Agriculture : Chassez les OGM, ils reviennent au galop

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Après les organismes génétiquement modifiés classiques, les laboratoires ont développé de nouvelles techniques d’obtention de plantes plus sophistiquées que précédemment. L’industrie agrochimique tente de les faire échapper aux réglementations.

En février 2016, la Commission européenne examinait les NPBT, nouvelles techniques d’obtention de plantes, pour décider après consultation des États membres de les soumettre ou pas à la réglementation européenne sur les OGM. Le Haut Conseil des biotechnologies (HCB) avait publié un discret rapport, cité par L’Usine nouvelle : « Le comité scientifique du HCB propose d’encadrer certaines de ces techniques, au cas par cas. Une analyse assez proche de celle des entreprises interrogées au sein du comité économique, éthique et social, qui préconisent de réglementer en fonction des caractéristiques de chaque produit, plutôt que de s’intéresser aux techniques utilisées pour les obtenir. » Le terme NPBT regroupe de nombreuses techniques qui n’ont pas grand-chose à voir entre elles : utilisation d’enzymes pour manipuler le génome, de bactéries pour injecter de l’ADN étranger dans une cellule végétale, greffes entre OGM et non-OGM… Toutes produisent des organismes au matériel génétique artificiellement modifié. Pourtant, l’industrie agrochimique cherche à les faires échapper, au cas par cas, aux procédures d’autorisation propres aux OGM. 

Le profit au péril de la science

Yves Bertheau, directeur de recherche à l’Inra, qui se définit comme « pas anti-OGM » et a démissionné récemment du HCB, dénonce un « détournement de procédure », et « de nombreuses incohérences, des points cruciaux évacués » dans l’avis rendu par le HCB. « Au lieu d’un rapport scientifique, on se retrouve avec un galimatias. » Lui préconise l’application aux NPBT des procédures régissant les OGM, des études sur le long terme mesurant les effets des nouvelles plantes sur la santé ou la biodiversité. « C’est le minimum qu’on puisse proposer. » La question des OGM, associée à des intérêts économiques très importants, revient donc aujourd’hui par la petite porte. On voit bien comment, même au sein des organismes et des rapports officiels, sévissent manipulations et approximations intéressées. Mais n’est-ce pas ce qui a toujours prévalu sur cette question ?

La production d’OGM est une rente pour les multinationales de l’agrochimie, dont le seul objectif est d’augmenter les profits et s’approprier le vivant. Peu importent les conséquences sur l’environnement et pour les paysans, en particulier du Sud. Peu importe que, partout où ces techniques sont mises en œuvre, on assiste à une augmentation des quantités de pesticides rejetés dans l’environnement, cancérigènes, perturbateurs endocriniens , destructeurs de la biodiversité... Non, les recherches sur les OGM ne se font pas pour le bien commun ou pour combattre la faim dans le monde. Cette manipulation cache des produits interdits sous de nouveaux noms pour échapper aux textes réglementaires issus des luttes paysannes et écologistes. Les NPBT doivent être traitées pour ce qu’elles sont, des OGM, et soumises aux mêmes règles d’interdiction.


Jacques Dubart (AL Nantes)

 
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