La Poste : Un modèle de privatisation des services publics




L’État compte se désengager du capital de La Poste via une augmentation de capital dans l’entreprise publique par la Caisse des dépôts et consignations. Les conséquences sur le service public seront proportionnées aux demandes du futur actionnaire majoritaire.

L’ouverture du capital en 2010 avait déjà tracé l’avenir de ce service public, celui d’une privatisation à terme. Les différentes « réformes » qui ont lieu à La Poste se sont vues déjà appliquées dans d’autres administrations (appréciation du personnel par exemple). Le pas franchi avec cette privatisation à terme, pourrait donner des idées à terme sur des méthodes pour changer la vision des services publics.

Qu’est-ce qui se cache derrière ce projet ?

Pas facile de résumer le projet du gouvernement, surtout que ce dernier, les directions de la Poste et de la CDC se cachent derrière un slogan qui pourrait paraître assez attirant pour certains : « la mise en place d’un pôle financier public ». D’autant plus trompeur que ce slogan était brandi par deux organisations syndicales à La Poste, la CGT et SUD PTT depuis un moment. Cela avait d’ailleurs été émis dans les débats lors de l’ouverture du capital par SUD PTT.

Or, si pôle financier public il y a dans les paroles, sur le papier c’est plutôt inexistant. Le projet est avant tout un projet augmentant le poids considérable de la Banque dans les comptes de La Poste.

Loin de coller à un bouleversement programmé des habitudes de la population, c’est un choix stratégique de l’entreprise et de l’État. S’orienter vers une entreprise de plus en plus financiarisée, dont les fonds serviront avant tout à des acquisitions que cela soit à l’international ou dans le domaine des services à la personne qui constituerait, à terme, selon le président de La Poste un cinquième service public postal.

Le service public va trinquer…

Ce projet va fatalement impacter le service public. La direction et le gouvernement assurent le maintien de la distribution 5 jours sur 7. Elle assure même que c’est ce rachat par la CDC qui va garantir la pérennité de la distribution du courrier. Or les réorganisations successives et la mise en place d’une réorganisation appelée distri pilotée, impacte déjà, ce service public puisque les directions peuvent garder au « frigo » du courrier quand elles estiment que la distribution n’est pas rentable au vu de la quantité à distribuer…

Côté service financier, même si cela fait déjà longtemps que le service public s’éloigne, la direction va accentuer ses pressions pour ne servir que les clientèles profitables.

… et le personnel aussi

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Dans cette configuration, le personnel de la poste va être atteint de plein fouet par les réorganisations et les demandes de productivité du futur actionnaire majoritaire. Même si ce n’est pas nouveau, elles vont s’accentuer fatalement. Pour exemple, à La Banque Postale, alors que la rentabilité (coefficient d’exploitation) sera du même niveau que les autres banques, le directeur des services financiers a affirmé lors d’un Conseil d’Administration que les postier·e·s de La Banque Postale devront continuer à faire des efforts.

La politique de la direction a été jusque présent de manier la carotte en effectuant des vagues de promotion. Mais cette politique commence à se tarir. La carotte commence à devenir de plus en plus petite et de l’autre côté le bâton est ressorti par un autoritarisme de plus en plus pressant dans les services.

Face à cela, des organisations syndicales applaudissent des deux mains.

Alors que lors du projet d’ouverture du capital, un arc de cercle assez important avait été trouvé pour combattre le projet de la direction et du gouvernement, là il s’est fortement réduit… FO, la CFDT que cela soit par leurs représentant·e·s syndicaux ou élu·e·s au conseil d’administration sont derrière la direction pour porter ce projet, comme la CFTC, la CGC et l’UNSA. Les élu·e·s SUD et CGT ont voté contre lors du Conseil d’Administration alors que les autres syndicats votaient pour. Ces positions syndicales n’augurent rien de bon pour combattre le projet dans l’entreprise et il ne reste peut-être qu’une mobilisation à l’extérieur pour porter le combat d’un service public postal défini par la population et les postier·e·s au service de la population. SUD PTT a commencé cette bataille en occupant la CDC le 22 novembre. LA question du service public faisant partie des revendications parcourant les gilets jaunes, c’est peut-être le moment de le mettre sur le devant de la scène.

Antero (postier à AL)

  • Vous pouvez également retrouver cet article sur la Franchise Postale, le blog des militants et militantes d’AL travaillant dans le secteur postal.
 
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