jeudi, 23 octobre 2014
 
 

Forum social libertaire : un événement dans le paysage anticapitaliste

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Du 11 au 16 novembre se tient, à Paris et Saint-Ouen (93), le Forum social libertaire, parallèlement au Forum social européen. À l’initiative de quasiment toutes les organisations révolutionnaires libertaires francophones [1], en prolongement de la campagne contre le G8 en juin à Evian, ce sera sans doute l’événement politique de l’automne.

Le Forum social européen de Florence, en novembre 2002, avait eu son « in » et son « off ».

Baptisé le Hub (moyeu d’une roue, en anglais), ce « off » avait rassemblé les mouvements radicaux, qui sont depuis Seattle le sel de l’alterglobalisation, avec le Mouvemen pour la résistance globale espagnol (MRG), Reclaim the Streets (Grande-Bretagne), l’Action mondiale des peuples, les Disobedienti (ex-Tute Bianche italiens). Sans que cela soit contradictoire avec le FSE, ces mouvements de jeunes avaient animé un espace autonome extrêmement vivant, jugeant que le côté « professoral » du FSE ne reflétait pas suffisamment la radicalité et la dynamique du mouvement altermondialiste.

C’est dans cet esprit que se situera le Forum social libertaire de Paris-Saint-Ouen, même s’il sera différent dans sa nature, puisqu’il s’agira d’un événement spécifiquement anticapitaliste et libertaire.

Le FSL se veut également porteur d’une expression critique par rapport à une certaine institutionnalisation du mouvement altermondialisation, dans lequel nous incarnons avec d’autres, le courant anticapitaliste. Ainsi, les récentes attaques de MM. Nikonoff et Cassen, respectivement président et président d’honneur d’Attac, contre les « gauchistes » ne sont pas de bonne augure, et ont consterné bon nombre de militant(e)s d’Attac et des mouvements sociaux.

Au FSL, nous chercherons donc à approfondir une « image » radicale dont pour notre part nous nous honorons, pour débattre du sens des luttes sociales dans lesquelles nous sommes engagé(e)s, et affirmer une nécessaire alternative au capitalisme et à la domination.

Une suite du contre-G8 d’Évian

Lors du dernier sommet du G8 à Évian, en juin 2003, la coalition des organisations libertaires dans la Claaac-G8 (Convergence des luttes anti-autoritaires et anticapitalistes contre le G8) avait permis une démonstration dont nous aurions été incapables séparément, en réunissant un cortège rouge et noir de 5 000 participant(e)s - le plus massif de la manifestation centrale - sur un contenu politique clair et radical. Cette démonstration s’ajoutait au succès du Village alternatif anticapitaliste et antiguerre (Vaaag) qui avait rassemblé 3 000 contestataires sur des bases autogestionnaires. À ce moment-là, beaucoup de militant(e)s nous avaient demandé si nous pensions renouveler cette expérience… difficile de décevoir ces attentes.

Le Forum social libertaire procède donc de la même démarche unitaire, qui donne une visibilité nouvelle à l’anticapitalisme libertaire.

Au menu : des débats, des forums (une vingtaine au total), mais aussi un grand Salon du livre anarchiste, des expositions, des projections vidéo, un programme quotidien de Radio libertaire, un grand meeting rouge et noir le vendredi soir et une manifestation avec le Forum social européen le samedi. Entre autres thèmes, on débattra donc sur la criminalisation de la misère et l’apartheid social ; la propagande en période de guerre ; le sexisme et le système patriarcal ; la défense et le dépassement des services publics dans leur forme actuelle (sous tutelle de l’État) ; l’éducation libertaire ; les luttes sociales et les pratiques libertaires, etc.

L’aspect international ne sera pas laissé de côté puisque d’ores et déjà on attend des participant(e)s d’autres pays - au moins d’Europe. Une garderie d’enfants est prévue afin que les parents puissent participer aux débats dans les meilleures conditions, et l’entrée du forum sera gratuite.

Le Forum social libertaire s’adresse à la « gauche de la rue », celle des grévistes de mai-juin, des syndicalistes, des militant(e)s altermondialistes, des associations de solidarité avec les sans-papiers ou les sans-logis. Mais il espère aussi intéresser tou(te)s les révolté(e)s du quotidien, les désabusé(e)s du système, toutes celles et tous ceux qui, sans illusions sur un éventuel « capitalisme à visage humain », s’interrogent sur la voie d’une véritable alternative de société.

Guillaume Davranche (AL Paris-Sud)

[1] Alternative libertaire, CNT, Coordination des groupes anarchistes, Comité Chiapas, Fédération anarchiste, No pasaran, Offensive libertaire et sociale.