Cinéma : Trillat, « Les Prolos »

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Marcel Trillat a réalisé un film-état des lieux sur les ouvriers d’industrie aujourd’hui. Loin des clichés misérabilistes ou grandiloquents sur la classe ouvrière, il la donne à voir, en quelques figures, sous toutes les coutures : ouvriers professionnels, spécialisés, intérimaires, syndiqués et non syndiqués...

Ils défilent ainsi devant la caméra qui vient les filmer sur le lieu de travail, dans le vacarme incessant des machines : le jeune qui caresse l’espoir d’ouvrir son propre garage d’ici quelques années, le quadra qui disserte sur les capacités technologiques de « sa » machine, celui qui lit Albert Camus pendant les pannes, le jeune syndiqué, celui qui a peur de revendiquer, le délégué CGT complaisant avec la direction, l’autre au contraire qui cherche à entrer en contact avec les sans-papiers des chantiers de Saint-Nazaire (il s’agit d’André Fadda) pour attaquer les patrons, les ouvriers de la sous-traitance qui ont perdu le peu d’acquis sociaux des grandes boîtes, et qui prennent leur pause-déjeuner en vingt minutes, à même le sol, dans des baraquements de fortune...

Le film porte aussi un regard sur les directions d’entreprise. On en retire un sentiment mélangé, fait d’étonnement et de pitié. Ces gens très diplômés, encravatés, qu’on dirait pas mauvais bougres dans le fond, mais qui tapent dans le dos des ouvriers, qui plaisantent avec eux pour mieux les enfoncer... Ainsi cette DRH, qui croit tellement à sa mission qu’elle revêt un bleu de travail pour aller discuter avec les équipes de nuit et tenter de les convaincre d’une nouvelle dégradation des horaires de travail...

Le film s’achève par un regard sur une autre composante, montante, du prolétariat : deux employés des services, immigrés en France, en procès avec une agence immobilière qui leur avait fait signer des contrats de travail pour 14 heures de travail par jour 7 jours sur 7...

Guillaume Davranche (AL Paris-Sud)

* Marcel Trillat, Les Prolos, VLR Productions, 90 min, 2002.

 
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