Surcouf : Contre l’arbitraire patronal

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Les vendeurs et vendeuses des magasins Surcouf ont mené une longue grève de six semaines contre une baisse de salaire imposée par leur nouveau patron. Sous prétexte de sauvegarde de l’emploi, ce genre de régression devient monnaie courante. La longue expérience de lutte des Surcouf doit servir.

Tout commence le 10 juin 2009, quand les magasins Youg’s achètent Surcouf. Youg’s, c’est le joujou d’Hugues Mulliez, 33 ans, fils de Gérard Mulliez [1], qui entend démontrer à papa qu’il peut faire aussi bien que lui. Il entend donc redresser Surcouf, dont les résultats sont en baisse. Quoi de mieux pour commencer dans de bonnes conditions que de racheter ces huit magasins au groupe Pinault-Printemps-Redoute pour un euro symbolique ? Le groupe PPR avait acquis Surcouf pour 44 millions en 2000, mais entre gens du même monde, on peut bien se faire ce petit cadeau !

Pour montrer qu’il peut redresser une entreprise en quelques mois seulement, Hugues Mulliez impose un nouveau système de rémunération : les primes ne seront plus calculées selon les ventes réalisées, mais selon la marge sur les produits vendus. Le nouveau système aboutit à une baisse de rémunération de 10 à 40 % selon les rayons ! Et pour faire passer la pilule, le directeur général, Vincent Arnault, prétend que ce système est plus égalitaire, puisqu’un « vendeur placé dans un rayon qui marche bien gagnait automatiquement plus que celui dans un rayon qui ne marche pas ».

Face à cet alignement par le bas, 179 vendeurs et vendeuses de cinq magasins refusent de signer. On ose résister à Hugues Mulliez ? Ces moutons noirs seront donc licenciés ! Aussitôt, le 31 mars 2010, les trois magasins de la région parisienne, celui de Bordeaux et celui de Strasbourg se mettent en grève. Face à la dégradation des conditions de travail, la plupart des grévistes n’espère pas être réintégré à Surcouf, mais plutôt partir dans des conditions décentes. Ils et elles revendiquent 2 500 euros d’indemnité par année d’ancienneté et le paiement des journées de grève, ainsi que le reclassement de ceux qui le souhaitent dans les autres enseignes du groupe.

Un mouvement peu soutenu

Hors de question d’accepter pour Hugues Mulliez, qui entend bien se faire un prénom dans le monde du patronat. Et puis, la construction d’un nouveau siège à Lille va déjà coûter 8 millions, on ne va pas en plus indemniser les salariés. Il n’y aura donc pas de négociations, jusqu’au jour où le magasin de Daumesnil à Paris est occupé. Mais la direction utilise toutes les méthodes possibles pour jouer sur la motivation des grévistes. Alors qu’ils sont en grève depuis le 31 mars, leurs fiches de paie du mois de mars, reçues en avril, comportent déjà des retenues sur salaires pour les jours de grève du mois d’avril.

Le plan social n’est pas encore adopté que sont déjà embauchés en CDI des remplaçants sur les postes des grévistes. Enfin l’accès au siège du groupe est même interdit aux représentants du personnel. Finalement, peu soutenus, épuisés par la grève et écœurés par l’entreprise où ils se sont investis pendant des années, les grévistes cessent le mouvement le 10 mai, après que le comité central d’entreprise ait validé le plan social sous prétexte que la direction avait accordé une prime de 1 200 euros par année d’ancienneté. Dans un secteur où le syndicalisme est relativement faible, les grévistes auront beaucoup souffert du manque de solidarité et de notoriété de leur mouvement, qui leur auraient permis de jouer davantage sur la peur de la direction de perdre l’image de marque des magasins Surcouf.

Renaud (AL Alsace)

[1La famille Mulliez possède notamment le groupe Auchan/Atac/Simply, Décathlon, Leroy Merlin, les 3 Suisses, Kiabi, Flunch, Norauto, Kiloutou, Jules et Top Office.

 
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