Rail : Une loi pour accélérer la privatisation

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Sous couvert de réunifier la SNCF et Réseau ferré de France (RFF), le gouvernement actuel mène une politique qui favorise la privatisation et dégrade les conditions de travail.

Les « assises du ferroviaire » réunies fin 2011 avaient chuté sur l’annonce d’un projet de réunification du système ferroviaire afin d’améliorer son efficacité, en particulier en réintégrant Réseau ferré de france (RFF) [1], « au sein d’un groupe-pivot du secteur ferroviaire ». La plupart des anciens partisans de la création de RFF, Pépy en tête, avait mené une intense pression en faveur de cette option, restée au stade d’un vague projet. Depuis, gouvernements et direction SNCF s’évertuent convaincre le monde cheminot de cette pseudo-réintégration.

Unification ou éclatement ?

Derrière ces éléments de langage, le projet de loi ne revient pas sur la privatisation du chemin de fer [2], mais tend à l’accélérer ! Il s’agit d’éclater la SNCF en trois entreprises : une qui gèrerait l’infrastructure [3], une autre qui assurerait les missions de transport, une dernière appelée « établissement-mère », présentée comme LA garantie d’un fonctionnement intégré. Cette dernière entité n’aurait en fait aucune prérogative réelle et pourrait disparaître rapidement à l’exemple de ce qui se passe en Belgique où ce schéma était appliqué depuis 2005.

La séparation entre infrastructure et activités de transporteur, outre le fait de diviser le corps social cheminot, vise à mettre en place des structures qui pourront facilement être privatisées. Malgré les dires des ultra-libéraux qui dénoncent le maintien d’un monopole SNCF, les capitalistes peuvent se frotter les mains : le gouvernement prépare une arrivée massive du privé dans le transport voyageur, en particulier en permettant aux régions de confier le trafic TER à des entreprises privées.

Par ailleurs, le projet de loi laisse reposer l’ensemble de la dette du ferroviaire sur la SNCF. Cette dette de plus de 35 milliards d’euros, issue pour l’essentiel des choix politiques d’aménagement du territoire, devrait être payée par les seuls cheminots et cheminotes, ce qui implique « modération » salariale et suppressions d’emplois !

Remise en cause des conditions de travail

Enfin, cette réforme de structure annonce une remise en cause de l’ensemble des conditions de travail puisqu’à travers un « cadre social harmonisé », le gouvernement envisage une convention collective applicable aux entreprises publiques et privées. Cette remise en cause frontale, en particulier de l’organisation et du temps de travail existant aujourd’hui dans la SNCF, est inacceptable.

Tous ces sujets ont donné lieu à une première journée de grève à l’appel de la CGT, Sud-Rail, l’Unsa et la CFDT le 13 juin dernier. Cette journée de mobilisation, la plus importante depuis les grèves contre la réforme des retraites de 2010, est encourageante pour la suite. Mais la CFDT et l’Unsa apportent leur soutien critique à cette réforme et la CGT refuse toute démarche unitaire avec Sud-Rail. Les difficultés pour impulser un cadre de mobilisation sont réelles. Reste à trouver la stratégie la plus efficace afin de lancer une dynamique d’assemblées générales de cheminotes et de cheminots qui permette de porter une mobilisation à la hauteur des attaques !

Mathieu (AL St-Denis)

[1RFR fut créé en 1997, marquant la première étape dans le dépeçage de la SNCF. Seules les fédérations Sud-Rail et CFDT se sont dès l’origine opposées à sa création, consolidée par le ministre PCF Gayssot de 1997 à 2002.

[2Ouverture du trafic marchandise à la concurrence depuis 2006, de certains trafics voyageurs depuis 2011, sous-traitance massive…

[3Maintenance des voies, gestion des postes d’aiguillage et services actuellement au sein de RFF.

 
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