Stratégie de lutte : Négocier ou s’imposer !

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La lutte paye encore. Medef, gouvernement et CFDT avaient pourtant pensé avoir tordu le cou à cette vieille idée en imposant la réforme des retraites l’été dernier.

Les trois revers qu’ils viennent d’encaisser face aux chômeur(se)s, aux chercheur(se)s et aux intermittent(e)s du spectacle montrent qu’il existe des raisons d’espérer pour qui sait se battre et faire preuve d’une intransigeance encore plus forte que celle de la bourgeoisie et de ses serviteurs. Mais aussi trois victoires d’autant plus remarquables que la lutte s’est poursuivie alors même que les décisions aboutissant à de graves reculs sociaux était prises et appliquées.

Si la CGT chômeurs a joué un rôle décisif dans la victoire des chômeur(se)s dont les droits avaient été recalculés à la baisse et que la confédération CGT revendique aussi cette victoire comme la sienne, les dirigeants cégétistes doivent faire preuve de beaucoup plus de modestie en ce qui concerne les intermittent(e)s du spectacle tant il est vrai qu’ils ont toujours vu d’un mauvais œil la stratégie de leur fédération spectacle qui n’avait pas d’autre choix que suivre la ligne offensive de la Coordination des intermittents.

Il s’est passé plus de 11 mois entre la signature de l’accord scélérat Medef/CFDT et l’annonce du ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabre de réintégrer les intermittent(e)s dans les droits de l’ancienne convention qui prévoyait une indemnisation chômage à partir de 507 heures effectuées sur 12 mois, contre les 11 mois prévus par le protocole Aillagon.

Ces trois luttes ont eu trois stratégies différentes. La première, celle des chômeur(ses)s s’est construite et structurée en privilégiant l’action juridique, action dans laquelle la mobilisation de rue et l’action directe ont été reléguées à une place secondaire. La seconde, celle des chercheur(se)s, même si elle a voulu interpeller largement la population et a largement mobilisé le milieu des chercheur(se)s, est restée confinée dans un cadre corporatiste et a dû en grande partie sa victoire au poids de son capital symbolique.

La victoire de l’action directe

La lutte des intermittent(e)s a dans un premier temps perdu la bataille juridique. Ils ont toutefois su nouer des liens avec d’autres secteurs de la société (mouvements sociaux), exprimer une approche très politique de la culture et surtout articuler des formes classiques de contestation (pétitions, rassemblements, manifs) à une stratégie résolue d’action directe (occupations, annulations de spectacle, envahissement de plateaux télé, harcèlement des élu(e)s UMP et du ministre de la culture...) qui a permis de lui donner une visibilité maximale.

Une stratégie conquérante dans le domaine des idées comme dans celui de la revendication qui est aussi celle de la Confédération paysanne qui prépare la reprise des fauchages de champs OGM, seul moyen de faire reculer ces cultures. Elle a à ce jour inscrit plus de 2 500 volontaires pour ce faire. Si elle avait opté pour de traditionnelles manifs, la France serait recouverte de champs d’OGM du Nord au Sud et d’Est en Ouest.

La visibilité, c’est justement ce qui a jusque là fait défaut aux autres professions qui cherchent à se mobiliser et précisément aux agent(e)s des services publics dont les syndicats restent cantonnées à des temps forts de mobilisation débouchant généralement sur des temps morts.

C’est à cette visibilité que travaillent les nombreux électricien(ne)s gazier(e)s (SUD, CGT, FO et CFDT) qui ont au printemps dernier lancé un appel s’opposant clairement à la privatisation d’EDF-GDF et mené les actions de coupures d’électricité ou de basculement des compteurs au tarif nuit en journée.

Faute d’audace, c’est l’enlisement et la défaite qui menacent d’advenir tant en ce qui concerne la Sécu, que les 35 heures ou encore le droit du travail. C’est pourquoi il est urgent de trancher rapidement entre une stratégie de négociation à sens unique et une stratégie qui accepte de se placer sur un terrain d’affrontement que seules les classes dominantes assument pleinement pour l’heure.

Faut-il continuer à assumer plus ou moins mal des formes de mobilisations (grèves de 24 heures à répétition, manifs) totalement inoffensives, coûteuses et en définitive démoralisantes lorsqu’elles sont exclusives et visent d’abord à soutenir une stratégie de négociation ? Stratégie qui reste celle de la CGT et qui ne peut que conduire à la défaite dans la mesure où il n’y a rien à négocier d’autre que des reculs de nos droits.

Ou faut-il prendre un autre cap, celui du blocage réel de l’économie, du harcèlement de toutes celles et ceux (député(e)s, ministres, maires, chambres patronales) qui sont amenés à donner force de loi à tous les ukases de Chirac et Raffarin puis à les appliquer ?

L’an dernier les syndicats qui tenaient le gouvernement à leur merci avec la menace de grève pendant le bac ont cédé : ils ont perdu. Les intermittent(e)s ont bloqué la plupart des grandes manifestations culturelles en 2003 et menacé d’en faire autant en 2004, ils/elles ont gagné.

La Sécu [1] sera un test pour faire fonctionner la machine à perdre ou prendre un tournant propre à donner le tournis à la France d’en-haut.

Laurent Esquerre

[11. Alternative libertaire vient d’éditer un argumentaire de 4 pages avec notre analyse du plan gouvernemental antiSécu et nos propositions qu’on peut se procurer sur notre site Internet ou en nous écrivant.

 
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