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Mouvement social : Une rentrée en résistance

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Après un printemps brûlant, l’été fut l’occasion d’un premier bilan d’étape, qui invite l’ensemble des composantes du mouvement social à retourner dans la rue dès la rentrée, contre la loi travail mais aussi contre la répression, contre les grands projets inutiles et imposés, et pour mener la bataille des idées à l’aube d’une année électorale qui s’annonce nauséabonde.

Après le fort mouvement du printemps pour la défense du code du travail, l’été n’avait pas vraiment un goût de vacances. Dès le début du mois de juillet, une date de rentrée était en effet posée dans l’agenda pour reprendre la lutte contre le gouvernement et son projet antisocial : ce sera le 15 septembre.

La mobilisation passée et à venir était donc dans toutes les têtes, non pas pour se livrer à un bilan définitif mais pour débriefer à chaud, en attendant la reprise : les stratégies syndicales ont été décryptées, le rôle des médias a été analysé, le phénomène inédit des Nuits debout a été largement discuté et les réponses – autoritaires et policières – du gouvernement ont été commentées par toutes celles et tous ceux qui, depuis le 9 mars, ont battu le pavé… et certains n’ont d’ailleurs même pas vraiment suspendu la mobilisation, comme à Valenciennes où des rassemblements ont été organisés contre la dure répression qui a frappé les militants et militantes syndicaux de la région.

Radicalisation de la société

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Ce mouvement a été l’occasion pour un grand nombre de personnes de s’engager pour la première fois, en témoignent les Nuits debout qui ont fleuri un peu partout en France. Ces espaces de contestation qui rassemblaient largement en dehors des milieux militants habituels, ont souvent été hésitants ou confus et, paradoxalement, alors qu’ils sont nés de la mobilisation contre la loi travail, ils ont eu des difficultés à se concentrer sur cet enjeu et à mobiliser autour de cette ­urgence-là. Plus que des outils pour la lutte, les Nuits debout ont finalement été des outils de politisation, et AL y avait toute sa place en tant que porteuse d’un discours construit et de pratiques d’auto-organisation – pour la répartition de la parole, la prise de décision, le passage à l’action.

L’ampleur de la mobilisation et les nouvelles formes de contestation qui ont vu le jour nourrissent dès à présent des attentes pour la rentrée sociale, d’autant que les organisations syndicales et politiques n’étaient pas forcément prêtes pour ce marathon revendicatif et n’ont pas toujours su jouer leur rôle : le vent qui tourne n’attend pas qu’on hisse la voile. Une radicalisation de la société se fait sentir et s’est traduite de différentes manières : dans les syndicats, et aussi dans des fractions de la population moins organisées, qui utilisent des Nuits debout ou des AG de ville pour se faire entendre. La conséquence de cela, c’est que les syndicats ont pu être déboussolés parce que ce n’est pas leur tactique habituelle.


Tous les rendez-vous du 15 septembre
pour l’abrogation de la loi Travail

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Il s’agit à présent de se retrousser les manches pour retisser du lien et développer les cadres de résistance au rouleau compresseur capitaliste, que ce soit en renforçant les structures syndicales ou en essayant de convaincre les organisations politiques anticapitalistes de travailler ensemble pour creuser des brèches dans le système actuel. Il va falloir développer nos collectifs militants et repenser le lien entre les syndicats et les structures qui organisent des luttes sociales au niveau local pour arriver à davantage de convergences.

Au niveau des modes d’action également il va falloir faire preuve d’audace : les manifestations ont fait leurs preuves mais ont aussi montré leurs limites face à un pouvoir qui ne craint pas d’imposer une loi contre l’avis d’une majorité de la population. Les barrages filtrants sont quant à eux plutôt bien accueillis par le public et permettent de poursuivre la bataille de l’opinion.

Manifestation du 5 juillet contre la loi El Khomri
cc Daniel Maunoury

Taper directement au portefeuille

Enfin, les blocages et a fortiori les grèves démontrent que nous détenons les moyens de production et que nous avons la capacité de faire reculer le gouvernement en le tapant directement au portefeuille. Faire reculer le gouvernement, ce serait tout d’abord obtenir l’abrogation de la loi travail mais ce n’est pas une fin en soi : nous devons sortir de la logique défensive de ces dernières années et entrer dans une dynamique revendicative, une dynamique de conquête pour ne plus laisser l’extrême droite bénéficier de l’exaspération générale.

