Syrie-Kurdistan

Un communiste libertaire dans l’IFB #10 : « La place des femmes au Rojava et dans le confédéralisme démocratique »

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« Cette importance donnée à la libération des femmes dans cette révolution vient d’un travail de plusieurs décennies observées dans les guérillas kurdes, elle n’est pas "naturelle" ni "occidentale" comme peuvent le présenter les médias en Europe. »


Alternative libertaire reproduit les billets du blog Kurdistan-Autogestion-Révolution où, après Arthur Aberlin, engagé au sein des YPG, s’exprime à présent Damien Keller, engagé lui dans le Bataillon international de libération (IFB).

Au fil des semaines, il témoignera de la vie au sein de l’IFB, des débats qui s’y mènent et de l’évolution du processus révolutionnaire dans la Fédération démocratique de Syrie du Nord.


Forces Antifascistes d’Afrîn,
canton de Cizîrê, le 20 juillet 2018

Tout d’abord excusez moi pour ce long délai sans nouvelles. Des problèmes informatiques et quelques préoccupation logistiques m’ont beaucoup occupé.

La place des femmes dans la société est peut-être l’axe le plus visible de la révolution, notamment via la constitution des YPJ, forces armées uniquement composées de femmes.

D’autres structures sont aussi non-mixtes, comme des unités de défense civile ou de sécurité.

Cette lutte contre le patriarcat est flagrante dans la vie militaire : il était absolument impensable pour la société syrienne (autant que pour les sociétés occidentales) que l’on puisse mettre une kalashnikov, une mitrailleuse lourde ou un lance-roquettes dans les mains de milliers de femmes qui ont fuient, pour certaines, leurs familles pour échapper à l’oppression patriarcale.

Le courage au combat des camarades femmes est souvent mis en avant, à raison d’après beaucoup de témoignages.

Dans la société civile, les femmes coadministrent les institutions aux côtés des hommes, et participent davantage aux élections.

De plus, on constate que des cadres d’auto-organisations et d’auto-défenses se créent contre les violences faites aux femmes (violences domestiques, mariages forcés et crimes d’honneur notamment) ainsi que par le biais de coopératives. Ce phénomène est pourtant en parti suivi par le fait qu’un homme, Abdullah Ocalan, ait rédigés ce sujet qui ne le concerne pas sur le premier plan. Néanmoins il a déclaré qu’après avoir théorisé cette base idéologique, il laisserait les femmes décider des suites à y donner. Mais la jinéologie est une science nouvelle, et comme les femmes sont divisées elles-mêmes sur la suite à donner à l’importance d’Abdullah Ocalan dans la lutte pour la libération des femmes, elles sont aussi divisées sur la conception de la femme, certaines peuvent par exemple la défendre comme un être naturellement sensible, douce.

Cette importance donnée à la libération des femmes dans cette révolution vient d’un travail de plusieurs décennies observées dans les guérillas kurdes, elle n’est pas "naturelle" ni "occidentale" comme peuvent le présenter les médias en Europe.

On peut regretter que cette lutte contre le patriarcat ne se fait pas en adéquation avec un soutien aux luttes des LGBTIQ. Même si du travail est fait au sein du PKK et du PYD, il arrive que des formateurs et des formatrices qualifient les LGBTIQ de personnes « malades », s’appuyant selon eux/elles sur une vidéo d’Abdullah Ocalan qui les considère comme victime d’une maladie capitaliste. Mais cette vidéo, si elle existe, date d’avant son incarcération et il n’est pas impossible que son avis à ce sujet ait changé.

Abdullah Ocalan possède un culte de la personnalité très important au sein du PYD et du PKK. Pour des militants et des militantes, ses écrits sont considérés comme une vérité absolue, ce qui en empêche de se détourner de sa ligne politique.

Mais il existe tout de même beaucoup de militants et de militantes qui ont une lecture davantage critique et, dans la quasi totalité des discussions politiques que nous avons eu, les militantes et militants prenaient au moins la peine de débattre avec nous.

De plus, le mouvement kurde LGBTIQ est important au Kurdistan de Turquie, avec notamment le HDP qui porte ses revendications malgré la répression de l’État turc.

Ces considération faites, on peut espérer un changement des mentalités sur la question.

A ce sujet, les camarades de la Commune internationaliste ont une section sur leur site internet, avec notamment des textes en plusieurs langues d’Abdullah Ocalan. Comme le reste du site, je vous la conseille.

Damien Keller

 
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