Constitution européenne : Initiative AL-CNT en Aquitaine

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Une initiative commune contre la Constitution européenne a été lancée en Aquitaine. Des réunions publiques, organisées conjointement par AL et par la CNT, vont s’y dérouler. À l’ordre du jour, la dénonciation du projet de traité constitutionnel et la construction d’une alternative à l’Europe du capital.

L’appel de la Fondation Copernic est aujourd’hui la seule initiative dont « on parle » dans les réseaux militants français. Un appel qui, selon un de ses partisans, « dénonce les dogmes libéraux qui président à la construction de l’Europe, la libre concurrence, l’économie de marché, la libre circulation des capitaux, la soumission à l’OTAN, la répression contre les immigrés et les clandestins ». « Il s’agit de remporter une victoire politique sur les libéraux qui gouvernent et les sociaux-libéraux qui rêvent de revenir au pouvoir : une victoire du » non « ouvrirait une crise politique de grande ampleur non seulement dans le pays, mais dans toute l’Europe, qui pourrait être le déclencheur d’une crise sociale que nous appelons de nos vœux pour mettre un coup d’arrêt au démantèlement du droit du travail, à la destruction des services publics et de la protection sociale, au rouleau compresseur du gouvernement UMP et du MEDEF » (ces citations sont extraites d’un débat avec un des signataires de l’appel sur le Lot-et-Garonne). Et pourtant les militants d’Alternative libertaire ne signent pas en masse l’appel Copernic et analysent celui-ci comme une énième opération « sociale-démocrate ». Il ne s’agit pas d’un débat académique. Au contraire, réfléchir aujourd’hui à ces questions est une nécessité. Depuis des décennies, le capitalisme mène une offensive de grande ampleur et le mouvement social ne parvient avec beaucoup de difficultés qu’à freiner cette offensive. De notre point de vue, cet échec résulte en grande partie dans l’inadaptation des réponses.

La social-démocratie ce n’est pas, d’abord, la gestion du capitalisme par le PS. Cet aspect des choses est seulement le symptôme de l’échec historique du projet social-démocrate dans sa volonté de transformer le capitalisme. La social-démocratie n’a pas changé le capitalisme, mais par contre la stratégie sociale-démocrate s’est traduite par la dégénérescence de ses organisations. Il est aujourd’hui nécessaire de tirer le bilan de ces errements et d’éviter de nous y précipiter pour reproduire les mêmes échecs.

Impérialisme européen

L’appel Copernic se situe en cohérence avec la perspective majeure du capitalisme européen. « Nous avons besoin d’Europe » affirme-t-il, tout en nuançant : « C’est pourquoi il est urgent de donner à l’Europe de nouvelles fondations qui l’émancipent du capitalisme financier, prédateur et belliciste, qui la réconcilient avec le progrès social, la démocratie, un développement soutenable, la coopération entre les peuples, qui portent la paix sur une planète déchirée par les guerres. » On y retrouve toutes les bonnes intentions sociales-démocrates (en quoi un capitalisme qui ne serait plus « financier » serait un avenir radieux pour les travailleurs ?). Certaines institutions européennes sont critiquées et d’autres pas. Tiens, par exemple le Parlement qui « incarne » le moins mal la démocratie, version sociale-démocrate.

L’appel Copernic ne propose rien qui aille dans le sens d’un véritable internationalisme. Il n’est en rien incompatible avec la construction d’une Europe forteresse, nouvel acteur fondamental dans la course au leadership mondial. Sans doute l’impérialisme européen serait-il meilleur que l’impérialisme américain, pour les peuples soumis ?

Sans développer la vulgate révolutionnaire, et en restant à un niveau revendicatif, il est possible et nécessaire dans le combat contre l’Europe du capital, d’aller plus loin que la simple dénonciation des excès, pour avancer des repères pour une alternative politique, économique et sociale au capitalisme. Mais justement, ce texte est fait pour pouvoir être signé par les « oppositionnels » du PS, qui ont participé et participeront dès que cela sera possible, au pouvoir de l’État capitaliste et à la gestion des intérêts des capitalistes.

Le texte dit : « Cette Europe-là n’est pas la nôtre ». De même, l’Europe sociale-démocrate n’est pas celle des communistes-libertaires. Elle ne devrait pas être celle de n’importe quel militant révolutionnaire.

Construire l’alternative

Face à l’appel Copernic, les libertaires ne doivent pas esquiver le débat politique. Alternative libertaire a l’intention de participer aux initiatives « unitaires » pour mobiliser largement contre ce traité, mais en faisant entendre sa petite musique dérangeante. Et nous avons aussi l’intention de mener nos propres initiatives. C’est le sens des réunions publiques qui vont se dérouler en Aquitaine, organisées conjointement par AL et par la CNT.

Nous avons l’intention d’y dénoncer le projet de traité constitutionnel, qui représente un « saut qualitatif » dans la construction de l’Europe ultra-libérale : la nocivité de ce traité pour les travailleurs est supérieure à l’addition des précédents traités, parce que l’ultralibéralisme y est constitutionnalisé. Au passage, rappelons la participation de nombre de gouvernements de « gauche » à l’élaboration de ces textes ultra-libéraux.

Nous entendons affirmer qu’un « non » au traité constitutionnel, dans un nombre significatif de pays de l’Union, serait une claque infligée à la construction de l’Europe capitaliste et entraînerait une perte de « légitimité » dans le « camp » de l’Europe ultra-libérale. Mais pour autant, si le non l’emporte, l’UE ne connaîtrait donc pas de véritable crise institutionnelle. Les différents traités continueront de s’appliquer et l’UE n’arrêtera pas là son entreprise de démolition sociale.

Aussi, plus que jamais, il est nécessaire de proposer une alternative à l’Europe du capital. Et dans les réunions publiques que nous tiendrons en Aquitaine, nous entendons débattre de la construction d’une telle alternative, qui à notre sens se déclinera autour d’au moins trois thèmes :

- Le combat pour une redistribution des richesses.
- Dans les luttes pour l’emploi aujourd’hui, comment articuler revendications immédiates et perspective de socialisation et d’autogestion des entreprises ?
- Face à l’imposture de la démocratie parlementaire, quelles luttes et quelles expérimentations pour avancer vers une véritable démocratie, une démocratie directe ?

La première réunion publique se tient à Bordeaux. D’autres réunions seront programmées en Aquitaine dans les prochaines semaines. Tous ceux qui sont intéressés par ces initiatives peuvent nous contacter en écrivant à « Alternative libertaire 47 », 148, rue Gérard-Duvergé, 47000 Agen.

Jacques Dubart (AL Lot-et-Garonne)

 
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