Courrier des lecteurs : Stratégies patronales aux éditions Agone

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Alternative libertaire de mai 2013 a publié une chronique du dernier numéro de la revue Agone, consacré aux stratégies patronales de répression et de domestication des salarié-e-s. Des lecteurs ont souhaité nous informer de leur propre expérience en tant que salarié-e-s, jusqu’à récemment, de la maison d’édition liée à cette revue. Nous publions ici leur texte.


Suite à votre recension dans le journal de mai de la revue Agone n° 50 intitulée « Réprimer et domestiquer : stratégies patronales », nous tenions, indépendamment de la qualité ou de l’intérêt du contenu de ce numéro, à vous apporter ces quelques commentaires.

Début 2013, alors que paraît la revue, cinq salarié-e-s sur six viennent de quitter les éditions Agone, ne se reconnaissant plus dans son évolution, écœuré-e-s par le discours managérial et les pratiques patronales du sixième salarié, directeur éditorial et directeur de publication de la revue. Une étude de cas sur ce qui s’est progressivement passé aurait eu toute sa place dans le dossier de ce numéro et aurait éclairé sur les stratégies que peut mettre en œuvre le petit patronat d’extrême gauche afin de servir ses intérêts.

Casser un collectif de travail

Ainsi, quand l’ensemble du collectif de travail fonctionne très bien mais ne va pas tout à fait dans le sens souhaité ou à la vitesse requise par le directeur éditorial, quand le collectif freine les ambitions personnelles de ce dernier, il est requis de semer la division, en alternant agressivité et compliments, flatteries et mépris. Si cela ne marche pas, rien ne vaut alors une stratégie d’« externalisation » et de « réduction de la masse salariale » pour reprendre la main – alors même que les caisses n’avaient jamais été aussi remplies. Une augmentation des salaires étant censée couper court à toutes les demandes, attentes et résistances des salarié-e-s souhaitant rester.

Résultat, entre octobre 2012 et janvier 2013 : une démission, quatre ruptures conventionnelles (le patron aurait tant aimé des démissions…), trois départs de collaborateurs non salariés. Mieux vaut par ailleurs anticiper de futures velléités collectives : en externalisant une partie des tâches, le nouveau collectif de travail sera réduit et facilement contrôlable. Chacun se spécialisera davantage. Finie la perte de temps en réunions au détriment de l’efficacité et de la productivité !

Il fallait aussi justifier ces conflits et ces nécessaires changements aux collaborateurs et collaboratrices non ou peu présents au bureau ainsi qu’auprès de nombreux relais de la maison d’édition et essayer de décrédibiliser les salarié-e-s (incompétence, manque de rentabilité, passéisme, etc.). Quitte à mentir grossièrement et à se faire passer pour une victime, un peu comme ces patrons retenus en otage lorsque des centaines d’emplois sont menacés !

Vitrine autogestionnaire

Le site des éditions indique pourtant que la maison est « appuyée sur un mode d’organisation autogestionnaire ». Oui, les prises de décision ont pu être relativement collectives pendant des années même si cela prenait du temps et de l’énergie. Une forte attention était portée à l’adéquation entre la fin (les types de livre édités) et les moyens (la façon de faire ces livres). Mais un discours managérial capitaliste, remettant en cause toutes les valeurs et priorités défendues et mises en pratiques depuis des années par les salarié-e-s présents et passés, est devenu de plus en plus insistant. L’obsession du prestige est devenue omniprésente ; la reconnaissance académique et du champ de l’édition, prioritaire ; les arguments d’autorité, la règle ; et la formule « vous êtes avec moi ou contre moi », un nouveau leitmotiv.

Des techniques de répression et de domestication fort proches de celles analysées et dénoncées dans la revue citée se sont donc développées dans cette petite entreprise qu’est la maison d’édition associative Agone !

G. et R., anciens salariés d’Agone


Suite à ce courrier, lire la réponse des éditions Agone.

 
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