Échos d’Afrique : Déby, à tout prix !




La France vient d’accorder une « aide » au Tchad sous forme d’un prêt de 40 millions d’euros afin de payer les salaires des fonctionnaires. Ce nouveau prêt, dans la continuité de l’action du FMI et de la banque mondiale au Tchad, alimente une dette odieuse et contribue à soutenir un régime autoritaire.

Depuis 2014, le pays s’enfonce dans une crise profonde. La chute des prix du pétrole est loin d’en être la cause principale. La gestion délétère du pays et la captation des ressources au profit d’un clan au pouvoir, l’investissement dans l’armée au détriment des autres secteurs et la hausse des dépenses sécuritaires saignent à blanc la population tchadienne, dont les générations futures auront aussi à rembourser la dette alors que le pays manque cruellement d’infrastructures de santé, d’écoles...

Crise économique et enjeux sécuritaires justifient le durcissement du régime : censure et coupure d’Internet, répression des manifestations, opposants et opposantes traqué.es…

Entre la survie quotidienne et la violence du régime, les marges d’organisation des luttes sont limitées. Allié incontournable de la France dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, Paris prend soin de la sécurité et de la stabilité du Tchad, « garant » de la sous-région. Ndjamena, qui accueille le QG de l’opération Barkhane, est au cœur du redéploiement militaire français au Sahel. Ces engagements militaires offrent une rente diplomatique précieuse : relations franco-tchadiennes denses et soutien auprès des institutions internationales, comme le FMI et l’ONU. La force G5 Sahel, sous perfusion française, se construit comme une force supplétive de l’armée française... au profit des gouvernements en place. Ainsi, la coopération militaire et sécuritaire, tant structurelle qu’opérationnelle, tourne à plein, entre dons de matériel militaire, formations et opérations conjointes, alors que l’armée tchadienne demeure une armée peu fréquentable.

Mais derrière la rhétorique de la lutte contre le terrorisme s’agrègent la menace des groupes d’opposition armés, qualifiés de terroriste par le gouvernement tchadien, et les enjeux de contrôle de flux migratoires pour l’Union européenne qui criminalise passeurs et migrant.es, dans un contexte de risque d’implosion de la sous-région depuis l’intervention en Libye. La sécurisation bénéficie d’abord au quadrillage de l’emprise militaire française et à la stabilité du régime d’Idriss Déby.

De plus en plus, le « développement » est présenté comme une issue à la crise sahélienne et les enjeux de sécurisation et de lutte contre le terrorisme servent de leviers pour demander une aide internationale, au risque de cautionner le désengagement de l’État sur certains secteurs.

Le « développement » au service du tout sécuritaire soutient ceux-là même qui créent l’insécurité et confisque aux populations les choix de société et d’avenir.

Elea Gary de l’association Survie

 
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