Revues : « Contretemps » : salariat et syndicalisme

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Le dernier numéro de la revue Contretemps ouvre un « chantier » sur le salariat et le syndicalisme qui ne peut qu’être suivi avec intérêt par les militantes et les militants actifs dans les luttes syndicales.

Fondée par Daniel Bensaïd en 2001, la revue Contretemps voulait se situer « au carrefour des radicalités ». Cela avait notamment conduit à la parution d’un numéro intitulé "Changer le monde sans prendre le pouvoir ? Nouveaux libertaires, nouveaux communistes" en 2003 [1] auquel des militants d’AL avaient contribué.

En 2009, la revue change d’éditeur. C’est l’occasion d’une refonte de sa formule mais aussi de son projet. Fusionnant avec Critique communiste, revue de la défunte LCR, Contretemps fait dès lors figure de revue intellectuelle du NPA. C’est avec ces « coordonnées » en tête qu’il faut l’aborder. Dans son n°5 paru récemment [2], Contretemps nous propose de « réfléchir à l’existence politique et sociale de la classe ouvrière aujourd’hui » et s’interroge sur l’existence de « nouvelle(s) classe(s) ouvrière(s) ».

Le salariat est fragmenté

Trois articles composent le dossier. Dans "Tombeau pour la classe ouvrière ?", H. Clément, A. Moyrand et L. Sal reviennent sur des créations littéraires récentes mettant en scène l’usine. Démontrant que la juste volonté de témoignage peut parfois se confondre avec une nostalgie évacuant la classe ouvrière comme sujet historique pour la figer en vestige d’un monde englouti, ils opposent à cette tendance la permanence de livres de lutte (Levaray, Mordillat…).

René Mouriaux quant à lui nous offre avec "Le mouvement syndical et la crise", un long article d’analyse qui revient sur les obstacles que rencontre l’action syndicale contemporaine faisant face à un salariat fragmenté (entre précaires ou pas, privé/public, « nationaux » et immigrés). L’auteur fait également un utile retour sur la question de la « désyndicalisation » et sur l’institutionnalisation croissante des organisations syndicales. Il voit tout de même des « possibilités d’un renouveau syndical » se dessiner dans la persistance du « Tous ensemble » né de 1995 (et malgré les limites à sa mise en œuvre que pointe aussi l’article). Que « l’époque […] invite à la révolte » permet également une conflictualité s’exprimant parfois dans des formes différentes dont le syndicalisme peut tenir compte ("Désobéisseurs"…).

Le syndicalisme doit s’unifier

Enfin, Louis-Marie Barnier clôt le dossier avec un article intitulé "Unifier le salariat, la tâche historique du syndicalisme". Truffé de références à l’exégèse marxiste l’article revient sur les fondements du syndicalisme français appuyé à la fois sur des groupes à forte identité professionnelle et sur des axes unifiant le salariat (d’où, pour aller vite, la construction en bourses du travail d’un côté et fédérations professionnelles de l’autre). L’auteur conclue à la nécessité d’une plongée revivifiante du syndicalisme dans le mouvement social pour s’extirper du cadre de l’entreprise et s’adresser à la société toute entière. Signalons aussi l’article inédit de Daniel Bensaïd interrogeant le rapport (vif) à l’histoire et à la mémoire et une longue note de lecture passionnante d’Olivier Neveux sur les deux derniers livres d’entretiens de Jacques Rancière.

Théo Rival (AL Orléans)

[1Contretemps n°6, Textuel, février 2003.

[2Contretemps n°5 (nouvelle série), Syllepse, mars 2010.

 
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