90.Lycéens contre la loi Fillon : Et maintenant ?… La lutte continue !

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La mobilisation contre la loi Fillon est infatigable ! Elle s’est incontestablement réduite depuis les vacances et le bac, mais c’est paradoxalement la répression du mouvement qui a donné un second souffle à celui-ci. Parallèlement, le gouvernement a reculé sur l’application de la loi.

Il est désormais temps de faire le bilan de cette lutte et de réfléchir à d’éventuelles mobilisations à la rentrée.

Le 22 avril, le conseil constitutionnel a censuré deux articles de la loi Fillon, en particulier l’article 12, qui donnait au rapport annexée valeur de loi. Ce rapport constituait les deux tiers du texte et contenait, entre autres, la notion de « socle commun » et des objectifs chiffrés, notamment en matière de « sécurité » et d’orientation. C’était la pierre angulaire de la loi. Le gouvernement compte désormais faire passer la loi par décrets d’application. Ceux-ci devaient être voté le 16 juin, cette date a été annulée, aucune date n’étant prévue en remplacement. Entre temps, Fillon a abandonné la réforme du bac avant d’être remercié par Chirac.

Une loi abandonnée ?

Au final donc, cette lutte a abouti à une victoire des lycéens, à deux points près. Tout d’abord, le nouveau ministre Gilles de Robien a déclaré que la loi serait appliquée dès l’année prochaine. C’est clairement impossible, néanmoins, cela confirme qu’elle n’est pas officiellement abandonnée et que les décrets d’application peuvent être votés à tout moment. Par ailleurs, le changement de ministre n’est qu’un simple changement de fusible et reste une victoire uniquement symbolique : De Robien continuera la politique de Fillon.

Deuxièmement, le gouvernement persévère dans la répression du mouvement lycéen. C’est la lutte collective et radicale qui a permis de faire flancher le gouvernement et d’obtenir plus que le retrait de la réforme du bac, auquel se restreignaient les « syndicats » UNL et FIDL. Et ça pour le gouvernement, il est hors de question de l’admettre…

Une répression sans précédent

Le parquet avait demandé 500 euros d’amende à l’encontre de notre camarade Samuel Morville pour outrage à agent, après un procès où les témoins de la défense n’ont même pas été entendus. Le juge est allé bien au-delà de cette demande, en y ajoutant 5 mois de prisons avec sursis. Samuel fera appel.

L’arbre ne doit pas cacher la forêt : cette condamnation fait suite à de nombreuses autres, tout aussi lourdes. Au Mans, deux participants à une manifestation lycéenne ont été interpellés et condamnés pour « violences à agents de la force publique » à deux mois de prison ferme, un autre à deux mois de prison avec sursis. À Bayonne, deux lycéens ont été condamnés à deux mois de prison avec sursis, 6 000 euros de dommages et intérêts et 150 heures de Travaux d’intérêt général.

Les collectifs de soutien ont cru souffler après la condamnation de Salah et Adrien à « seulement » 5 000 euros d’amende au lieu des 15 000 exigés par le parquet. Néanmoins, ces condamnations restent démentielles et injustifiées, et le collectif de solidarité exige l’abrogation totale des condamnations. La décision de faire appel ou non reste cependant délicate : elle repousse les procès d’un an au moins et personne ne peut prévoir le contexte et l’ampleur de la mobilisation future. Cette décision reste dans tous les cas réservée aux condamnés.

Ces procès sont en général basés sur de faux témoignages des policiers ou des proviseurs. Ainsi, dans le Val d’Oise, un lycéen est accusé d’avoir causé 7 jours d’arrêt de travail à deux CRS en leur lançant une cannette !

Le fait que les lycéens aient subis des violences durant les gardes à vue et les manifs n’est pas pris en compte durant les procès, le tribunal refusant en général de resituer les « outrages à agents » et « dégradations de biens publics » dans le contexte plus général de la lutte contre la loi Fillon. Pour que ces plaintes soient effectives, il faudrait les formaliser et déposer une plainte collective, ce à quoi les collectifs de soutien travaillent.

