Appel : De l’avenir du syndicalisme de lutte

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Les syndicalistes de lutte qui ont porté l’appel « On bloque tout ! » pendant plus de quatre mois ne comptent pas s’arrêter là. Face aux combats qui nous attendent, l’enjeu est aujourd’hui de transformer l’essai en constituant un réseau pérenne.

Après un premier texte de bilan assez exhaustif publié à la mi-juillet [1] , l’équipe de militants et militantes qui animent l’appel « On bloque tout ! » a fait le pari d’en lancer un nouveau début septembre, « On se bat toujours ! » (voir encadré), appelant à la constitution d’un réseau intersyndical de lutte avec une première rencontre constitutive le 15 octobre. C’est bien sûr ambitieux.

Déjà en 2010, les appels des syndicalistes pour la grève générale portaient en germe cette idée ­d’être « l’outil d’un débat syndical renouvelé à la base » [2] . Mais ils avaient finalement plus servi à « peser » sur les débats internes des organisations syndicales engagées dans la grève (CGT comprise) qu’à tisser concrètement des liens posant les bases d’un regroupement ultérieur. Il en va autrement aujourd’hui de l’appel « On bloque tout ! » avec ses déclinaisons locales et sa mise en débat dans les structures, avec ses prises de position régulières tout au long du mouvement, l’organisation d’une rencontre nationale, d’un meeting, la mise à disposition d’un matériel [3]

Etre utile aux outils syndicaux

Certes on peut avoir une autre appréciation. Si on pense (en caricaturant à l’extrême) que ce qu’il faut c’est, 1) dénoncer les « directions-syndicales-traîtres » pour libérer l’énergie canalisée d’une base qui ne rêverait que de grève générale, ou 2) construire une « fraction rouge » dédiée à la conquête des appareils syndicaux... alors il est certain que l’appel « On bloque tout ! » a pu paraître décevant.

Mais si on estime que nous avons un travail immense de reconstruction d’un syndicalisme de terrain qui « parle » à l’ensemble du camp du travail, qui fasse progresser l’organisation et la conscience de classe, si on pense que nos structures syndicales ont tout à gagner à échanger sur leurs pratiques pour plus et mieux mobiliser, à balayer les sectarismes, à développer des solidarités intersyndicales horizontales… alors l’idée de tisser un réseau pour cela n’est pas bête.

L’appel « On bloque tout ! », même s’il n’a pas forcément porté autant qu’on le voudrait, a néanmoins touché une base syndicale réelle et été repris par des milliers de militants et militantes, par des équipes syndicales entières et de différentes organisations. Il a ouvert un espace, peut-être encore balbutiant, mais qui peut permettre de propulser un tel réseau. Non seulement c’est aujourd’hui possible, mais gageons que ce sera utile demain pour renforcer nos outils syndicaux.

Théo Rival (AL Orléans)


On se bat toujours ! De l’appel « On bloque tout », vers un réseau intersyndical de lutte !

Nous sommes des syndicalistes affilié.e.s à différentes organisations (CGT, Solidaires, CNT-SO, CNT, FSU, FO, LAB, Confédération paysanne…). Ensemble, nous nous sommes retrouvé.e.s dans l’appel « On bloque tout ! ». Depuis mars dernier, nous en avons porté les propositions dans des meetings, dans nos structures, auprès de nos camarades, de nos collègues. Nous avons ainsi contribué à la mobilisation large et déterminée pour le retrait de la loi « travail », et à populariser l’objectif du blocage de l’économie. Nous nous battons toujours pour l’abrogation de cette loi. Pour autant nous avons toutes et tous, et ce quelle que soit notre organisation syndicale, eu des difficultés pour ancrer la grève dans nos secteurs professionnels, pour l’étendre, à passer aux nécessaires reconduction et généralisation de la grève. Nous continuons de penser que c’est un instrument décisif pour construire un rapport de force en mesure de repousser les attaques de l’État et du patronat. Nous continuons de penser que les structures syndicales doivent continuer de réfléchir aux obstacles à l’action et à l’engagement des salarié.e.s ainsi qu’aux pratiques syndicales qui les perpétuent.

L’appel « On bloque tout ! » s’est voulu porteur de l’exigence de reprendre l’offensive, après des années passées à défendre des acquis sans cesse attaqués par les gouvernements successifs. Le constat est fait que notre lutte est restée pour l’instant trop défensive, pas assez imaginative. Et nous continuons de penser que, pour donner l’envie d’en découdre, il faut aussi se battre « pour » des alternatives progressistes. C’est pourquoi l’appel « On bloque tout ! » a proposé de porter la revendication des 32 heures de travail hebdomadaires sans flexibilité ni perte de salaire, perspective audacieuse qui contrevient à l’air du temps autant qu’elle porte des espérances concrètes d’amélioration immédiate de luttes pour les conditions de travail, les salaires et contre la précarité et le chômage. C’est aussi un exemple de revendication unifiante car commune à plusieurs organisations syndicales et concernant aussi bien les salarié.e.s du secteur privé et du secteur public, les chômeurs et les chômeuses, etc.

Aujourd’hui, nous proposons de dépasser la forme appel d’« On bloque tout ! ». C’est le bilan qui a été tiré en juillet dernier après quatre mois de lutte. Des déclinaisons concrètes de l’appel sont réclamées, c’est pourquoi on pourrait imaginer de « faire émerger un réseau pérenne de syndicalistes de lutte, appuyé sur de réels collectifs locaux, dont la forme comme le nom resterait à trouver mais qui viserait à dépasser la forme « appel » pour être capable d’initiatives concrètes et de terrain. (…) Un réseau, des collectifs de syndicalistes de lutte pourrait (…) organiser des rencontres, régionales et nationales, des formations, des campagnes mêmes… ». Nous invitons donc, largement, toutes et tous les syndicalistes qui pensent qu’un tel réseau ou collectif serait utile à le construire, dès maintenant, avec nous.

Un tel outil ne se substituerait pas à nos organisations respectives : nous sommes respectueuses et respectueux du fédéralisme de nos organisations, des rythmes et des temps démocratiques de nos structures. Simplement, nous pensons que mener des débats, des actions, ouvertes et plurielles, contribuerait à redonner du souffle au syndicalisme de lutte dans toute sa diversité. Cette unité intersyndicale gagnerait à s’incarner dès la base : voilà ce que nous proposons de faire exister. Pour cela, nous organisons le samedi 15 octobre, à la bourse du travail de Paris, salle Varlin, une première rencontre constitutive de cet outil commun. Nous vous y attendons, nombreuses et nombreux, toujours en lutte !

Le collectif d’animation de l’appel « On bloque tout ! », le 1er septembre 2016

[1« On bloque tout ? Un premier bilan » texte du 12 juillet 2016, en ligne sur le site www.onbloquetout.org.

[2Voir la contribution « La volonté d’une unité de terrain » dans Partie remise, éditions d’AL, 2011.

[3Voir le dossier « Retour sur un printemps brûlant » dans AL n° 263.

 
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