jeudi, 31 juillet 2014
 
 

Sans-papiers : Grèves pour la régularisation, acte II

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La deuxième année de lutte des sans-papiers s’organise, dans la douleur et sous haute surveillance.

Depuis un an que « l’acte II » se prépare, les rencontres entre les différents acteurs de la lutte pour la régularisation des sans-papiers (associations et organisations syndicales) ont connu de plus en plus de situations bloquées. L’échelon préfectoral use en effet de toutes les ficelles pour entraver ou empêcher les régularisations, de l’empilement de lois, circulaires et décrets d’application, jusqu’à l’utilisation de critères franchement arbitraires, non appliqués, en passant par des différences de traitement d’une préfecture à l’autre.

Quels cadres de négociation ?

Tout est fait pour entretenir la confusion et déjouer la possibilité d’une stratégie unifiée.

Il s’agit donc d’opposer à la confusion une demande de régularisation totale. Et face au bilan mitigé de l’année passée, le curseur doit être placé plus haut. Il est désormais question d’interpeller directement le gouvernement pour lui arracher une circulaire de régularisation qui « doit définir des critères améliorés, simplifiés, appliqués [garantissant] une égalité de traitement de chaque salarié(e) ».

Mais il faut s’attendre à ce que l’État résiste : « Le ministère rappelle que conformément au Pacte européen sur l’immigration [1] […] de telles mesures de régularisation massive sont proscrites, parce qu’elles créent un afflux supplémentaire d’étrangers en situation irrégulière, et portent atteinte à la maîtrise des flux migratoires… » Ce communiqué amène évidemment le débat là où Besson souhaite le tenir, en position de force. Et s’il est prévu qu’il rencontre les syndicats, il refuse toujours de rencontrer le milieu associatif….

Les différences avec l’acte I sont notables et nombreuses :

– échec de la stratégie de pression sur le gouvernement qui ne comprend que le rapport de forces,

– échec de la stratégie visant à créer des luttes emblématiques dans des entreprises symboliques,

– mais, un bon travail en commun (associations/syndicats) et la prise en compte des travailleurs isolés…

Les différences dans l’acte II, respectivement :

– un mouvement engagé d’emblée avec ampleur et avec l’énergie du désespoir, beaucoup de camarades étant en instance de licenciement.

– Ensuite, le démarrage se fait sur une base générale, y compris en regroupant les camarades isolés autour d’objectifs symboliques,

– Mais pour le troisième point, les mêmes bases pourries risquent d’avoir les mêmes effets. La régularisation sur critères – loi Hortefeux et article 40 [2] – continue d’affaiblir l’action parce qu’elles entretiennent l’isolement des travailleurs sans papiers et la discontinuité du travail militant : encadrement des grèves – par les syndicats – suivi des dossiers – par les associations – au détriment des salariés.

Le rôle des soutiens

À la différence de 2008, la victoire de l’acte II sera celle de l’opinion publique autant que des syndicats. La présence aux côtés des grévistes du RESF ou de la LDH, notamment, doit contribuer à populariser les luttes : un soutien technique et politique sur chaque piquet et une unité la plus large possible pourront ébranler la politique gouvernementale, même si se pose encore le problème de l’absence des collectifs de sans pap et de quelques poids lourds tels que MRAP, Fasti…

Pour AL, le rôle des comités de soutien a toujours été largement admis : par exemple, quand Solidaires est présent, ou partout où il y a pratique collective, les comités se renforcent dans l’acte concret de solidarité : tentes, brasero, duvets , tournées de repas...

Éléments de luttes de classes ?

Est-ce à cause de la multiplication des lieux de grève (de 27 à 44), ou par simple exaspération que le patronat durcit ses pratiques, allant jusqu’à la violence ?

Des exemples : le 16 octobre, la Suburbaine fait protéger ses locaux par des vigiles. Les copains de la CNT et ceux de la RATP sont évacués par la police de la cité des sciences. Les vigiles passent de la surveillance à l’action violente à TFN, ISS... Chez Multipro, un travailleur blessé. À Ris-Orangis, des salariés sont expulsés de l’entreprise par le patron et… des chiens ! La police les attend : garde à vue et APRF. Pour finir : la Fédération nationale du bâtiment fait évacuer ses propres locaux, de rage après avoir perdu en référé.

Si pour l’acte I, il ya eu des interpellations et des rétentions, elles se déroulaient tout de même dans le respect (relatif) de la loi… à présent, et comme pour tous les autres actes de contestation, de contradiction, d’opposition, la répression s’abat avec toute la force de l’abus de pouvoir. On identifie, on criminalise, on sanctionne. Ainsi d’Ibrahima arrêté à Belleville en rétention et Kemoko emmené au LRA de Pontoise tous les deux grévistes.

Ajoutons le charter des afghans, l’augmentation des OQTF de jeunes majeurs, multiplions par les pratiques policières hors le droit, le débordement de la répression sur l’immigration légale, les vexations et remises en cause de leurs droits à des personnes françaises d’origine étrangère. Résultat : une vraie dérive autoritaire en France. Elle doit nous convaincre, militants et sympathisants, de peser nous dans le rapport de forces, de contribuer aux initiatives locales, nationales, dont la manifestation du 29 novembre à 14 heures place du Châtelet, ne doit être qu’une étape.

Noël AL95

[1] Pacte européen sur l’immigration et l’asile du 16 octobre 2008

[2] Dispositifs qui posent les bases de « l’immigration choisie » : régularisation par le travail avec des cartes de séjour n’excédant pas un an (liste de métier et accords entre états) et qui posent surtout des différences de traitement des dossiers de ressortissants de pays différents, selon les accords passés pays par pays, empêchant une action globale de régularisation.