Universités : Stop à la marchandisation du savoir

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Partout en France, la dégradation des conditions d’études et de travail amène des étudiants et étudiantes à réagir. La mobilisation reste pourtant inégale, d’une fac à l’autre, selon l’importance des restrictions budgétaires qui y sont pratiquées.

Des Assemblées générales (AG) ont eu lieu à Bordeaux, Caen, Clermont-Ferrand, Dijon, Grenoble, Paris... La plupart rassemblent tout au plus, pour le moment, une centaine d’étudiants, mais certaines ont été bien plus massives comme à Montpellier ou à Lyon. Une première coordination nationale a réuni des délégations de huit facs en lutte les 23 et 24 novembre, et a adopté une plate-forme de revendications. De nombreux conseils d’administration, qui se contentent de gérer la misère, ont aussi été perturbés dans le but de paralyser le vote des budgets 2014.

Blocage à Montpellier

À Nantes, la mobilisation a pris de l’ampleur avec l’annonce de la fermeture d’une licence de sciences de l’éducation au profit de l’université catholique d’Angers qui ouvrirait une antenne à Nantes en proposant une licence pour la modique somme de 11 000 euros ! Un exemple flagrant d’une privatisation rampante de l’enseignement supérieur.

À Montpellier, le mouvement a débuté fin septembre, et les AG sont plutôt bien remplies (jusqu’à 1200 personnes). Sauf qu’en dehors des AG, malgré la diversité des actions (manifestations, occupation de la Chambre de commerce et d’industrie, blocage de la fac, perturbations des Conseils d’administration ou d’un accord public-privé), le mouvement ne prend pas. L’administration joue le jeu de l’État, en réprimant comme lors des mouvements sociaux passés : elle veut garder ses privilèges, et risque d’appliquer le reste des mesures d’austérité déjà proposées, lors d’un CA retardé qui se tiendra au rectorat (du fait du blocage du dernier CA).

Lyon-II, virage à droite

À Lyon-II, la dernière AG a rassemblé jusqu’à 700 personnes (étudiants et étudiantes, personnels et enseignants). C’est le président, J.-L. Mayaud, qui a lui-même boosté la mobilisation. Le 21 novembre, il a convoqué un «  conseil élargi  » avec surtout des personnalités extérieures (qui ne sont autres que de potentiels actionnaires), afin de «  solutionner la crise à Lyon 2  ». Non convié-e-s, les étudiants ont voté en AG de s’y rendre. Le président a, pour toute réponse, envoyé les CRS et la BAC.

L’AG suivante, de 500 personnes, a voté le début de la grève et l’occupation symbolique d’un amphi, afin d’avoir un point d’information sur le campus et d’organiser la lutte (réunions du comité de mobilisation, diffusion de tracts, répartition des interventions en amphi). Une centaine d’étudiants ont aussi participé à une manif interpro et à un rassemblement devant le Grand Lyon sur le logement. Le 14 décembre, journée de mobilisation appelée par la coordination nationale, 400 étudiants ont manifesté, juste après les partiels  !

L’équipe présidentielle est en crise  : quatre vice-présidents sur six ont démissionné ; une partie de la majorité de Mayaud a voté contre le budget, rejeté lors du dernier CA, du jamais vu ! Néanmoins, la direction compte bien poursuivre. Le nouveau vice-président au Conseil des études et de la vie universitaire (CEVU), doyen de la fac d’économie, souhaite durcir la sélection. Le message est clair : la fac, ce n’est ni pour les bacs-pro, ni pour les sans-papiers ! On veut faire de Lyon-II un établissement élitiste et professionnalisant... La rentrée sera donc décisive, avec une nouvelle AG dès la reprise des cours et l’accueil de la prochaine coordination nationale à Lyon.

Seul un mouvement d’ampleur pourra forcer le gouvernement à revenir sur la politique libérale qui est à la source de la situation alarmante des facs. La question qui se pose alors  : ces frémissements peuvent-ils amener un mouvement plus massif  ? Quelle que soit la réponse, les mobilisations actuelles ont pour intérêt de passer le flambeau de la critique de ces politiques libérales désastreuses à de nouvelles générations d’étudiantes et étudiants.

Ben (AL Nantes), Myriam et Julie (AL Lyon), Otxoa (AL Montpellier).

 
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