samedi, 19 avril 2014
 
 

Présidentielle : projet socialiste : l’ordre juste ? Juste l’ordre

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Le Parti socialiste ne se bonifie pas avec le temps. Au programme : durcissement sécuritaire, précarisation accrue des travailleuses et des travailleurs (en particulier sans papiers), et avant tout, cadeaux fiscaux au patronat.

Une fois de plus, la “ politique de l’emploi ” du PS ne va nullement dans le sens des intérêts des classes populaires. Pas de projet de baisse du temps de travail, de création de postes, de redistribution des richesses accaparées par le patronat. L’emploi reste conditionné à la croissance économique (avec les résultats spectaculaires que l’on connaît depuis trente ans…), les PME semblant être, en la matière, érigées en nouvel eldorado. Elles seront donc soutenues par “ la création de fonds publics régionaux de participation et en leur réservant une part dans les marchés publics ” (article 3 du “ Pacte présidentiel ”). Quant aux subventions aux entreprises, elles seront conditionnées “ à l’engagement de ne pas licencier quand l’entreprise dégage des profits substantiels ” (art. 14). On sera bien sûr informé le plus tôt possible, après consultation du Medef, de ce que “ profits substantiels ” signifie !

L’immigration jetable

En matière de politique migratoire, il n’est pas question de liberté de circulation (et encore moins de liberté d’installation) des travailleuses et travailleurs. Le PS reste dans l’illusion d’une immigration “ choisie ”. Si le PS projette de “ rétablir la règle des 10 ans comme critère de régularisation ” (art. 99), mesure au demeurant nécessaire mais insuffisante, il propose en revanche d’“ instituer un visa permettant des allers-retours multiples sur plusieurs années, afin que les migrations s’adaptent aux besoins réels du marché du travail ” (art. 98) ! Autrement dit, des visas permettant d’importer des immigré-e-s lorsque certains secteurs industriels en ont besoin, puis de les jeter quand leurs contrats précaires prennent fin. Pour celles et ceux qui fuient la misère et la guerre, aucune situation pérenne n’est proposée. Avouant implicitement que cette politique continuera à jeter des gens dans la clandestinité et le travail au noir, donc hors du système de cotisation à la Sécurité sociale, le PS prévoit de “ rétablir les moyens supprimés par la droite pour les soins aux étrangers en situation irrégulière, pour des raisons de dignité et de santé publique ” (art. 44).

La jeunesse au garde-à-vous

La candidate est celle de la “ fermeté face aux mineurs violents ”. Sa solution : l’internement en “ centres éducatifs renforcés, si besoin avec un encadrement militaire ” (art. 52). Le PS remet donc une couche de sécuritaire, et ne s’arrête pas en si bon chemin : dans l’art. 78, la candidate propose en effet d’“ instaurer un service civique pour les jeunes ”, soit une période de six mois de travail obligatoire et sous-payé (lire Alternative libertaire de février 2007, ou Clash, bulletin de la branche jeunesse, de la même période).

Et maintenant, un peu de démagogie…

Mais mais mais… il ne faudrait pas que l’on confonde le programme socialiste avec un programme de droite ! C’est pourquoi Ségolène n’hésite pas à mettre en avant “ la démocratie participative dans toutes les collectivités publiques (jurys citoyens, budgets participatifs, etc.). ” (art. 73). Faire montre de velléités démocratiques ne peut pas faire de mal au PS... Mais le modèle qu’il nous a présenté pendant sa campagne c’est “ toujours plus de délégation, toujours moins de démocratie ” : On ne propose que l’ouverture d’un “ bureau des plaintes ” où les “ représentants du peuple ” prennent, in fine, les décisions. Surfant sur la vague du pouvoir d’achat, la candidate réaffirme qu’il est une des priorités, et propose de le porter “ à 1 500 euros le plus tôt possible dans la législature ” (art. 7). Les discussions de salons télévisés sur le rythme et sur le fait que le PS ne parle que de salaire brut (soit environ 1 200 euros net) ne sont pas les plus importants. Ce qui compte dans cette affaire, c’est que le PS ne propose pas une quelconque redistribution des richesses du Capital vers le Travail, mais quelques aménagements cosmétiques sans remettre en cause le fait que le logement, la santé et l’alimentation représentent une part de plus en plus importante du budget de chacun.

Lucy (Aix) et Manu (Lille)