Honduras : Un sentiment de déjà-vu

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« L’Amérique aux Américains » ou l’Amérique aux États-Unis ? Depuis le XIXe siècle, l’impérialisme états-unien a accablé l’Amérique latine. Croyait-on la page tournée qu’éclate, en juin dernier, un coup d’État militaire au Honduras.

Le 28 juin 2009, des soldats réveillaient en sursaut Manuel Zelaya, le président hondurien. Tiré en pyjama hors du palais, « Mel » était ensuite expulsé vers le Costa Rica. Dans la foulée, le congrès et la cour suprême nommaient Roberto Micheletti président par intérim.

Le putsch a été appuyé par l’oligarchie hondurienne et l’armée, mais il s’avère très impopulaire. Des manifestations ont été violemment réprimées : une quinzaine de meurtres et plus d’une centaine de disparitions ont eu lieu cet été [1], touchant surtout des militantes et des militants de gauche.

Déconvenues d’un social-libéral

Pourtant, Zelaya est d’abord un libéral, issu d’une riche famille de propriétaires. C’est d’ailleurs au sein du très conservateur Parti national du Honduras qu’il fait ses premiers pas en politique. Puis il se rapproche du Parti libéral du Honduras (centriste), qui le soutient lors des présidentielles de 2005.

Il faut admettre que « Mel » avait teinté son libéralisme de préoccupations sociales. Dès son élection, il a été confronté à une vague de grandes grèves. Le Honduras compte en effet parmi les pays les plus pauvres d’Amérique latine. La dette extérieure est élevée, l’économie très dépendante des firmes états-uniennes. Enfin, le pays traverse une grave crise du secteur énergétique.

Le président reprend alors en main la gestion de l’Entreprise nationale d’énergie électrique, au bord de la faillite. Parallèlement, il remet en cause les prérogatives de multinationales (Shell, Esso, Texaco) et fait appel à de nouvelles sociétés pour approvisionner le pays en pétrole. La croissance progresse, mais de profonds clivages sociaux perdurent.

Revirements diplomatiques

Les difficultés intérieures expliquent en partie les volte-faces diplomatiques du gouvernement. Zelaya signe un accord d’assistance technique avec le Brésil (2007) et annonce l’adhésion du Honduras à PetroCaribe, une alliance destinée à vendre le pétrole vénézuélien aux autres pays des Caraïbes, à des prix préférentiels.

Le Honduras noue aussi des liens avec plusieurs États, qui s’opposent à la politique des États-Unis, à l’image de Cuba, du Nicaragua et, surtout, du Venezuela de Chávez. Et quand menace la crise alimentaire et économique, c’est vers l’Alternative bolivarienne des peuples d’Amérique que Zelaya se tourne…

Le jeu trouble des États-Unis

Terrorisée à l’idée d’une possible « chávisation » du pays, la classe dirigeante finit par recourir à des méthodes expéditives. Au vu des liens entre le Honduras et les États-Unis, on imagine mal que le putsch ait été fomenté à l’insu de Washington. L’armée hondurienne a été formée et encadrée par les États-Unis. L’implication de la CIA est plus que probable.

En revanche, il est plus difficile de déterminer le rôle exact de l’administration Obama. Le président des États-Unis a fait part de sa « consternation ». Les aides militaires ou les aides au développement ont été réduites, en guise de sanction [2]. La droite latino-américaine continue d’agir et de penser dans un climat de croisade idéologique contre l’hydre socialiste… De quoi séduire certaines factions de la CIA agissant en free lance et des entrepreneurs nord-américains, qui ont pu assister les putschistes, sans forcément suivre les instructions directes de Washington.

Quoi qu’il en soit, le coup d’État a révélé les faiblesses de la politique réformiste de Zelaya. Après l’exil du président, le mouvement populaire est devenu la principale force d’opposition intérieure. Mais la militarisation du pays risque d’affaiblir les résistances, surtout en l’absence d’appuis internationaux.

Boris (AL Paris-Sud) et Valentin (AL Toulouse)

[1D’après des syndicalistes de la Confédération unitaire des travailleurs du Honduras dans L’Humanité du 13 août 2009.

[2« US Military Denies in Honduras Coup Flight », New York Times, 16-08-2009.

 
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