Université du Mirail : Mobilisation contre la fusion

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Avant les vacances de noël, l’université du Mirail a connu une mobilisation importante contre le projet de fusion des universités, amplifiée par la trahison du président qui est allé contre les résultats du référendum qui l’avait lui-même organisé.

À Toulouse, le projet de fusion des universités couvait depuis quelques années. Déjà effective dans d’autres villes, ce sont des coupes budgétaires importantes et des conditions de travail et d’études dégradées pour toutes les filières et labos jugés non rentables, non compétitives, non compatibles avec le marché. La fusion, c’est aussi des conseils d’administration encore moins démocratiques, avec une présence accrue des intérêts économiques privés qui décident où vont les financements, alors que la présence étudiante et des personnels dans ces mêmes conseils sera minime et sans influence possible.

Présence accrue des intérêts économiques

Ces grands établissements ont un caractère dérogatoire au Code de l’éducation et de ce fait sur les diplômes, les frais d’inscription et les programmes. Dans un contexte d’officialisation de la sélection en licence et en master, c’est la porte ouverte à toutes les injustices pour les étudiantes et étudiants (ou plutôt candidats) des classes populaires. Nous allons vers une université à deux vitesses avec des structures privées au coût exorbitant et des facs publiques aux conditions dégradées et sans pouvoir. Le label Idex fait miroiter 25 millions d’euros de financements aux facs acceptant la fusion, mais nous savons qu’ils bénéficieront surtout aux labos répondant aux «  critères d’excellence  » (pharmaceutique, aéronautique...) au détriment des labos et filières qui ne sont pas dans une logique d’adaptation aux exigences du marché.

Les personnels de la fac savent aussi à quelle sauce ils et elles seront mangé.es avec les suppressions de poste prévues et le temps de travail accru sans compensation salariale pour celles et ceux qui auront la «  chance  » de rester. Lacroix, président des facs du Mirail, se disait opposé à la fusion lorsqu’il fut élu. Début décembre, fut organisé une consultation des étudiants et personnels où le non à la fusion l’a emporté majoritairement. Le conseil d’administration, pourtant divisé, a trahi le résultat en votant pour... avec la voix prédominante de Lacroix  !

Trahison du Président

De quoi provoquer une sérieuse mobilisation, malgré d’indéniables difficultés. Il est difficile de nos jours de réussir une grève massive dans les facs. Les vacataires aux conditions précaires osent peu faire grève. Des enseignantes et enseignants-chercheurs sont pour certaines et certains favorables à la fusion car ils et elles croient aux subventions Idex. Le syndicalisme étudiant n’a plus le poids d’antan et les étudiants se mobilisent moins facilement.

Ceci étant, au Mirail, en plus d’une unité syndicale des personnels (CGT, SUD-Éduc, FO, FSU, Unsa) et des étudiants (UET, Solidaires, Unef), plusieurs AG se prononçant contre la fusion et pour la démission de Lacroix ont dépassé les 300 personnes. La dernière semaine avant les vacances, une grève des personnels a eu lieu afin de remettre en cause le train-train universitaire avec la fermeture de la quasi-totalité des bibliothèques du Mirail, ainsi que des conséquences visibles dans les services administratifs des facs. Mais difficile de mobiliser beaucoup d’étudiants lorsque l’absence aux cours obligatoires et aux partiels peut remettre en cause nos bourses, souvent vitales.

Néanmoins, les tractages et AG ont permis d’alerter beaucoup de monde, plusieurs envahissements de conseils ont eu lieu (imposant le report de certains), ne laissant pas les élu.es pro-fusion et représentants des intérêts privés dormir sur leurs deux oreilles. Le mouvement est bien visible, et nombre d’étudiants et de personnels non grévistes en parlent, et pour beaucoup, le comprennent voire le soutiennent. Reste à imaginer comment lancer dans l’action les nombreuses personnes informées mais passives, comment enclencher un mouvement dans les facs de Toulouse hors Mirail et faire converger cette lutte avec celles équivalentes dans d’autres villes du pays.

Cet article ayant été écrit au cours du mois de janvier, la mobilisation s’est depuis amplifiée. Les assemblées générales, qui sont dorénavant à la fois contre la fusion et la réforme instituant la sélection à la fac, ont culminé à plus de 1000 personnes et des manifestations unitaires d’étudiant.es, lycéen.nes et personnels ont permis à environ 2000 personnes d’exprimer leur colère dans les rues de Toulouse. Enfin, le mouvement du Mirail s’inscrit à présent dans le mouvement national contre la réforme Vidal de l’enseignement supérieur, en participant à la Coordination nationale de l’éducation.

Marius (AL Toulouse)

 
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