Lire : Lambert, « Mémoires d’ajiste »

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« J’écris comme je parle, comme nous parlions en auberge, parfois avec notre argot, parfois avec des expressions lyonnaises… J’ai essayé de mon mieux de vous faire partager mes sentiments, mes émotions, sans oublier les parties de franche rigolade… » Ainsi vous parle Daniel Lambert, auteur de ces Mémoires d’ajiste.

Les auberges de jeunesse se développent en Allemagne bien avant la Première Guerre mondiale. Un instituteur, Richard Schirmann, met sa salle de classe à la disposition de jeunes randonneurs, die Wandervögel (Les oiseaux migrateurs). Marc Sangnier, démocrate chrétien et fondateur du Sillon à la fin du XIXe siècle, ouvre la première auberge de jeunesse en France, à Bierville en 1930. D’autres auberges de jeunesse s’ouvrent les années suivantes. La Ligue française des auberges de jeunesse (LFAJ) est fondée, marquée cependant par le confessionnalisme. Le 9 juin 1933, dans les locaux du Syndicat national des instituteurs, le Centre laïque des auberges de jeunesse (CLAJ) est crée – avec Daniel Guérin comme secrétaire adjoint –, parrainé par diverses organisations laïques, dont la CGT et la Ligue de l’enseignement. Les 40 heures, les congés payés, obtenus en juin 36, amplifient la création d’auberges avec l’adhésion de milliers d’usagers.

Un mouvement d’éducation populaire

Les ajistes se réunissent dans les foyers ou les clubs, préparent la sortie du prochain week-end, discutent, chantent, dansent, organisent diverses activités culturelles : concerts, conférences, théâtre, cinéma. Le mouvement ajiste devient un mouvement d’éducation populaire. La mixité est partout sauf dans les dortoirs. L’esprit paternaliste de la direction du CLAJ fit apparaître des conflits entre le dynamisme des usagers et les structures et, en 1938, 23 clubs de la région parisienne se regroupent dans le Comité de coordination et d’information (CCI).

Il faut remarquer qu’en France, à la différence des autres pays, s’est créé un mouvement d’usager(e)s qui a joué un rôle durable très important. En 1939, c’est la guerre. En 1940 l’occupation.

Dans la zone occupée, les autorités allemandes interdisent le CLAJ au début de 1942. Il est rouvert la même année mais interdit aux juifs.

Dans la zone occupée, toujours, deux organisations sont créées : les Auberges françaises de la jeunesse (AFJ, qui gèrent les auberges) et les Camarades de la route (CDR Cam’ route, mouvement d’usagers). Cette dualité continue après la Libération.

Les usagers sont regroupé dans le Mouvement uni des auberges de jeunesse (MUAJ). Mais, les manœuvres de certains catholiques, auxquelles s’ajoutent celles de l’UJRF (Union de la jeunesse républicaine de France), création du Parti communiste, mettent à mal cette unité. Le Mouvement laïque des auberges de jeunesse (MLAJ) succède au MUAJ.

En 1949, le Mouvement laïque des auberges de jeunesse (MLAJ) se transforme en CLAJ-PA (Centre laïc des auberges de jeunesse et de plein air). Une de ses caractéristiques est d’être dirigé par des représentant(e)s des usager(e)s et des organisations syndicales. Les usager(e)s ne sont pas souverain(e)s dans leur organisation.

Une forte pression pour une unification des auberges est exercée par le secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports – sans doute par le biais des subventions et… aboutit, en 1950, à la création d’une Fédération nationale des auberges de jeunesse (FNAJ). Mais la FFAJ (Fédération française des auberges de jeunesse) détient le patrimoine immobilier le plus important. Finalement les pressions gouvernementales ont pour résultat la fusion des deux organisations en mai 1956, la Fédération unie des auberges de jeunesse.

Les partisans d’un ajisme indépendant voient dans la FNAJ une tentative d’étatisation des auberges et, dans les nouvelles structures, la mort programmée du mouvement d’usagers. Au congrès CLAJ-PA de 1951, les délégués de la tendance anti-FNAJ scissionnent et créent le Mouvement indépendant des auberges de jeunesse (MIAJ). Parmi eux Daniel Lambert, auteur de Mémoires d’ajiste.

Par-delà leurs activités ajiste, de nombreux(ses) membres du MIAJ furent impliqués dans la vie sociale. Certain(e)s furent militant(e)s syndicaux(ales). Certain(e)s ont combattu la guerre d’Indochine, la guerre d’Algérie, ont fait de la prison, ont participé à des comités d’action, furent insoumis.

Je pense que le bilan du MIAJ est nettement positif. Mon camarade et ami Daniel Lambert est arrivé aux AJ en 1945. Entre 1942 et 1946, il est dessinateur à Lyon chez Berliet. Après la scission de 1951, Daniel Lambert participe au MIAJ, au niveau local et national.

Si vous êtes intéressé(e)s par les AJ, par le plein air, lisez Mémoires d’ajiste.

Roger Bossière

  • Daniel Lambert, Mémoires d’ajiste, 650 pages, 29 euros franco de port. Chèque à l’ordre de « Le nez en l’air » à Édition « Le nez en l’air », 515, route de Roc Hanou, 29470 Plougastel Daoulas. Les droits d’auteur seront reversés à Amnesty International.
 
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