Les collectifs de soutien

Seuls deux collectifs existent formellement, mais les organisations signataires de « l’appel contre la répression du mouvement lycéen » relaient la mobilisation dans plusieurs villes. À Paris, le bilan du collectif est plutôt satisfaisant : une manifestation contre la répression du mouvement social le 11 juin rassemblant un petit millier de personnes, deux meetings, deux concerts, une souscription bien démarrée mais encore insuffisante, 1 500 signatures de la pétition, un appel signé par une quarantaine d’orgas et plus de 100 personnalités [1] , des rassemblements réussis à chaque procès… Des initiatives similaires sont organisées dans toutes la France, de façon décousue. Malheureusement ce sur-activisme a conduit à des négligences concernant la démocratie interne et par conséquent à un manque d’efficacité sur certaines questions et à des erreurs [2].

L’apparition surprenante de la FCPE (association de parents d’élèves) comme vraie force militante se confirme. Après des participations importantes à plusieurs manifs durant le mouvement contre la loi Fillon, la FCPE s’investit dans les collectifs et sur le terrain et agit au sein des conseils d’administration pour obtenir l’abrogation des sanctions disciplinaires.

Il est important que ces collectifs pérennisent leur activité jusqu’à la rentrée prochaine. En effet, une vingtaine de procès sont prévus pour septembre-octobre et les procédures d’appel peuvent repousser les procès encore plus loin.

Par ailleurs, il est fondamental que ces collectifs étendent leur champ d’action à l’ensemble de la répression du mouvement social. En effet, la répression démesurée et démonstrative n’est pas une particularité du mouvement lycéen. Les procès de postiers bordelais sont tout à fait similaires. Il est vital pour le mouvement social de se doter d’une structure capable de défendre l’ensemble de ses militants. C’est en inversant la vapeur et en développant une riposte offensive qu’on pourra faire cesser la criminalisation des luttes.

Remobiliser dès la rentrée prochaine

Difficile de savoir quel sera le climat en septembre prochain. La victoire du Non au referendum et les mobilisations récentes semblent indiquer que le mouvement social se ressaisit enfin après la lourde défaite de mai-juin 2003. Les lycéens ont pleinement participé à cette revitalisation et sortent plutôt victorieux de la lutte pour le retrait de la loi Fillon.

Néanmoins, cette lutte n’est pas complètement finie et de nouvelles attaques se profilent. Le rapport Benisti (cf AL n°139), préconise un encadrement réactionnaire de la jeunesse, notamment par le biais de l’école. Par ailleurs, le gouvernement est en train d’élaborer un projet de nouveau contrat d’embauche « spécial jeunes », allant encore plus loin dans la précarisation. Ce contrat détermine une période d’essai de deux ans durant laquelle le patron pourrait licencier sans préavis et sans verser d’indemnité. Ce ne sont que des projets, mais ne nous leurrons pas : le gouvernement reste un gouvernement de casse sociale et il tentera très probablement de décliner ces projets en loi.

Nous espérons que les leçons du mouvement lycéen ont été tirées et que si des mobilisations se profilent, les travailleurs de lÉducation nationale seront présents aux côtés des lycéens. En ce sens, on peut déplorer que la présence effective et l’investissement des syndicats de l’Éducation dans les collectifs de soutien restent inégaux, comme durant le mouvement.

L’AL est décidée à tout faire pour transformer la victoire du 29 mai en affrontement social. Cette perspective est valable pour la Branche jeunesse : nous ferons tout pour remobiliser la jeunesse et pousser encore plus loin la prise de conscience anti-capitaliste.

Secrétariat de la Branche jeunesse d’AL

[1La pétition et l’appel sont disponibles à l’adresse : http://www.fcpe94.ouvaton.org. L’adresse de la souscription est : FCPE Paris, 14, rue d’Astorg, 75008 Paris, l’ordre est : CDPE Paris - souscription de soutien aux lycéens (inscrire au dos : comité de soutien aux lycéens).

[2Notamment un passage raté à l’émission de Fogiel. La majorité du collectif a considéré que la participation à cette émission était une erreur et qu’il n’y avait rien à en attendre. Le rapport aux medias est désormais soumis à un contrôle du collectif et des avocats.

 
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