Violences au Mexique : Tactique anti-narcotique

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Les Mexicaines et les Mexicains sont descendu-e-s massivement dans la rue le 8 mai pour exprimer leur ras le bol de l’escalade dans la guerre sanglante qui oppose leur président Calderón contre le narcotrafic. Large et originale, la mobilisation propose une nouvelle stratégie face au crime organisé.

Le 8 mai se concluaient les quatre jours de la Marche pour la paix avec justice et dignité entamée à Cuernavaca (Etat de Morelos). Répondant à l’appel du poète Javier Sicilia suite à l’assassinat de son fils, et des familles de victimes de la violence, 100 000 à 200 000 personnes ont défilé dans la capitale mexicaine avant de se rassembler sur la place centrale de la ville, le Zócalo. Des dizaines de milliers de Mexicaines et de Mexicains manifestaient au même moment dans le reste du pays.

Considérant qu’aucun mot ne peut plus exprimer l’immense détresse et lassitude que provoquent la violence et la corruption, les marches furent silencieuses. Mais les pancartes rappelaient le triste bilan de la guerre contre les narcotrafiquants menée par Calderón depuis sa prise de fonction en décembre 2006 : 40 000 morts, des dizaines de milliers d’enlèvements, et une violence toujours plus crue, avec de nombreuses décapitations, fosses communes, et exécutions de masse. L’action de l’armée, peu respectueuse des droits de l’homme et de plus en plus infiltrée par les narcos, est au centre de l’indignation.

Une mobilisation populaire

Un aspect remarquable de la mobilisation a été son caractère populaire, rassemblant au-delà des orientations politiques ou des conditions sociales. De même, des secteurs généralement en retrait des mouvements sociaux, les artistes, ou l’Eglise catholique dont le poids est énorme au Mexique, ont activement participé à la mobilisation.

Une autre illustration du rayonnement de mobilisation : la participation des zapatistes, qui ne s’étaient pas manifestés depuis le lancement de l’Autre campagne en 2006. Entre 10 000 et 15 000 membres de base ont ainsi manifesté en silence dans les rues de San Cristobal de las Casas (Chiapas) avant de se réunir sur la place centrale de la ville pour écouter la déclaration de l’EZLN, qui rappelait justement la nécessité de participer, indépendamment de l’appartenance ethnique, politique ou religieuse, car seule la paix peut permettre à chacun-e de vivre librement selon ses convictions.

La proposition d’un Pacte Civil

Lors du rassemblement sur le Zócalo, les organisateurs ont présenté un pacte civil visant à rénover le pays. Le pacte propose d’abandonner la vision militariste dans la lutte contre le crime organisé, qui ne fait qu’attiser la violence, pour passer à une vision plus sociale. Il appelle ainsi à la mise en place de politiques publiques volontaires et ambitieuses en termes d’emploi, de culture, de santé et d’éducation, pour reconstruire le tissu social déchiré par la violence, le néolibéralisme et le clientélisme, et offrir des alternatives à la tentation de la délinquance. A côté de ça, une lutte accrue contre les canaux financiers des cartels permettraient de réduire leur force de frappe.

Le pacte propose aussi une transformation des institutions, avec notamment une plus grande participation citoyenne dans la prise de décision, seule façon de lutter contre le clientélisme et la corruption qui gangrènent les partis politiques. Une attention particulière est donnée aux institutions judiciaires pour les rendre plus indépendantes du pouvoir politique et plus respectueuses des droits de l’homme.

Les commissions chargées de donner suite au pacte civil se réuniront le 10 juin à Ciudad Juarez, et la désobéissance civile, par exemple le non-paiement des impôts, est envisagée pour se faire mieux entendre. Vu que le gouvernement a réagi en rappelant que l’intervention de l’armée est absolument nécessaire, et qu’il souhaite étendre ses compétences sur les questions de sécurité intérieure, le bras de fer s’annonce acharné, à un an des élections présidentielles.

Jocelyn (AL Paris Sud)

 
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