Il reste beaucoup à faire, beaucoup à repenser. Et le temps politique laisse peu de place à la réflexion. Le calendrier qui nous attend est déjà chargé et l’état d’urgence est une nouvelle menace avec laquelle il nous faudra composer. En plus de la date du 15 septembre, plusieurs initiatives sectorielles ont été annoncées : le 8 septembre dans l’éducation et ce même jour pour les travailleurs et travailleuses du social et du médico-social.

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Les autres fronts de lutte ne seront pas en reste lors de cette rentrée sociale et c’est sur le terrain de l’écologie que nous aurons sans doute le plus à faire. La contestation se renforce en effet à Bure contre un projet d’enfouissement de déchets nucléaires [1] ou encore à Flamanville contre la construction de l’EPR [2]. Dans les deux cas, des projets extrêmement coûteux au service d’une industrie dangereuse et complètement opaque sont obstinément menés par le pouvoir. Même chose à Notre-Dame-des-Landes où, après un référendum habilement mis en scène par le gouvernement, l’environnement et l’autonomie agricole sont plus que jamais menacés. Et on continuera à nous dire qu’il est urgent de diminuer nos dépenses...

À Notre-Dame-des-Landes comme dans la rue contre la loi travail, la manière dont le gouvernement gère les dossiers politiques est révélatrice de la dérive autoritaire d’un État dont l’objectif est avant tout de maintenir le système en place – et les bénéfices de ceux qui profitent de ce système –, quel qu’en soit le prix. À l’inverse, les militantes et militants d’Alternative libertaire portent inlassablement un projet de société fondé sur la démocratie directe, tentent de diffuser des pratiques autogestionnaires dans les luttes et de montrer plus largement qu’un autre monde est possible.

Contre la loi Travail : le bras de fer continue
PDF du tract AL à télécharger

Mais en entrant en résistance contre cette nouvelle logique autoritaire, nous nous exposons fortement à la répression. Face à cela, il va être nécessaire de démontrer une solidarité sans faille avec toutes celles et tous ceux qui sont poursuivis par la justice. Au cours des prochaines semaines, de nombreux procès vont avoir lieu et nous devrons être au rendez-vous pour manifester notre soutien. Plusieurs dates sont par ailleurs connues et on peut d’ores et déjà se donner rendez-vous les 19 et 20 octobre à Amiens pour exiger la relaxe des salariés de Goodyear condamnés en première instance à de la prison ferme pour avoir retenu des cadres de l’entreprise.

Cette solidarité sera d’autant plus importante que le thème de la sécurité (de même que celui de « l’identité nationale », comme est venue le rappeler la nauséabonde polémique sur le burkini en cette fin d’été) va être au cœur du débat public dans la période électorale qui s’ouvre. Que ce soit au PS, chez Les Républicains ou au FN, le terrain est prêt, les discours sont rodés et les sujets vont s’imposer d’eux-mêmes. Alors que l’ensemble de l’échiquier politique continue de basculer à droite, on peut facilement prédire le ton des prochains débats. Sécurité, immigration, austérité ; autant dire répression aveugle, racisme décomplexé et poursuite du démantèlement des services publics au détriment des classes ­populaires.

Ni résignation ni profil bas

Encore une fois, on va nous demander de valider un système qui ne protège que ceux qui détiennent les richesses. Encore une fois, on va nous demander d’abandonner notre pouvoir de décision à d’autres. Encore une fois, notre parole va être étouffée par la machine médiatique. Mais il s’agit de ne pas se résigner ni de faire profil bas pendant l’année à venir : au contraire, nous devons plus que jamais proposer un autre projet de société, qui doit être pensé pour s’accorder avec la réalité actuelle et répondre aux nouveaux enjeux sociaux.

Dans cette période, les syndicats et plus généralement le mouvement social doivent agir pour rappeler que les solutions politiques ne sauraient se limiter à la compétition électorale institutionnelle. Il nous faut assumer notre rôle, repartir de la réalité vécue des travailleurs et des travailleuses pour proposer d’autres manières de transformer la société, avec nos craintes, nos rêves et nos certitudes. C’est là que nous avons toujours puisé nos forces. C’est comme cela que nous avons existé et que nous avons conquis de nouveaux droits à travers l’histoire, à travers les conflits.

Nans (AL Fougères) et Benjamin (AL Paris-Nord-Est)

[1Lire « Antinucléaire : Bure sous tension » dans Alternative libertaire de juillet-août 2016.

[2Lire notamment « EPR de Flamanville : le nucléaire fait exploser les prix » dans Alternative libertaire de janvier 2013.

 
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