Genre et fascisme : L’extrême droite intoxique, des parents délirent

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« Plus c’est gros, plus ça passe » : l’extrême droite applique encore le précepte de Joseph Goebbels, ministre de la propagande nazie, qui connaissait bien ce sujet.

L’enseignement de la « théorie du genre » aux élèves des écoles maternelles et élémentaires est une rumeur qui circule depuis mai 2013, démentie aussi bien par Vincent Peillon que Jean-Marc Ayrault. La campagne de Farida Belghoul, « Journée de retrait de l’école », concrétise la rumeur en incitant les parents à retirer leurs enfants de l’école un jour par mois pour protester contre la « théorie du genre ». Farida Belghoul, enseignante, est une figure emblématique de la marche de 1983 – en tout cas de l’arrivée sur Paris – mais qui a rejoint Alain Soral et son mouvement Égalité & réconciliation, lui-même très proche de Dieudonné.

Le délire de la « théorie du genre »

On en parle beaucoup, mais au fond sait-on vraiment ce que recouvre l’expression « théorie du genre » ? C’est un élément de langage, créé d’abord par l’Église catholique, pour lutter contre la remise en cause d’une « norme », d’un « ordre naturel » tel que les conservateurs réac’ l’entendent. Cette expression a largement été reprise depuis par les politiciens… de droite. En juin 2013, Vincent Peillon a même déclaré « Je suis contre la théorie du genre, je suis pour l’égalité fille-garçon. Si l’idée, c’est qu’il n’y a pas de différence physiologique, biologique entre les uns et les autres, je trouve ça absurde ! ». L’expression « théorie du genre » est pour ceux et celles qui n’ont pas digéré le mariage pour tous, le nouveau chiffon à agiter pour alimenter la peur en général et la haine en particulier, ceux et celles qui veulent un retour à la « famille traditionnelle » telle qu’ils la conçoivent : un papa, une maman (à la maison) et les enfants… La campagne est sans conteste d’origine d’extrême droite. Sur le net, les recherches aboutissent entre autre sur les sites de la « Manif pour tous » ou encore Égalité & réconciliation. Il existe même un « Observatoire de la théorie du genre » créé en 2013 par l’Uni (Union nationale interuniversitaire), syndicat universitaire de droite voire plus à droite encore…

La diffusion de la rumeur s’est faite insidieusement : des parents d’élèves ont reçu des SMS, des blogs ou des forums sur internet ont relayé l’appel pour une première campagne de retrait les 24 et 27 janvier. Certains parents inquiets ont interpellé des directeurs d’école ou des représentants des parents d’élèves. Cet événement est à remettre dans le contexte d’une extrême-droite qui tente de se rassembler. Ainsi, la manifestation « Jour de colère » de dimanche 26 janvier était organisée autour de huit thèmes : artisans, chômage, famille, liberté, jeunesse, fiscalité, identité et croyance. Manif un max racoleuse ! Il est clair que l’appel de Farida Belghoul s’adresse aux familles de confession musulmane des quartiers populaires.

Campagne nauséabonde

La campagne de « retrait de l’école » prétend que les enseignants vont devoir enseigner aux enfants qu’ils ne naissent ni garçon ni filles mais qu’ils choisissent de le devenir, et leur apprendre dès la crèche à se masturber… C’est délirant et totalement grotesque.

Farida Belghoul accuse « l’ABCD de l’égalité », expérimenté dans dix académies, dont Créteil depuis septembre 2013. C’est un prétexte. D’ailleurs, l’ABCD n’emploie pas le terme « théorie du genre », et vise seulement à faire prendre conscience des stéréotypes, aux enfants mais aussi aux enseignants.

Un pétard mouillé

Il semble que la campagne de « Journée de retrait de l’école » n’ait pas rencontré un large succès. Néanmoins, la rumeur continue à circuler. D’après les journaux qui évoquent la question : le retrait reste localisé et peu répandu, il y eu toutefois 40 % d’absents tout de même dans une école à Meaux.

Vincent Peillon ne prend pas la mesure de cette journée de retrait et ordonne aux responsables d’établissement de convoquer ces familles. Cette campagne, basée sur une rumeur irrationnelle, infondée et lancée par une organisation fascisante, a tenu la distance pendant une bonne semaine avant d’être médiatisée et officiellement démentie.

Alice Leblanc (AL Seine-Saint-Denis)

 
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