dimanche, 31 août 2014
 
 

Edito : Contre le racisme et l’antisémitisme

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À Istanbul comme en France, l’antisémitisme a encore frappé. Là bas détruisant deux synagogues et tuant quinze personnes, ici détruisant une école juive.

Faut-il parler d’une résurgence de l’antisémitisme en France ?

En fait l’antisémitisme n’a jamais disparu. Il s’est fait par moment plus discret, mais reste profondément ancré dans les certitudes et les préjugés de millions de Français(es) qui donnent régulièrement leur voix au Front national. Un parti pour lequel les chambres à gaz sont un « détail » et dont le chef a régulièrement puisé dans le registre négationniste et antisémite (" Durafour crématoire ", stigmatisation de journalistes juifs...).

L’antisémitisme tel qu’il s’exprime en France est également le produit de tensions communautaires sur fond d’affrontements entre État d’Israël et Palestinien(ne)s. Certain(ne)s jeunes maghrébin(e)s s’estimant, à juste titre, traité(e)s comme des citoyen(ne)s de seconde zone, s’identifient spontanément à la cause des Palestinien(ne)s et « se trompent de colère » en s’en prenant injustement aux juif(ve)s qu’ils jugent à tort responsables de leur oppression quand ils/elles n’adhèrent pas carrément à la démagogie et la haine des islamistes. Ce repli communautaire teinté de racisme n’est pas moins présent chez ceux des jeunes Juifs qui sympathisent avec l’extrême droite proisraélienne tel le Betar, le site Internet amisraelhai ou la Ligue de défense juive, interdite en Israël.

Cette stratégie du repli est la pire des réponses, elle doit être contrebalancée par des convergences entre juif(ve)s et arabes, c’est ce à quoi s’emploient depuis des années des associations comme l’Association des travailleurs maghrébins de France et l’Union juive française pour la paix en luttant ensemble contre la guerre en Irak et pour la justice en Palestine. C’est l’exemple que donnent les mouvements israéliens qui luttent pour la paix, contre la colonisation, qui s’opposent physiquement aux destructions de maisons palestiniennes ou qui refusent de servir l’armée dans les territoires occupés. Et il faut populariser leur action en France comme ailleurs.

Pour nous il ne saurait y avoir de hiérarchie dans le combat contre la haine raciste. Il faut se battre autant contre le racisme en général que contre l’antisémitisme en particulier. Si les condamnations des actes antisémites par l’État sont salutaires, on ne saurait accepter son silence face à l’arabophobie qui depuis la fin de la guerre d’Algérie est responsable de la mort de plusieurs centaines d’arabes, victimes de crimes racistes, le plus souvent dans l’indifférence. Il a fallu attendre 52 ans pour que le plus haut représentant de l’État français condamne ouvertement les crimes de Vichy. 42 ans après les faits l’État français n’a toujours pas reconnu sa responsabilité criminelle dans l’assassinat de plus de 200 Algériens le 17 octobre 1961 (Il lui a fallu 153 ans après l’abolition de l’esclavage pour assimiler, en 2001, l’esclavage à un crime contre l’humanité).

Le combat contre la racisme sous toutes ses formes passe avant tout par une lutte radicale et sans concession dans les quartiers et les entreprises contre les discriminations et les politiques racistes, contre les individus et les groupes qui prônent la xénophobie et l’exclusion. Un combat contre un mythe national synonyme de silence face aux crimes de l’État français dans les colonies passées et actuelles (DOM-TOM) ou dans les banlieues. Un combat pour recréer des solidarités entre tout(es) les exploité(e)s contre la démolition sociale menée par le Medef et le gouvernement.

Alternative libertaire, le 21 novembre 2003