Enseignement : Les privilèges du privé

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La casse de l’éducation fait-elle partie des objectifs prioritaires du gouvernement ? Tandis que les moyens de l’enseignement public ne cessent de se réduire, le privé est grassement financé par les autorités.

À l’heure où les rapports de l’OCDE mettent en évidence le manque criant de moyens dans le système scolaire français, l’UMP n’hésite pas à soutenir avec entrain des établissements privés, à grand renfort de subventions publiques [1]… Les largesses du pouvoir se sont manifestées sous des formes extraordinairement variées : reconnaissance systématique des diplômes du Vatican, cadeaux fiscaux divers, etc. Mais les largesses à l’égard des établissements privés ne se cantonnent pas à ces adaptations opportunes de la législation. Les collectivités locales contribuent également à favoriser indûment le privé, en le finançant bien au-delà des limites fixées par la loi.

Dans la région Île-de-France, pourtant tenue par le Parti socialiste, les subventions versées par la collectivité auraient pu être évitées, et ce pour une partie significative d’entre elles – selon l’étude du groupe Front de gauche-Alternatifs, 37 % environ des sommes versées correspondent à un excès de zèle.

FN, UMP, PS : tous ensemble pour l’enseignement privé

Cette attitude est en réalité soutenue par des tendances politiques très différentes, qui vont de l’extrême droite à la gauche libérale, en passant par la droite. PS, FN ou UMP votent les subventions sans rechigner – voire même en applaudissant des deux mains. De quoi remettre en doute leur attachement à la laïcité... Car les avantages dont jouit le privé font avant tout le bonheur des établissements confessionnels. On ne s’en étonnera pas outre mesure. Le chanoine de Latran, alias Nicolas Sarkozy, avait ouvert la voie dès le début de son quinquennat.

En dehors de cette mise à l’honneur du religieux dans l’enseignement, il faut aussi garder en mémoire le modèle éducatif qui guide les orientations des politiciens, qu’ils soient issus des rangs de l’extrême droite, de la droite, ou encore du centre gauche. Tous ont en tête une organisation inégalitaire de l’école, qui sert avant tout de moyen d’exclusion sociale. Préserver l’entre-soi des milieux dirigeants (dont ils font partie), tel est leur credo. Les établissements privés combleront leurs attentes : frais d’inscription exorbitants, élèves trié-e-s sur le volet, etc. Libérés d’une série de contraintes financières, les écoles, collèges ou lycées privés vont pouvoir bénéficier de moyens de plus en plus importants. Des moyens qui échappent aux établissements publics, lesquels doivent composer avec une réduction drastique des effectifs, aux effets catastrophiques.

Ce sont en priorité les élèves qui payent les pots cassés. Mais toutes et tous ne sont pas logés à la même enseigne. Les familles les plus aisées pourront facilement inscrire leurs rejetons dans des établissements choisis, en y mettant le prix. Tant pis pour les autres, qui devront se contenter du cursus « ordinaire ». Un enseignement à deux vitesses, en somme.

Pierre (AL Paris Sud)

[1Pour plus d’information, on se reportera à l’ouvrage d’Eddy Khaldi et Muriel Fitoussi, Main basse sur l’école publique, Demopolis, 2008.

 
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