Éducation : De la maternelle à la garderie




L’école pré-élémentaire – ou maternelle – est en passe de trépasser. Les jardins d’éveil, sortes de garderies sans instituteurs pourraient la remplacer. Comme au bon vieux temps, l’argent décidera pour les femmes si elles doivent rester au foyer.

Vous savez que le travail des femmes est conditionné par la garde des enfants. Vous savez qu’une bonne entrée dans l’école élémentaire est le plus souvent liée aux années d’école qui précédent. Oui, l’école pré-élementaire. Et vous connaissez cette école, car majoritairement vous y êtes passés, ainsi que vos enfants. Ah, mais j’y pense, vous la connaissez plutôt sous son nom commun : « école maternelle ».

Cette école est en passe de trépasser. Au nom du droit opposable à la garde des jeunes enfants. Ce droit opposable est préconisé par le rapport Tabarot de juillet 2008 qui étale sa mise en place jusqu’à 2012, tout son problème étant le nombre trop réduit de structures d’accueil et de personnel. Bref : ça coûte cher.

Les écoles pré-élementaires seront-elles remplacées par des jardins dits d’éveil ? Pour le moment, des jardins d’éveil sont prévus pour les 2 à 3 ans, pour lesquels en effet une classe normale n’est pas forcément le plus adapté en nombre d’adultes (deux, un instit et un Atsem [1]) par rapport au nombre d’élèves (une trentaine).

Dans les jardins d’éveil, l’encadrement est moindre que dans les crèches, en principe un adulte pour 15 enfants, et assuré par du personnel municipal (notamment les Atsem ainsi « recyclées »). Les instits iront en élémentaire, ça évitera du recrutement ; de plus les locaux des écoles maternelles seront aussi recyclés en jardins et les enfants y seront « éveillés » par des jeux éducatifs.

En clair ils seront effectivement « gardés », une garde active, comme savent faire les assistantes maternelles. Ce que ne fait pas l’école préélémentaire : nous ne gardons pas, en les amusant, les enfants. Pour le moment, les CAF [2] sont sollicitées pour le financement. Mais les jardins d’éveil sont prévus pour fonctionner comme des entreprises privées, à terme.

Ce qui veut dire que sous peu, mesdames, (plus rarement messieurs) selon les possibilités financières de vos familles, vous risquez d’avoir à choisir entre rester au foyer et exercer un métier. Ça, c’est une chouette liberté. Et qui peut durer.

Car on peut craindre que ce soit également la fin de l’école préélémentaire dans sa totalité, but avoué de désengagement des pouvoirs publics depuis le rapport Thélot de 2004.

Pourquoi défendre l’école préélementaire

L’enfant y exerce des pratiques qui délient le corps dans ses habiletés fines, qui permettent de commencer à raisonner, qui donnent envie de rentrer dans le monde de l’écrit.

Il ou elle apprend la vie en société et ses règles, apprend à devenir un élève, mais surtout apprend ce qu’on nommait jusqu’il y a peu les « pré-requis », des compétences et connaissances qui permettent d’arriver au CP en maniant déjà des mots, des lettres, des structures de phrases, des concepts mathématiques et arithmétiques, et en ayant suffisamment exploré son corps via les divers sports et son imaginaire à travers les arts plastiques.

Ces apprentissages se font en allant du corps qui bouge au crayon qui trace, de l’espace d’un gymnase à une feuille lignée. Bref de la pédagogie, et non de l’éducatif.

Le but du gouvernement est que la grande section de « maternelle » devienne le pré-CP des élémentaires, où arriveront directement vos enfants via une crèche améliorée si vous pouvez vous l’offrir, car l’obligation d’instruction passera de 6 à 5 ans.

Ils arriveront dans un monde scolaire que les programmes de 2008 rendent lourd de répétitivité et de techniques, au lieu d’aider au raisonnement, ce qui est pourtant le manque signalé par les enquêtes ayant présidé à l’urgence de la refonte des programmes.

Inutile et inefficace, l’école « maternelle » ?

On vous présentera tout cela comme un progrès inégalé en Europe. En attendant, pour vous convaincre on vous explique que les élèves en France ont un taux d’échec d’environ 15 % toutes matières confondues dès le CE1. Manière de faire porter le chapeau à l’école préélementaire, alors même que ce taux est sensiblement le même depuis des décennies.

Mais ne vous inquiétez pas, cette école disparaît.

Mebahel

[1Agent territorial spécialisé des écoles maternelles, assistant les instituteurs.

[2Caisses d’allocation familiale.

 
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