Dossier planète insoumise : Libertaires en Afrique : Lutter contre l’ordre établi et contre la faim

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Les pays du continent africain s’inscrivent dans une multiplicité d’Histoires et de situations socio-économiques, avec comme constantes le néo-colonialisme, le maintien de dictatures au profit des pays dominants dont la France, la corruption... Sur cette toile de fond se détachent des mouvements contestataires de plus en plus visibles.

À plusieurs endroits sur le continent africain, des mouvements politiques, syndicaux ou associatifs, se confrontent à des États prédateurs et répressifs. On y trouve des libertaires, singulièrement en Afrique australe. L’Afrique du Sud, en particulier, a vu se développer une pensée et des organisations libertaires dans le contexte des luttes anti-apartheid. Zabalaza ou Anarchist Black-Cross, aujourd’hui réunis dans la Zabalaza Anarcho-Communist Federation (ZACF), en sont issus.

D’abord centré sur un travail idéologique, Zabalaza s’est investi dans les luttes sociales tandis qu’un mouvement social radical se développait dans les années 2000. Anarchist black-cross milite pour sa part pour la libération des prisonniers et prisonnières politiques et les soutient pendant leur détention. Les évolutions du syndicalisme ont progressivement provoqué un retrait de la ZACF du Congres Of South African Trade Unions (COSATU, Congrès des syndicats sud africains). Cependant, la question d’un engagement dans certaines organisations syndicales se pose à nouveau.

Du syndicalisme à la lutte contre la faim

Présent-e-s dans les luttes anticapitalistes et « spécifiques », par exemple contre la guerre en Irak, les militants et militantes de la ZACF proposent aujourd’hui des Red and Black forum, ateliers d’analyse communiste libertaires, qu’ils animent dans les villes ou les « squatts ». Ils y mènent aussi des actions comme la création de jardins communautaires, dans un souci d’autogestion. Ce travail de terrain est une vraie gageure dans un pays où la pauvreté et la faim sont les premiers soucis des classes populaires. Sida, violences faites aux femmes... les urgences sont nombreuses. Face à ces problèmes, le courant libertaire parvient tout de même à se développer, et par delà des frontières de l’Afrique du sud puisque des liens serrés sont établis avec des anarchistes du Swaziland, du Zimbabwe, du Kenya…

Ailleurs sur le continent

Dans certains pays d’Afrique de l’ouest et en Afrique du nord, des mouvements syndicaux ou associatifs s’opposent à l’ordre établi national et international. La Guinée Conakry a connu un mouvement de grève et d’ébullition politique ces derniers mois [1]. Plus discrètement, des luttes se développent dans un esprit de rupture avec les mains-mises politiques. C’est le cas dans le rail en Afrique de l’ouest autour de syndicats qui s’opposent aux privatisations, mais aussi d’associations comme Cocidirail, collectif « citoyen ». En Afrique du nord, les syndicats défendent la fonction publique, avec par exemple les syndicats « autonomes » qui se sont créés en Algérie ; au Maroc, il s’agit plutôt de courants oppositionnels dans les centrales « traditionnelles ».

En Afrique du nord justement, dans un contexte de répression politique instituée, quelques individus tentent de diffuser les idées libertaires avec peu de moyens [2].

D’autre part, les associations se revendiquant du mouvement altermondialiste se constituent de plus en plus en contre-pouvoirs, même si la prudence est de mise aux vues des multiples structures fantômes ou satellites du pouvoir qu’on peut rencontrer. Les forums sociaux africains, comme celui de Bamako en 2006, sont une des manifestations de cette agitation croissante, quoiqu’on pense de leur efficacité en termes de transformation sociale radicale.

Il existe un véritable enjeu pour les libertaires comme pour les mouvements de lutte à tisser des liens entre eux sur le continent et au delà. Anciennes et nouvelles dominations néo-coloniales [3], FMI et Banque mondiale, États et élites locales s’intègrent dans un ordre international qui maintient le continent en état de tutelle politique, de servitude économique et de désorganisation sociale. Une remise en cause de cet état de fait exige que les opprimé-e-s s’organisent et luttent au niveau international.

Corinne (AL Paris Nord Est)


QUI EST QUI ?

Afrique du Sud : Zabalaza anarchist communist federation (ZACF)

La ZACF est née le 1er mai 2003 de la fusion de plusieurs collectifs, groupes et militant-e-s non organisé-e-s de plusieurs villes d’Afrique du Sud. Ces groupes sont issus du renouveau de l’anarchisme organisé du début des années 90 et sont très impliqués dans les combats anticapitalistes, les luttes des quartiers pauvres et l’éducation populaire... Au delà, la ZACF entretient des liens avec de nombreuses organisations libertaires et anarcho-syndicalistes, publie le journal Zabalaza (Lutte) et participe activement au site communiste libertaire www.anarkismo.com. Pour en savoir plus, voir sur le site d’Alternative libertaire l’entretien avec l’un de ses militants : http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article1151.

Liens utiles :
- Zabalaza anarchist communist federation
- Anarkismo.net
- Cosatu
- Luttes sociales en Afrique
- Association Survie

[1Voir Alternative libertaire de mars, n°160

[2C’est le cas de Brahim Fillali au Maroc, mais aussi, dans le même pays, de militantes et militants qui ont été arrêtés le 1er mai dernier et condamnés à 3 ans de prison pour « atteinte aux valeurs sacrées du royaume ». La Tunisie de Ben Ali ou l’Algérie des généraux n’ont rien à envier au Maroc.

[3Voir Alternative libertaire de février, n°159

 
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