Entretien

Pizko MC : « À la base, le rap avait un côté anar »

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Peux tu te présenter pour les lecteurs d’AL ?

Salut, je suis rappeur depuis à peu près quinze ans et beatmaker [1] depuis dix ans. J’ai participé à plusieurs mouvements militants, surtout au Chili (libération des prisonniers politiques, défense des mapuche, initiatives dans les quartiers, ateliers dans les prisons..).

Tu milites au MQJS (Mouvement des quartiers pour la justice sociale), tu es également engagé auprès des Mapuches au Chili, comment articules tu rap et engagement ?

C’est une bonne question. En fait, le rap fait partie de ma vie, de ma façon de voir les choses. Mais ça reste quelque chose d’assez personnel. Du coup, il y a eu un moment où je faisais beaucoup de morceaux plutôt engagés, mais finalement je me rends compte que j’ai pas du tout envie de m’enfermer là dedans et que la musique permet au contraire de repousser les limites. Quand on m’invite à participer à une activité, je me dis que les gens qui sont présents n’ont peut être pas forcement envie d’entendre que des chansons engagées mais tout simplement de la musique ou des chansons qui parlent de la vie de tous les jours aussi. Du coup, j’essaye de pas trop mélanger ce que je fais en tant que militant et ce que je fais en tant que rappeur. Maintenant, si mon rap peut servir la cause, qu’il s’agisse des prisonniers mapuche au Chili, ou des sans papiers, ou des victimes de bavures policières... tant mieux, et les organisations qui me connaissent savent que je fais en sorte de répondre présent à l’appel.

« Rouge et noir sont tes couleurs » dis-tu dans un morceau, d’après toi le rap est-il une musique libertaire avant tout ?

Non, le rap c’est que du rap. Il y a plein de rappeurs différents qui ont choisi le même mode d’expression mais qui n’ont pas forcément les mêmes opinions. Du coup je ne pourrais pas dire que le rap est une musique libertaire, surtout qu’aujourd’hui ce qui est diffusé sur les ondes est surtout ultra-commercial et libéral. Même le rap auto-proclamé « engagé » est devenu une énorme machine à faire du blé, pourtant ces rappeurs on les voit malheureusement pas assez souvent ni dans les activités ni dans les concerts de soutien sans qu’ils demandent un cachet... Quand je dis « rouge et noir sont mes couleurs », c’est moi que ça concerne, c’est ce genre de rap que je fais, c’est lié à mon éducation, à mes convictions, rien de plus. Après si on voit la question sur le plan historique, on peut se dire que oui, le rap à la base avait un coté anar car c’était un mouvement sans parti politique affilié. Maintenant des groupes de rap contestataires on n’en compte plus tant que ça. Mais ça fait partie de l’évolution aussi. J’ai du mal à évaluer le poids du rap engagé en France, savoir s’il y a un impact réel, mais au Chili je peux te dire que oui, il y a encore des rappeurs en lutte, présents aux manifs, les gens écoutent, il y a un réel impact, surtout grâce à internet aussi, car les médias censurent la plupart de ces rappeurs.

Quels sont tes projets actuels ?

Cette année a déjà été pas mal chargée : j’ai sorti mon album, j’ai bossé sur plus de la moitié des prods et mixs du dernier projet de Skalpel de La K-Bine, participé à plusieurs compiles...

Actuellement, je prépare une série de concerts en France et dans différents pays (Belgique, Italie, Espagne, Suisse et en dehors de l’Europe) avec mon associé Ortega Dogo. On est également en train de terminer notre album en commun, projet qui n’est que la conséquence logique de ces deux dernières années à bosser ensemble en fait. On est assez content de ce qu’on est en train de faire et on espère que ceux qui nous connaissent ou nous ont vu sur scène apprécieront le travail aussi. Et d’autres projets pour 2010 que je suis en train de concrétiser en ce moment.

As-tu quelque chose à ajouter ?

Merci pour l’intérêt que vous me portez, ça fait plaisir... Je vous souhaite bonne continuation et je passe le bonjour aux lecteurs d’AL.

Propos recueillis par Nico P. (AL77)

El Proyecto Carneperro, le premier album solo de Pizko MC (voir numéro 186 d’AL : été 2009), en vente sur le site www.bboykonsian.com et dans les librairies alternative (sur Paris à Quilombo, Publico) et auprès des stands militants du MQJS.

[1Beatmaker : « producteur de son » (rythme, instru, sample etc)

 
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