Politique

Sur les affrontements du 1er mai à Paris

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Le 1er mai à Paris, la manifestation rouge et noir ne s’est pas déroulée comme prévue, avec notamment des affrontements avec la police anti-émeutes. Était-ce le bon moment ? Était-ce le bon endroit ? Au vu du bilan, on peut se le demander.

Chaque 1er mai, à Paris, une manifestation rouge et noir réunit, le matin, les organisations libertaires et anarcho-syndicalistes pour une marche commune de la place des Fêtes jusqu’au point de départ du défilé syndical de l’après-midi — la plupart du temps place de la République, cette fois place de la Bastille.

C’est d’ordinaire une manifestation conviviale et inclusive, accueillant militant.es et sympathisant.es de tous âges, avec ou sans papiers, avec ou sans enfants, etc. Son objectif, à l’occasion de la journée internationale de lutte qu’est le 1er mai, est d’exprimer des valeurs anticapitalistes, antifascistes, féministes et autogestionnaires. La population des quartiers populaires traversés lui fait généralement bon accueil.

Il ne s’agit donc pas d’une manifestation « confrontative » comme on peut en mener à l’occasion de sommets de chefs d’État, de la défense de la ZAD Notre-Dame-des-Landes, de grandes grèves ou de mouvements populaires.

Pourtant, cette année, un groupe de manifestant.es a tenté d’en faire un moment de confrontation violente, en brisant des vitrines d’agences bancaires ou d’un supermarché. Aussitôt, le cortège rouge et noir s’est vu entouré de hordes de policiers anti-émeutes avec casques, boucliers, Flash-Ball, et tout l’attirail répressif habituel. Les brutalités aveugles de la police ont ensuite entraîné des affrontements avec les manifestant.es.

Dans ces circonstances, étant donné la nature conviviale et ouverte de cette manifestation, elle ne pouvait que se désagréger. Seule une partie, prête à faire face, est allée jusqu’au bout de l’itinéraire décidé. Plusieurs personnes ont été interpellées suite à cette manifestation... Il s’agit à présent d’organiser leur défense.

Par la suite, beaucoup de libertaires ont rejoint leurs cortèges syndicaux, ou ceux de la CNT et de la FA en queue du défilé syndical, ou encore le point fixe organisé par AL sur le parcours. Alternative libertaire y a touché des milliers de manifestant.es en distribuant des tracts anticapitalistes, internationalistes et ceux appelant à la Foire à l’autogestion.

Nécessité d’un contexte de conflictualité sociale

Au bout du compte, quel est le bilan des événements de la matinée du 1er mai 2014 ?

  • La tentative émeutière a-t-elle eu un écho au-delà des cercles militants ? Non.
  • A-t-elle permis la dislocation de la manifestation rouge et noir ? Oui.
  • Était-elle, au finale, une bonne idée ? Nous répondons non.

Que l’on se comprenne bien. On ne peut que se réjouir de la volonté d’en découdre d’un certain nombre manifestant.es, et la confrontation de rue ne nous répugne pas, AL l’a prouvé à plusieurs reprises.

Simplement, il faut le faire quand la période est propice : un bouillonnement populaire, un mouvement de masse, une atmosphère de conflictualité électrique. C’est ce contexte social qui donne aux affrontements de rue un sens politique, faute de quoi ils risquent de se réduire à un spectacle de rébellion « hors sol », entre convaincus. S’exposer de façon aussi isolée à la répression, c’est prendre des risques disproportionnés avec l’enjeu.

Ce contexte social électrique est aujourd’hui inexistant. Les organisations syndicales et anticapitalistes tiennent la contestation à bout de bras, sans nullement être débordées par une révolte populaire, comme l’a montré la marche du 12 avril contre l’austérité qui, hélas, n’a pas pris la tournure d’une manifestation à l’espagnole ou à la grecque.

Cela ne veut pas dire que, dans six mois, nous ne connaîtrons pas une véritable révolte sociale. Manuel Valls s’y emploie avec constance. Les militant.es révolutionnaires y travaillent, par leur action au sein des organisations de travailleuses et de travailleurs (syndicats, associations de lutte).

Mais notre volonté d’en découdre ne doit pas, par impatience, nous conduire à des actions sans lendemain qui ne peuvent, malheureusement, pas se substituer à un véritable réveil populaire.

Alternative libertaire Ile-de-France, le 2 mai 2014

PS : Un dernier mot sur une tentative de spectacle, mais celle-ci assez calculée et ridicule, de la part du Strass, un lobby pro-prostitution qui tente depuis plusieurs années de noyauter le mouvement féministe sous couvert de « liberté des femmes ».

Thierry Schaffauser, acteur X et ancien candidat des Verts à Paris 16e aux municipales de 2008, accompagné de ses sbires, a fait quelque scandale aux abords du point fixe AL en criant « AL c’est la guerre », prétendant qu’elle était « antipute ». Il a bousculé un militant en lui arrachant ses tracts, espérant sans doute une réaction violente. Le bonhomme a fait chou blanc : instruit.es des méthodes du Strass, les militant.es d’AL n’ont pas cru bon de surréagir.

A l’intention de la mouvance d’extrême gauche qui, de bonne foi, est subjuguée ou intimidée par le tapage du Strass, rappelons que la position d’AL est limpide :

  • Des prostitué.es indépendant.es se disent « fières d’être putes » ? Nous ne les contredisons pas.
  • Mais on ne peut, au nom de ce particularisme, accepter de « libéraliser le marché » au seul profit du système proxénète, qui concerne 85 % des prostitué.es.
 
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