Débat : Continuer à dire non… au capitalisme

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Que faire après la victoire du 29 mai ? En vue de la coordination fédérale d’Alternative libertaire du 17 septembre prochain, le collectif AL de Paris-Sud soumet une contribution dont nous publions ici des extraits significatifs.

Au-delà de la victoire sur un projet constitutionnel ultralibéral, la campagne pour un « Non de gauche » aura eu le mérite de faire émerger près d’un millier de comités locaux qui, dopés par leur succès, ne se sont pas sabordés le 30 mai. C’est une force agissante considérable, dont aucune organisation politique ne peut se prévaloir aujourd’hui. […] Reste à trouver une perspective politique pour les fédérer.

Il est évident qu’il va exister une tension entre deux options.

Première option : une tentation institutionnelle qui va aller croissant à l’approche de l’élection présidentielle de 2007. Pour certains partis politiques qui ont été moteurs dans les comités, la question cardinale va être de transformer ces comités en masse de manœuvre pour campagne électorale.

Deuxième option : une envie d’action en soutien direct aux luttes sociales - en particulier en défense du service public et des garanties collectives. Ce soutien direct a été et sera particulièrement actif dans les zones rurales, où les services publics sont en dégradation accélérée.

Une troisième option, qui en réalité n’en est pas une, et ne ferait que le jeu de la première, serait de fantasmer sur une « Constituante », ou de disserter une « alter-Constitution » pour une « autre Europe », en oubliant qu’au préalable, rien n’est possible sans des luttes sociales et un rapport de force. Cette troisième option neutraliserait politiquement les comités.

Pour l’autonomie du mouvement social…

Dans les mois qui vont venir, ces comités vont tenir des assises locales, puis régionales, puis nationales, pour « passer de l’opposition à la proposition ». Ce processus d’élaboration peut être un moment fort pour accoucher d’un projet politique. Cette possibilité a été envisagée au 7e congrès d’AL à Angers, il y a huit mois. Nous écrivions alors : « En l’absence d’une plate-forme autonome de revendications, les mouvements sociaux se retrouvent malgré eux dans la situation de quémander des réponses aux partis politiques. [À titre d’exemple] à chaque fois que les projecteurs se braquent sur une entreprise en lutte contre une fermeture ou des licenciements, les revendications restent locales. Aucune revendication globale […] n’est portée […]. Ce rôle est laissé aux partis politiques qui proposent chacun leur mot d’ordre […].

Autre exemple sur la question du chômage. Pendant plusieurs années l’ensemble des organisations de lutte (de la gauche CFDT de l’époque à AC ! en passant par SUD, etc.) s’était calé sur la revendication centrale des 32 heures par/semaine avec embauches correspondantes et sans perte de revenu. Cette revendication, clairement axée sur la redistribution des richesses et du travail disponible, permettait de faire débat, d’obliger les uns et les autres à se positionner. La Gauche plurielle elle-même a été obligée de tenir compte de cette revendication, même si c’était [avec la loi Aubry] pour la récupérer et la déformer au profit du Medef. »

…une plate-forme revendicative de référence à l’échelle européenne

Les comités du Non, de par leur caractère « citoyen », ne peuvent se substituer aux syndicats et aux mouvements sociaux réels, ancrés dans les entreprises et les quartiers, qui sont les vrais protagonistes de la lutte de classe. Sans les mouvements sociaux, les comités du Non ne pèsent rien.

Mais, alors que syndicats et mouvements sociaux sont dans l’expectative depuis plusieurs années, et très timides sur la question du projet de société, la dynamique des comités pour le Non peut servir de levier pour remettre sur le tapis un certain nombre de revendications sociales majeures […].

[…] La ligne directrice [de cette plate-forme revendicative] serait l’affirmation de la nécessité d’une redistribution des richesses. Au vu du niveau fabuleux de richesse créée dans l’Union européenne, toutes les revendications assumées sont finançables, sans délai et sans hésitation, en faisant baisser le taux de profit du capital. Afin de ne pas sombrer dans la confusion d’un catalogue revendicatif, cette plate-forme […] se déclinerait en quelques axes majeurs concernant le droit au revenu, au travail, au logement, à la santé, etc. ainsi que l’opposition à un nouvel impérialisme européen. […]

Assumer les clivages

C’est sur cet axe que les militant(e)s communistes libertaires pourront continuer à intervenir dans les comités du Non. Défendre une ligne de redistribution des richesses et du pouvoir ne se fera pas sans mal. Nous rencontrerons la probable opposition des militant(e)s de partis qui se placent dans une logique de gestion du capitalisme et non dans une logique de lutte de classe. Ceux-là ne voudront pas assumer un certain nombre de revendications sociales légitimes certes, mais incompatibles avec l’exercice du pouvoir. L’unité n’a de valeur que si elle est porteuse de contenu. C’est en partie dans la discussion sur ces axes revendicatifs qu’apparaîtra avec netteté la différence entre les deux options citées plus haut : logique institutionnelle, ou logique de lutte.

Groupe AL Paris-Sud

 
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