relèvent pas moins, comme l’observe Gerard Roche dans son introduction, d’une forme d’humour surréaliste, « un humour qui parcourt toute la gamme du noir ». Voici les premiers mots d’un « poème » dédié au bourreau de la Commune de Paris, qui ouvre le recueil :

« Ventre de merde pieds de
Cochon tête vénéneuse
C’est moi Monsieur Thiers »

La même « violence lyrique paroxystique » (Claude Courtot) se retrouve dans les autres textes.

En annexe du recueil se trouve une enquête sur le livre proposée par Heribert Becker, avec les réponses de plusieurs personnes se réclamant, sous différentes formes, de la sensibilité surréaliste : Laurens Vancrevel, Arturo Schwarz, Michael Richardson, et beaucoup d’autres. Une des réponses les plus intéressantes est celle de Franklin Rosemont, le fondateur du surréalisme aux États-Unis : Je ne mange pas de ce pain-là c’est une vague d’« images indomptables » mêlées à une « véhémente vitupération anarchiste », dont l’efficacité « résulte précisément dans leur outrageant excès » ; leur rythme est comparable aux « improvisations les plus délirantes de Thelonius Monk »…

Michael Löwy

  • Association des amis de Benjamin Péret, Benjamin Péret et les Amériques, 2010, 80 pages, 18 euros et Benjamin Péret, Je ne mange pas de ce pain-là, Paris, Ed. Syllepse, 154 pages, 13 euros.
 
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