Chasse aux sans-papiers : la résistance s’organise

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Pour Sarkozy, la sécurité doit passer avant la liberté. De cela, il résulte que les quartiers populaires subissent une pression policière de plus en plus forte. C’est aussi là et pas seulement dans les entreprises que doit s’organiser le combat de classe.

Dans notre dernière édition (Alternative libertaire n° 144, octobre 2005), nous nous faisions l’écho des rafles policières de sans-papiers dans les quartiers populaires de Paris.

Nous expliquions que l’emploi du mot rafle ne correspondait pas à un effet de manche mais à une réalité qui renvoyait du reste à une tradition nauséabonde bien française.

Depuis juillet, le gouvernement a organisé une douzaine de fois des opérations de contrôles ciblés et massifs, débouchant sur de nombreuses arrestations de sans-papiers. À chaque fois un quartier a été bouclé par un dispositif d’une centaine de policiers, ces derniers ont alors contrôlé les usager(e)s du métro sortant de la station, les passant(e)s, les clients des cafés, restaurants et commerces, mais aussi les habitant(e)s en se postant à l’entrée de leur immeuble.

La police prétend agir sous réquisition judiciaire pour s’attaquer à des trafiquants, des travailleur(se)s employés au noir, des mendiant(e)s, des personnes sans titre de séjour…

Les témoignages recueillis depuis par des témoins de ces rafles, qu’ils/elles soient militant(e)s ou non, des quartiers concernés, ont permis de se faire une idée plus précise des mobiles de ces opérations.

Ce sont avant tout des sans-papiers qui sont recherché(e)s. Les consignes du ministère de l’Intérieur sont limpides : il faut faire du chiffre.

Mais pas n’importe comment.

Ces contrôles sont souvent très ciblés. Une des opérations menées à Belleville (Paris XXe, XIXe, Xe) en septembre visait des Chinois(es), une autre organisée à Château-d’Eau en octobre s’en prenait à des Pakistanais, une autre menée à Bagneux (Hauts-de-Seine) quelques jours plus tard avait pour but d’arrêter un maximum d’Africain(e)s sans titre de séjour.

Derrière le flic, le capital

La finalité de ces rafles apparaît dans toute sa clarté lorsqu’on sait que la France est maître d’œuvre des affrètements de charters en Europe. Elle collabore avec ses voisins afin de rationnaliser et mutualiser la politique d’expulsions de la forteresse Europe.

C’est une affaire de coût et de rendement. Il est en effet plus efficace de remplir des charters pour une seule et même destination à chaque fois.

D’autres raisons entrent en jeu pour expliquer cette politique de contrôle renforcé. Cette dernière est une politique de la peur. Le pouvoir fait tout pour l’entretenir à des fins électorales pour rassurer le bourgeois, mais aussi à des fins de maintien de l’ordre et de division dans les quartiers populaires.

Il est toutefois insuffisant d’expliquer les politiques sécuritaires par les seules raisons politiques, c’est aussi une affaire de gros sous. En effet, régulariser massivement les sans-papiers reviendrait à casser le système de division internationale du travail et en partie le pillage des pays du Sud. Et ce qui est vrai pour la France l’est pour les autres grandes puissances européennes ainsi que pour les États-Unis.

Chaque jour des hommes et des femmes essayent de passer les frontières pour trouver des conditions de vie meilleures. Les États et le capital des grandes puissances économiques sont favorables à la liberté de circulation des marchandises mais pas à celle des êtres humains pour des raisons de coût de la main-d’œuvre. Une régularisation massive des sans-papiers permettrait de donner des droits à ces travailleuses et travailleurs et donc les amènerait à exiger plus facilement des meilleures conditions de vie et de travail. De même, dans ces conditions, les travailleuses et travailleurs qui se font surexploiter dans les maquiladoras à la frontière mexicano-étatsunienne, dans les centres d’appel du Maghreb ou dans les entreprises délocalisées à l’Est et en Asie auraient le choix entre cette condition et le fait de partir pour trouver au Nord un travail avec une meilleure rémunération et plus de droits sociaux et politiques. Régulariser, c’est donc casser le marché et une formidable source de profit pour les entreprises. C’est pourquoi les migrants maintenu(e)s dans une situation d’illégalité restent une bonne affaire pour les patrons qui peuvent compter sur le soutien de leurs ami(e)s politiques qu’ils s’appellent de Villepin, Sarkozy, Fabius ou Strauss-Kahn.

Aussi il ne s’agit pas de s’indigner au seul prétexte d’une intensification des contrôles d’indentité et des arrestations. Si les rafles devaient cesser, la politique de suspicion à l’encontre des migrant(e)s continuerait.

Cette stigmatisation est le fait de tous les gouvernements depuis trente ans. Quoi qu’en disent les Rocard, Sarkozy et Le Pen contre cette « misère du monde » que nous ne pourrions plus accueillir mais qui fait les choux gras du capital, nous devons nous battre pour faire comprendre que ces migrant(e)s ne sont pas des criminel(le)s comme le signifie la classe politique mais que ce sont nos égaux et qu’à ce titre ils doivent pouvoir rester en France.

Notre réponse doit se situer sur un terrain de classe car ce sont des travailleurs et travailleuses qui sont attaqué(e)s.

Reprendre le contrôle de nos quartiers

Face à la montée des politiques sécuritaires et à la pénalisation de la pauvreté, nous devons nous mobiliser contre le quadrillage policier de nos quartiers et nous organiser pour en reprendre le contrôle.

C’est ce que sont en train de faire une partie des habitant(e)s du quartier du Château-d’Eau (Paris Xe) qui ont chassé la police le mercredi 5 octobre au cours d’une rafle qui a tourné à l’émeute. La foule a réagi quand elle a vu les policiers embarquer une femme enceinte.

Si une partie de la population des quartiers populaires soutient vivement la politique sécuritaire, cette adhésion est loin d’être unanime et le flicage incessant exaspère de plus en plus de monde.

Aussi dans de nombreuses villes, le Réseau éducation sans frontière se développe et se mobilise de plus en plus efficacement contre les expulsions d’élèves et/ou de leurs familles.

Dans les quartiers Nord et Est de Paris des réseaux d’alerte et d’intervention contre la politique sécuritaire commencent à prendre forme. Des militantes et militants d’Alternative libertaire y participent avec d’autres de la FASTI, de la LCR, des Verts, des Comités d’action logement, de Droits devant !!, du Gisti, du PCF, des collectifs de sans-papiers, et d’autres encore. Une campagne a démarré à Château d’Eau en octobre. Un questionnaire est largement diffusé dans le quartier pour recueillir des témoignages afin d’établir ce qui s’est passé lors des rafles mais aussi en vue de développer les liens avec la population du quartier au sein de laquelle l’exaspération contre le harcèlement policier monte.

Mais le travail de certains de ces réseaux est aussi de s’organiser avec la population des quartiers populaires pour s’opposer concrètement aux expulsions et relancer le combat tant pour la régularisation de tou(te)s les sans-papiers que pour la liberté de circulation et d’installation.

L.E.

 
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