Grands projets inutiles : La résistance comme seule réponse

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Les résistances aux GPII (grands projets inutiles et imposés) constituent aujourd’hui le cœur des luttes écologiques. L’intensification de la répression, comme la criminalisation des résistances qui s’organisent, sont les signes que les États font tout pour sauver l’économie productiviste au service de la classe capitaliste.

La rentrée est riche en attaques contre les contestataires des grands projets inutiles et imposés : expulsions, extradition, procédures judiciaires... rien n’est épargné par les gouvernements, au nom de cette « raison d’État ».

Les nouvelles s’enchaînent à l’heure où nous écrivons cet article. En particulier nous avons appris la mort le 19 septembre 2018 d’un journaliste, Steffen. Il semblerait qu’il ait chuté d’une passerelle entre deux arbres, dans la forêt de Hambach.

Pour mémoire, rappelons que la mine d’Hambach en Allemagne est une mine de charbon à ciel ouvert (85 km2 de superficie, des trous allant jusqu’à 350 m de profondeur) : c’est la mine la plus importante d’Europe. Depuis 2012, une centaine d’activistes occupaient les derniers bouts de forêt primaire qui n’étaient pas encore détruits, construisant des cabanes dans les arbres et vivant dedans.

Cette mauvaise nouvelle ne doit pas rendre invisible l’attaque globale qui est en cours. Elle nous rappelle par contre que la violence d’État est permanente.

Le 10 septembre, la préfecture du Bas-Rhin a fait expulser la ZAD du moulin à Kolbsheim – près de Strasbourg – qui participe à la lutte contre un contournement autoroutier. Et c’est le 13 septembre que la police allemande a commencé expulser les opposant.es au projet de mine à Hambach. Les effectifs policiers sont énormes, 500 à Kolbsheim pour une mobilisation citoyenniste et 3 500 à Hambach pour « évacuer » la centaine de militantes et militants qui y vivent depuis des années.

Évacuation des cabanes dans les arbres à Hambach par la police allemande

L’expulsion des occupant.es anti-éolien industriel d’Aveyron est, quand à elle, prévue pour cet automne. Cette tactique du rouleau compresseur – qui vient encore une fois de tuer – se déroule à la suite de multiples petites procédures comme des gardes à vues, des contrôles ciblés et autres procédures judiciaires, dont le but était ­l’usure des contestations avant le grand nettoyage.

Internationalisme de rigueur

À ces deux expulsions s’ajoutent les procédures d’évacuation, de confiscation et d’intimidation des militant.es contre le site d’enfouissement de Bure tout au long de cette année. Le dernier événement à Bure a été l’extradition de Loïc en Allemagne, militant très engagé. Il a 7 procès sur le dos dont 3 qu’il considère comme abusifs. Son expulsion du territoire fait écho à la volonté de l’État d’organiser un débat au niveau national puisque localement les habitants sont définitivement opposés au projet.

Nucléaire français, charbon allemand, éolien industriel dans les deux cas ... les lobbys énergétiques donnent de la voix dans ce duo européen, et leur pédagogie est frappante. Face à eux l’anticapitalisme rural « au sein des territoires » et les luttes écologistes urbaines ne parviennent pas facilement à se coordonner, face aux aménageurs et ingénieurs dans les campagnes et aux technocrates dans leurs bureaux de ville. Ce n’est qu’en luttant sur des sujets communs que l’on arrivera à construire des argumentaires et des axes de lutte qui conviennent à tout le monde. À cette convergence nécessaire, il faut ajouter une dimension internationale… puisque la répression contre les luttes écologiques n’a pas de frontière. Une contestation énergétique urbaine capable aussi de porter la voix des campagnes dans les métropoles et doublée d’un front international, c’est une nécessité pour développer les luttes écologiques.

Reinette noyée (AL Aveyron)

 
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