Georges Ibrahim Abdallah : Vengeance d’État

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La joie a été de courte durée pour l’un des plus anciens prisonniers politiques du monde, Georges Ibrahim Abdallah, enfermé en France depuis vingt-huit ans. Le gouvernement lui a refusé sa neuvième demande de libération alors même qu’un des agents qui l’avait arrêté crie au scandale.

C’est l’histoire de l’acharnement politico-judiciaire subi par l’un des plus ancien prisonniers politiques du monde, Georges Ibrahim Abdallah, numéro d’écrou 2388-A221, incarcéré depuis vingt-neuf ans en France au centre pénitentiaire de Lannemezan.

Arrêté le 24 octobre 1984, ce communiste révolutionnaire libanais, militant antiimpérialiste et antisioniste, fondateur des Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL), a été condamné en 1987 à la prison à vie.

« injustifié » selon la DST

Malgré un réseau de soutien mobilisé pour sa libération, le silence médiatique restait total jusqu’à la déclaration stupéfiante en 2011 d’Yves Bonnet, ancien directeur de la Direction de la surveillance du territoire (DST, le contre-espionnage français) qui avait contribué à son arrestation. « Cette injustice a assez duré ; elle a même dépassé les limites du raisonnable. Plus rien ne justifie son incarcération. Qu’on le mette dans un avion et qu’on le renvoie chez lui au Liban, où les autorités sont disposées à l’accueillir. » [1]. Il dira ailleurs qu’« aujourd’hui, la France garde cet homme derrière les barreaux alors qu’elle a libéré Maurice Papon ? C’est lamentable. » [2]

Guerre du Liban, soutien affiché des États-Unis à l’invasion israélienne de Beyrouth en 1982, c’est dans ce contexte que le trio Chirac-Pasqua-Pandraud tente d’imputer à Georges Ibrahim Abdallah sept attentats survenus à Paris entre 1981 et 1984. Mais l’enquête policière dément ces accusations. Les attaques étaient revendiquées par le Comité de solidarité avec les prisonniers politiques arabes du Proche-Orient qui exigeait la libération d’Abdallah et celle d’Anis Naccache, condamné pour la tentative d’assassinat en juillet 1980 de Chapour Bakhtiar, dernier Premier ministre du shah d’Iran.

Condamné le 10 juillet 1986 pour association de malfaiteurs et détention d’explosifs, Abdallah sera jugé une seconde fois en 1987 pour complicité d’homicide volontaire après la découverte dans un appartement qu’il louait, du pistolet qui aurait été utilisé pour les assassinats de deux diplomates, l’un américain et l’autre israélien.

Avocat et indic

Outre les pressions américaines et israéliennes, on apprend la trahison de son avocat Me Mazurier, « indic » de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), ce qui aurait du suffire à faire annuler le procès. Il sera remplacé par Jacques Vergès.

Ses frères sont recherchés puis disculpés, les attentats étant finalement imputés à un groupe lié aux services secrets iraniens. Téhéran, en guerre contre l’Irak dans les années 1980, voulait faire payer à la France son soutien à Saddam Hussein. Abdallah, victime de ces amalgames, prendra plus que les réquisitions du procureur général.

Depuis 1999, sa possible libération conditionnelle se heurte aux ingérences américaine et israélienne.

Le 10 janvier 2013, la justice accepte la neuvième demande de mise en liberté à condition que Georges Abdallah soit immédiatement expulsé vers le Liban. L’exécution de cette décision de justice était entre les mains de Manuel Valls.

Mais pour une fois, celui qui proclame un « attachement indéfectible à Israël », ne signera pas cet arrêté d’expulsion pas comme les autres : Georges Abdallah restera en prison.

Peut-être pour ne pas déplaire au Conseil représentatif des institutions juives (Crif) qui s’oppose à la libération d’Abdallah parce qu’il ne s’est pas conformé à l’injonction de se repentir. Sans doute aussi pour se soumettre aux déclarations américaines contre sa libération.

Voici qui en dit long sur le prix à payer pour le combat politique et le refus de se renier.

Gisèle Felhendler (AL Paris Nord-Est)

[1Interview donnée à la chaîne de télévision France 24 le 28 décembre 2011.

[2Interview parue dans La Dépêche du 7 janvier 2012.

 
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