Congrès de la FSU : Un syndicalisme sarkocompatible

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La FSU tenait son congrès national à Lille du 1er au 5 février. La bureaucratie avait prévu de contrôler étroitement les débats pour en faire un tournant vers un syndicalisme propre et responsable.

Au congrès de la FSU, le discours d’ouverture de Gérard Aschieri, secrétaire général depuis neuf ans donnait le ton : regret de n’avoir pas été suffisamment « force de proposition » auprès des ministres, appel à une loi sur le dialogue social…

Un congrès verrouillé

Après une année 2009 qui a vu de fortes mobilisations dans l’Éducation et les services publics, après une lutte d’un an et demi des IUFM contre la masterisation de la formation des enseignants et enseignantes, après la lutte des universités contre la loi d’autonomie… on pouvait s’attendre à de vrais questionnements sur la stratégie syndicale.

Pourtant, dès la fin du discours d’Aschieri, la standing ovation pour le secrétaire général et le départ massif de près de la moitié de la salle vers le bar illustraient la docilité de la plupart des délégués, laissant les représentants et représentantes de la Guadeloupe appeler à la grève générale dans une salle quasiment vide.

Les votes reflétaient assez souvent cette docilité, la grande majorité des délégués se contentant de voter les textes proposés par la bureaucratie et rejeter tous les textes proposés par des tendances oppositionnelles. La condamnation du débat sur l’identité nationale présentée par Émancipation ? Rejeté par 81 % des voix. La motion contre la réforme du lycée proposée par Front unique ? Rejetée par 90 % des voix. Dans ces conditions, le vote étant devenu inutile, on a été jusqu’à faire voter certains textes par acclamation, parfois sans même une lecture préalable !

Du corporatisme au CéGéToconformisme

Alors que la FSU a été incapable de soutenir les IUFM et les universités en lutte contre la masterisation, ce congrès devait lui permettre d’adopter enfin une position commune. Cette réforme vise à placer le recrutement des enseignants et enseignantes au niveau Bac+5, après un master des métiers de l’enseignement. Pourtant, la baisse du nombre de postes au concours permet de penser que ces masters serviront surtout à fournir des précaires déjà formés.

Mais le Snes (syndicat du secondaire) persiste à soutenir cette réforme, menaçant d’une scission syndicale, et envisage même la création d’un nouveau statut de professeurs Bac +5, mieux payés que leurs collègues. Comme auparavant, la FSU en est réduite à demander une autre réforme, sans le retrait du décret déjà paru !

Le rapprochement avec la CGT était donc bien engagé : si les Conti attendent toujours le soutien de Bernard Thibault, les personnels des IUFM attendent encore celui de la FSU. C’est ce qu’a voulu dénoncer la tendance Emancipation pendant le discours de Bernard Thibault, en déployant la banderole « Les Conti de la FSU te saluent ! », vite cachée par un service d’ordre agressif.

Il fallu attendre le dernier jour pour discuter de stratégie, à l’occasion d’une motion « Action » qui réussissait le tour de force de ne pas mentionner une seule fois le mot « grève » ! La contestation de ces stratégies inefficaces avait pourtant permis à la tendance Ecole émancipée de progresser au sein de la FSU. Mais, désormais associée à la majorité, cette tendance a été incapable d’être une vraie force d’opposition, apportant les quelques voix nécessaires pour faire passer chaque texte un peu trop contesté.

Renaud (AL Alsace)


TROIS PAS EN ARRIÈRE

  • Dans son congrès de 2007 à Marseille, la FSU revendiquait la fin de l’occupation de l’Irak, de l’Afghanistan et de la Tchétchénie. Les mêmes revendications sont repoussées par 76 % des congressistes en 2010 (en ce qui concerne l’Afghanistan) et 69 % (pour la Tchétchénie) .
  • En 2007, la FSU déclare qu’elle « s’opposera à toute limitation du droit de grève ». En 2010, elle refuse de s’opposer au service minimum d’accueil dans les écoles par 83 % des voix.
  • Alors que les statuts du Snes fixent comme objectif « l’émancipation des travailleurs » par « l’expropriation capitaliste », le congrès de Lille a refusé d’adopter cette phrase dans ses statuts, avec 61 % contre, dont toute la direction du Snes !
 
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