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Royaume-Uni : Brexit or not Brexit, that’s not the question

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Les électeurs et électrices du Royaume-Uni se sont exprimés en juin pour la sortie de leur pays de l’Union européenne. Un coup dur pour l’Europe, et un dilemme pas facile à résoudre pour la gauche, entre interprétations en termes de repli xénophobe ou de claque à la droite libérale. Éclairage.

Après le référendum sur le Brexit au Royaume-Uni, Hollande clamait que ça irait vite pour faire un exemple, bloquer la contagion. Et la nouvelle Première ministre anglaise (anti-Brexit) répète inlassablement « Brexit is Brexit » pour rassurer les électeurs anglais. Mais, repoussées début 2017, les négociations pourraient bien attendre fin 2017 pour démarrer pour causes d’élections majeures en France et en Allemagne…

Un pays coupé en deux

Le référendum avait été promis par la droite classique pour gagner l’appui de la droite xénophobe mais David Cameron était sûr de le gagner. La défaite lui a coûté son poste. Le résultat du vote est très tranché : contre le Brexit, le patronat, la majorité de la droite classique, la majorité des médias, les élites londoniennes, la jeunesse étudiante, les nationalistes écossais et irlandais, la majorité des directions syndicales, la direction du Parti travailliste, la gauche radicale autour de Ken Loach (proche du NPA et d’Ensemble). Pour le Brexit, le parti xénophobe (Ukip), le groupe de presse Murdoch, quelques syndicats dont le très combatif RMT (transports), les deux gros groupes trotskystes (SP et SWP qui menèrent une campagne Lexit pour une sortie à gauche de l’UE) et des associations communautaires de travailleurs indiens et pakistanais. Mathématiquement l’affaire était pliée !

À gauche, les anti mettaient en avant la protection sociale offerte par les lois européennes, le risque de récession et l’impossibilité de voter comme les xénophobes. Les pro les accusaient en retour de voter comme le patronat et la droite ultralibérale et souhaitaient une claque populaire contre l’Europe capitaliste qui provoquerait un séisme politique puissant. Précisons que nos camarades communistes libertaires du groupe irlandais WSM étaient anti-Brexit en dénonçant l’alignement sur les forces xénophobes et une vision kéneysienne illusoire du retour à la grandeur passée du Royaume-Uni.

Néanmoins un raz de marée du vote populaire offre une large victoire au Brexitaprès une campagne dominée par une xénophobie parfois délirante. Malgré ces aspects détestables, il faut considérer qu’il s’agit d’un vote de classe au sens d’une révolte, même confuse, contre les politiques ultralibérales menées par la droite comme par la gauche anglaise et européenne. Et il faut relativiser l’aspect nationaliste en comprenant que l’Europe n’est rien pour les classes populaires anglaises. Elles n’y viennent pas en vacances et ne boivent pas de vin à table ou parfois un vin australien, néozélandais... Le sentiment d’appartenir à l’ère anglo-saxonne est bien plus puissant que celui d’appartenir à l’Europe continentale. Il est construit de longue date sur les restes de l’Empire, le Commonnwealth, qui regroupe plus large que l’UE : 53 pays et plus de 2 milliards d’habitants auquel il faut ajouter une relation particuière aux États-Unis. Un Anglais qui regarde la télévision connait mieux la vie politique au Nigeria qu’en Belgique !

« La gauche et l’union Européenne ? dedans ou dehors ? », affiche de rue d’un débat contradictoire qui a divisé les formations politiques et syndicales de gauche outre-manche...

Leadership d’une libérale pro-européenne

Les résultats auront fait exploser l’Europe, la droite et la gauche anglaise. À Bruxelles, tétanisée par les risques de boule de neige, chacun s’agite et réclame une ré-orientation des politiques économiques et plus de démocratie. Les nationalistes écossais et irlandais exigent leur indépendance pour pouvoir rester dans l’Europe. En Irlande particulièrement le rétablissement d’une frontière entre le Nord et le Sud pose des questions explosives. La direction du parti conservateur explose et la bourgeoisie impose le leadership d’une libérale pro-européenne. Le Parti travailliste est lui au bord de la scission. Son secrétaire général, Jeremy Corbin, un Mélenchon local, avait été élu au suffrage direct à la surprise générale. Eurosceptique de longue date, il est accusé par la majorité de direction de n’avoir pas mené une bonne campagne et d’être responsable de la défaite, ce qui est en partie vrai. Et il accélère la construction de son propre réseau (Monumental), celui qui lui a fait gagner la primaire ouverte de l’élection interne avec de nombreux activistes jeunes et populaires, qui refusent néanmoins d’intégrer le vieux parti socialiste totalement déconsidéré. Corbyn n’a le soutien que de dix-huit députés travaillistes. De cette crise pourrait renaître une vraie gauche réformiste ce qui ne suffira pas à faire notre bonheur mais serait tout de même, après l’ère ouverte par Thatcher, un signe positif !

À Bruxelles, les élans refondateurs se sont rapidement éteints. Fin août, les dirigeants français, allemands et italiens accouchent de vagues promesses censées calmer le rejet profond des politiques autoritaires, militaires et austéritaires : sécurité renforcée aux frontières et lutte contre l’immigration, emploi des jeunes, relance des investissements (mais sans changer de politiques monétaire et budgétaire autrement dit sans argent pour le faire, même d’un point de vue capitaliste).

Les bourgeoisies anglaise et européenne ont visiblement décidé d’avancer lentement et cherchent à contourner le résultat du référendum. Deux options existent : renégocier les accords économiques pour que rien ne change sur le terrain des affaires ; trouver une bonne raison de refaire le vote d’ici deux à trois ans en espérant un résultat différent. En attendant, le quotidien des anglais n’est guère affecté : les embauches sont à la hausse, les prix des logements à la baisse ! Les spéculateurs jouent la monnaie anglaise (la livre sterling) à la baisse ce qui renchérit le panier de la ménagère puisque l’Angleterre importe 60 % de son alimentation. La gauche anti-Brexit s’alarme que le vote ne soit prétexte à de nouvelles attaques contre les acquis sociaux. Mais en faisant campagne sur les aspects protecteurs des règles européennes, elle a tendu le bâton pour se faire battre…

Jean-Yves (AL 93)


 
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