Exploitation : La précarité, c’est pas la santé

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Que ce soit dans l’agriculture ou l’industrie polluantes, plus la santé des salarié-e-s est mise en péril, plus ils et elles sont précarisés.

Dans l’agriculture productiviste, l’embauche de migrants saisonniers, outre qu’elle permet la surexploitation, va également de pair avec la non-prise en compte de la santé de ces travailleurs [1]. Ceux-ci, très majoritairement des hommes, travaillent au contact de produits hautement toxiques et doivent accepter des conditions de travail éprouvantes et dangereuses (épandage de pesticides sans protections suffisantes), s’ils veulent revenir travailler l’année suivante. En plus des intoxications fréquentes, le travail au contact des pesticides peut provoquer, au bout de dix, vingt ou trente ans, des cancers. L’embauche de travailleurs migrants exonère d’un suivi des maladies causées par ces produits dont on ne connaît que très imparfaitement la toxicité, faute d’études préalables à leur utilisation. Plus, les conséquences à long terme de ces conditions de travail, comme la survenue de cancers, sont rendues invisibles par le départ des saisonniers étrangers, l’employeur étant dans les faits exempt de toute prise en charge ou prévention. Précarité et atteintes à la santé sont donc les deux facettes d’une même organisation du travail !

Le nucléaire, industrie cannibale

Dans le nucléaire, la précarité du travail est intrinsèquement liée au caractère dangereux de cette industrie. La sociologue Annie Thébaud-Mony explique ainsi que le recours à la sous-traitance et au travail intérimaire est nécessaire pour résoudre une contradiction de l’industrie nucléaire [2] : le fonctionnement d’une centrale nécessite des travaux de maintenance, au cours desquels les travailleurs sont exposés à des rayonnements radioactifs. Pour « gérer » ce problème, EDF a d’abord procédé à une externalisation des travaux de maintenance, effectués par les salariés d’entreprises sous-traitantes depuis les années 1980. Puis, EDF a développé une gestion de l’emploi « par la dose » : l’entreprise a constitué un fichier, pour y enregistrer nominalement les doses d’exposition de chacun des salariés d’entreprises sous-traitantes et des intérimaires. Quand la dose maximale d’exposition annuelle est atteinte (ce qui peut arriver au bout de quelques mois) il est interdit de continuer à travailler en zone radioactive d’une centrale. Bien souvent, le salarié se retrouve une partie de l’année sans travail ! C’est donc sous couvert de protection de la santé des travailleurs que la précarité de l’emploi est organisée ! La complexité des itinéraires de travail des intérimaires et des salariés sous-traitants rend difficile l’évaluation des risques auxquels ils sont pourtant exposés.

Le combat contre ces industries et modes de production agricoles passe donc non seulement par la dénonciation des pollutions, mais aussi par le développement et le soutien des luttes sur les conditions de travail, la santé au travail et contre la précarité.

Fred Decosse

[11. D’après « Ni vu, ni connu, je t’empoisonne », article en ligne de la revue Mouvements http://www.mouvements.info/spip.php?article194

[22. Annie Thébaud-Mony, 2000, L’industrie nucléaire. Sous-traitance et servitude, EDK Inserm.

 
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