Villes en transition : De l’autre côté du pic pétrolier

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Si on parle beaucoup du réchauffement climatique, on parle moins d’une autre menace, plus insidieuse, celle du pic pétrolier qui marque le moment où le pétrole coûtera plus cher à extraire qu’à consommer autrement qu’à des prix démentiels, impossibles à payer par le commun des mortels. Sans possibilité de faire tourner des machines, dans une économie entièrement fondée sur le pétrole, on imagine le cataclysme social qui peut s’ensuivre.

Pour les économistes, écologistes, géologues, ce sont les années 2010 à 2012 qui signent l’apogée de la courbe. Catastrophisme ? Plutôt réalité objective, les plus optimistes positionnent le pic vers 2040. À trente ans près, c’est kif kif à l’échelle de la planète et de son impact pour l’humanité.

Désespéré ? Pas nécessairement. La « résilience » [1] comme on dit là-bas, vient d’Angleterre. Plus précisément d’un écologiste irlandais, Rob Hopkins , qui convertit, à tour de bras, des villes entières à se mettre « en transition ». Transition vers quoi ? Vers l’après-pétrole.

Formé à la permaculture [2], Hopkins, à force d’expérimentation, a mis au point un système qui permet à une ville de négocier une « descente énergétique » sans heurts et sans violence, et de fonder de nouvelles manières de « faire société ». Car pour changer de paradigme économique, il était essentiel et logique de changer les façons de se parler, de prendre des décisions, de s’organiser.

Descente énergétique

Mettre sa ville en transition c’est donc réorganiser radicalement son habitat collectif pour que le pic pétrolier ait le moins d’incidence sur nos vies. Rendre la ville moins gourmande en énergie, raccourcir les distances entre lieux de production et de distribution, se déplacer moins, transformer les espaces publics en garde-manger entretenus collectivement… Relocaliser en un mot.

Connaissant le pragmatisme anglais, le résultat est loin d’être une utopie – plus de quarante grandes villes (+ de 200.000 habitants) et une centaine de villes de 20.000 à 100.000 habitants sont officiellement en transition. C’est en élaborant le « plan de descente énergétique » social, économique, écologique à dix ans qu’on conditionne la réussite en permettant aux habitants de se projeter dans la durée, et donc, de participer consciemment et fortement.

Car tout est là : si on ne réinvente pas des formes d’autogestion et de prise en main collective de son habitat, il est impensable de s’affranchir du pétrole (et du système qu’il fonde).

Les solutions sont éminemment locales, car la créativité, les volontés, les solidarités… ne se trouvent que sur place. Et de fait, l’essentiel des techniques de transition élaborées par Hopkins et ses émules sont d’ordre social, collectif : groupes de travail, mandats de pilotage révocables, sollicitation active des anciens ayant connu une époque sans pétrole, concevoir et décider entièrement collectivement…

Des résultats citoyens et écolos

En tant que militants et militants, on pourra regretter que ces initiatives soient faiblement politisées. Pourtant, en se rendant sur les différents sites des villes en transition (surtout anglaises) on constate : l’indépendance par rapport au pouvoir, des réalisations difficilement attaquables par le privé grâce à la participation massive de la population, des résultats calculés en termes de stabilité écolo-socio-économiques plutôt qu’en fric : nourriture et énergie produites localement, monnaie propre (!) en circulation, réduction des parcours, commerces relocalisés, biens de première nécessité manufacturés sur place…

En voilà du baume au cœur. Et il y a du travail : quelques cinq grandes villes françaises seulement pour tenter l’aventure alors que ce sont surtout les villes petites et moyennes qui seront les plus à mêmes de créer des adaptations intéressantes. A bon entendeur…

Cuervo (AL 95)

[1Capacité d’un système écologique à revenir à la stabilité après une perturbation.

[2Structuration des cultures de manière à ce qu’elles s’alimentent en se protégeant les unes les autres, avec un minimum de labourage, pesticides, engrais…

 
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