Construire un front social au service de l’alternative

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Comment donner un second souffle à la contestation sociale ? C’est la question que se posent beaucoup depuis le référendum du 29 mai. Les communistes libertaires font des propositions pour avancer. La temporalité de la lutte de classe et des élections n’obéissent décidément pas aux mêmes rythmes.

Le soir du 29 mai, il était juste de voir le résultat du référendum comme un vote à forte teneur anticapitaliste. Et il était tout aussi juste d’affirmer qu’il fallait porter l’affrontement avec la bourgeoisie sur le terrain social. Mais un vote de classe ne signifie pas que le déclenchement de cette confrontation se face automatiquement. Car tout cela s’organise et ça demande donc du temps.

De même, le Non antilibéral et anticapitaliste qui s’est exprimé le 29 mai n’a rien de monolithique. Pour certain(e)s, il doit constituer un tremplin pour les élections de 2007.

Les grandes manœuvres ont commencé et elles vont polluer et neutraliser le débat politique jusqu’en 2008, date des élections municipales, si nous laissons faire et n’allumons pas des contre-feux.

Pour d’autres, dont nous sommes, il doit permettre de poser plus facilement la question de l’alternative au capitalisme.

Pour être plus précis, il s’agit de donner enfin des contenus aux slogans du type : un autre monde est possible, etc. C’est-à-dire à partir des luttes, des associations, des syndicats, etc. Donner des contenus à l’alternative, c’est penser le contenu d’une transformation radicale de la société. C’est à la fois donner des réponses à partir des luttes concrètes (Quels services publics ? Quelle retraite ? Mais aussi quelle démocratie ? Quel rapport aux pouvoirs ? Comment en finir avec la domination de genre ? Comment régler la question de la propriété ? Quel internationalisme ? Quel développement ? Quelle finalité au travail ?, etc. C’est sortir de l’impasse actuelle dans laquelle la critique du libéralisme ne s’accompagne pas de réponses en terme de projet.

Pour les communistes libertaires que nous sommes, il s’agit bien d’articuler des revendications autour de mesures d’urgence (baisse des loyers et réquisitions des logements vides, augmentation des salaires et des minimas sociaux, salaire social, égalité salariale hommes-femmes…) avec une stratégie fondée sur l’action directe permettant de répondre à la politique autoritaire du Medef et du gouvernement (licenciements, rafles, expulsions, fermetures d’hôpitaux, de lignes de train, de bureaux de postes…).

Action directe et action de masse

Mais il est également essentiel de mettre en cause concrètement la propriété capitaliste des moyens de production (fauchage d’OGM, actions contre les trains privés, réquisitions de locaux et de logements, réquisitions d’entreprises qui licencient, redistribution des richesses,…).

Ces formes d’action ne doivent pas focaliser l’attention des seules minorités agissantes. Elles doivent aussi faire débat chez l’ensemble des travailleuses, des travailleurs, des opprimé(e)s plus largement et s’articuler avec des mobilisations plus massives si elles ne veulent pas être confinées au témoignage mais connaître un prolongement et viser à une réappropriation plus large.

S’il est important de réussir les temps forts de mobilisation (journée interprofessionnelle du 4 octobre, mobilisation du 15 octobre contre la circulaire Bolkestein, manif nationale de la mi-novembre pour la défense et l’extension des services publics à l’initiative du collectif du même nom mis en place à l’occasion de la mobilisation nationale à Guéret en février dernier, inititives prévues en décembre à l’occasion du sommet de l’Organisation mondiale du commerce à Genève en décembre), il ne s’agit pas de passer d’une journée d’action sans lendemain à une autre, mais de faire les liens entre les luttes pour éviter la dispersion et de mettre la question de l’alternative au capitalisme au cœur du débat.

Faute de le faire, nous conforterons toutes celles et ceux pour qui ces rendez-vous doivent être autant d’opportunités de construire un débouché politique par la voie institutionnelle et électorale. La question de la construction d’un front social pour l’égalité, la solidarité et une alternative au capitalisme est bien notre priorité, mais la question des moyens d’action de masse doit de nouveau être débattue sans exclusive. Et donc celle de la grève générale doit de nouveau être posée comme moyen de faire reculer le Medef et le gouvernement, mais aussi de bousculer celles et ceux qui à gauche se satisfont d’une agitation de surface en attendant leur heure.

L.E.

 
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