Lire : Guérin, Harbi, « Algérie 1954-1965, un combat anticolonialiste »

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Algérie 1954-1965, un combat anticolonialiste est une compilation des différents articles que Daniel Guérin a écrits sur l’Algérie. Ils couvrent une période plus large que celle de la guerre d’Algérie  : entre 1945, année des massacres de Sétif et 1965, année du coup d’état qui marque la liquidation officielle du processus révolutionnaire en Algérie. Ce n’est pas un ouvrage historique dans le sens classique du terme  : il n’y a pas vraiment de chronologie des évènements. Ce sont plutôt des commentaires à chaud ou des analyses de moments importants. Ils portent sur plusieurs thématiques particulièrement intéressantes. La première est une description du colonialisme français. L’état abject de domination dans lequel sont maintenus les Algériens, leur spoliation de toutes les terres, leur exploitation font qu’il n’est pas possible de penser l’émancipation par autre chose que la décolonisation.

C’est aussi le mouvement anticolonial qui est décrit en détail, permettant de comprendre ses enjeux. Celui-ci se structure largement autour de la figure de Messali Hadj. Pourtant, à cause de querelles intestines et de la forte présence de réformistes au sein du MNA (le parti de Messali Hadj), ce sera une autre organisation qui déclenchera l’insurrection  : le FLN. De nombreux articles portent alors sur les combats avec l’armée française, puis mettent en avant la barbarisation de la lutte contre insurrectionnelle  : torture et exécutions sommaires deviennent la norme, comme c’est le cas lors de la bataille d’Alger en 1957.

Guérin ne se borne pas à décrire la brutalité de l’État français, mais dénonce l’attitude trouble de la gauche française. Ainsi le PCF, au début ne soutient pas la revendication d’indépendance, et laisse isolés les algériens. Un bon exemple est une manifestation en 1954, où un bloc de deux mille manifestants algériens non violents sont très violemment chargés par la police, avec plusieurs morts à la clé. Pourtant, le cortège du PCF ne bouge pas, et refuse même de laisser les algériens rentrer dans la manifestation. De même, les socialistes (la SFIO) se montrent particulièrement répugnants dans la répression, organisant l’état d’urgence. Seuls quelques trotskystes et communistes libertaires sauvent l’honneur.

Enfin, Guérin n’est pas manichéen. Il critique aussi le FLN, tout en soutenant la lutte du peuple algérien. Il dénonce ainsi la guerre sanglante entre FLN et messalistes, mais aussi les dérives du FLN au pouvoir. Les gauchistes sont massacrés dès l’indé­pendance, et très rapidement le secteur autogestionnaire de l’économie est étouffé. Le coup d’État de 1965 destituant le président Ben Bella voit la liquidation finale de tout espoir révolutionnaire en Algérie…

Une lecture très intéressante pour comprendre les enjeux qui traversent la lutte des algériens pour leur indépendance.

Matthijs (AL Montpellier)

  • Daniel Guérin et Mohammed Harbi, Algérie 1954-1965, un combat anticolonialiste, Les Amis de Spartacus, 2017, 250 p., 14 euros.
 
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