Politique

Agressions racistes à Argenteuil : ne laissons pas faire

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Argenteuil (Val-d’Oise) est depuis quelques semaines le théâtre de violentes agressions racistes.

Le 20 mai dernier, une jeune fille voilée de 17 ans, Rabia B., a été rouée de coups par deux individus. La police n’a pas souhaité enregistré cette plainte comme une agression raciste.

Quelques mois auparavant c’était Nadia C. qui avait été attaquée à coups de cutter.

Mardi 11 juin, après le contrôle d’identité d’une femme portant le niqab, la police a tiré au flash-ball et envoyé des bombes lacrymogènes sur la foule qui tentait de s’interposer.

Jeudi 13 juin, enfin, deux individus ont agressé une jeune femme de 21 ans, voilée et enceinte, alors qu’elle sortait d’un laboratoire d’analyses. Elle a reçu des coups, son voile a été arraché et elle a été traînée à terre. La victime a perdu son enfant depuis.

Cette déferlante d’actes racistes et sexistes, dans un contexte de pression policière sur les quartiers populaires, nous montre à quel point le racisme colonial est toujours une réalité en France. Par ailleurs, nous n’oublions pas qu’en 2009 déjà à Argenteuil, la police avait provoqué la mort d’Ali Ziri (69 ans), et que les responsables, qui ont depuis bénéficié d’un non-lieu, sont toujours en service dans les rues de la ville !

C’est ce racisme ordinaire, entretenu par les gouvernements successifs, utilisé par les partis politiques et véhiculé par des médias ayant abandonné tout sens critique, qui s’est peu à peu dirigé contre les musulmans et les musulmanes, présenté-es comme des ennemi-es de l’intérieur. Nous dénoncions en 2004 la loi Ferry sur les signes religieuses dans les écoles publiques car sa seule raison d’être était de stigmatiser les populations musulmanes et plus largement d’impulser une politique identitaire, raciste et sexiste afin de diviser les travailleurs et les travailleuses. L’opération a parfaitement réussi dans un contexte de reflux des luttes après les grèves contre la contre-réforme des retraites de 2003 ; 10 ans plus tard, voilà où ont conduit l’opportunisme politique et le racisme ambiant.

Ce racisme s’est diffusé dans la société à coup de lois, de débats nationaux et de discriminations quotidiennes. Il s’est imposé dans le champ institutionnel au prix d’une intense bataille idéologique. Celle-ci a notamment consisté à détourner une idée progressiste et émancipatrice comme la laïcité à des fins réactionnaires car elle a été instrumentalisée essentiellement pour stigmatiser une population. Le discours sur l’identité nationale répondait quant à lui à une volonté d’imposer dans l’espace politique l’idée d’une guerre des civilisations puisqu’elle postulait que l’identité nationale était d’essence chrétienne et qu’elle était menacée par les immigré-e-s et plus spécialement par les musulman-e-s.

Les actes racistes visant des musulmans et des musulmanes auxquels nous assistons aujourd’hui font sinistrement écho aux agressions fascistes et homophobes qui se multiplient depuis plusieurs mois et qui ont récemment coûté la vie à Clément Méric. Face aux forces réactionnaires, racistes, fascistes, sexistes, homophobes, qui se sentent pousser des ailes depuis la mobilisation contre le mariage pour tout-te-s, nous appelons à la solidarité de classe et à la riposte féministe, antiraciste et antifasciste.

A Argenteuil comme ailleurs, nous soutenons les luttes des victimes, de leurs proches et des habitant-es des quartiers populaires, décidé-es à obtenir justice contre ces agressions.

Il y a 30 ans, la Marche pour l’égalité des jeunes immigré-e-s des Minguettes (quartier de Vénissieux dans la banlieue lyonnaise) leur permettait de dénoncer les violences racistes et sécuritaires. 30 ans plus tard, rien n’a fondamentalement changé, et il y a toujours autant de raisons de se mobiliser massivement pour fédérer les victimes des politiques et actes racistes quelle que soit leur origine (Rroms, musulman-e-s, travailleur-e-s sans papier...) et prendre comme en 1983 la population française à témoin.

Alternative libertaire, le 22 juin 2013

 
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