Expulsions : L’été sera chaud !

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Suite aux mobilisations de plus en plus nombreuses depuis un an et demi, dans toute la France, en faveur des jeunes étranger(e)s scolarisé(e)s, Sarkozy a répondu le 31 octobre 2005 par une circulaire censée protéger de l’expulsion ces élèves et leur famille pendant l’année scolaire...

Ce qui pourrait apparaître, au premier abord, comme une victoire s’avère être un dispositif sournoisement bien plus dangereux, car le 7 juillet au soir, ce sont des centaines de jeunes lycéen(ne)s ou étudiant(e)s sans papiers et leurs familles qui seront directement menacé(e)s. Et on le sait, les mobilisations sont très difficiles à organiser pendant les mois d’été.

Une victoire à la Pyrrhus

C’est pourquoi le Réseau éducation sans frontières (RESF, voir Alternative libertaire n° 145 de novembre 2005) organise de multiples initiatives en prévision de cette funeste échéance, dont la première, le 1er février dernier, a rassemblé des milliers de parents, enseignant(e)s, élu(e)s et jeunes sans-papiers devant plus de 40 préfectures et sous-préfectures (sauf à Paris où les manifestant(e)s ont été relégué(e)s devant la fontaine Saint-Michel). Les délégations qui ont été reçues ont demandé la régularisation des élèves et ont alerté leurs interlocuteurs sur le fait que la circulaire du 31 octobre n’était pas respectée par tous les préfets.

D’autres initiatives devraient se succéder en avril ou mai, sous des formes différentes, afin de sensibiliser l’opinion publique et activer les soutiens qui seront tous indispensables à la fin de l’année scolaire pour combattre des expulsions massives.

L’Éducation nationale adjointe de l’Intérieur

Le 17 janvier 2006, l’inspection académique d’Amiens envoyait une note aux chefs d’établissements des lycées leur demandant de signaler tous les élèves majeurs sans titre de séjour et enfants de familles susceptibles de faire l’objet d’une reconduite à la frontière. Bien qu’“ il n’appartient pas au ministère de l’Éducation nationale de contrôler la régularité de la situation des élèves étrangers et de leurs parents au regard des règles régissant leur entrée et leur séjour en France ” (circulaire n° 2002-063 du 20 mars 2002), il leur était demandé le nom, la nationalité et... les résultats scolaires. Suite à de nombreuses protestations, la rectrice et l’Inspecteur d’académie ont assuré ne pas transmettre ces données au ministère de l’Intérieur et vouloir protéger ces élèves de l’expulsion.

Cependant, des avis de recherche émis par les inspections académiques arrivent régulièrement dans les écoles, de la maternelle au lycée, sans aucune précision du motif de la recherche, et concernant des enfants étrangers. Plusieurs fois, les réponses ont été remises à la police de l’air et des frontières et le piège s’est refermé sur les parents qui venaient chercher leurs enfants à l’école, ou sur les enfants eux-mêmes, enlevés de l’école par la police pour les emmener rejoindre leurs parents en centre de rétention. En des temps plus anciens, mais pas si loin de nous, ce type de listes étaient utilisées pour les envoyer dans des camps d’extermination. La plus grande partie des syndicats enseignants étant membres de RESF, on peut s’attendre à une déclaration commune refusant ce genre de recensement. À suivre, donc.

Contre l’immigration jetable

L’opposition au nouveau projet de loi sur l’entrée et le séjour des étrangers (voir Alternative libertaire n° 148 février 2006) qui s’est concrétisée par la signature par 150 organisations d’un texte “ Uni-e-s contre une immigration jetable ” doit maintenant prendre une ampleur de masse.

Fichage des sans-papiers, fin de protection contre l’expulsion des élèves étrangers, loi contre les immigré(e)s restreignant les conditions d’entrée et de séjour... tout est prêt pour que des centaines de familles soient arrachées de leur lieu de vie, séparées, reconduites dans le pays qu’elles ont fuis, et que les charters des expulsions noircissent le ciel de l’été.

Chloée (RESF Paris XIXe)

 
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